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Le vrai Jésus Christ
Amy Welborn

Journaliste, historienne.


09/05/2006
Que dit le Da Vinci Code de Jésus ?
Et le roman et le film maintiennent que Jésus n'était qu'un simple mortel qui enseignait la sagesse divine. D'après leurs affirmations, son message aurait eu pour objectif, non seulement l'amour, mais aussi la réunification des deux principes, masculin et féminin, du monde réel. Il aurait incarné cette doctrine dans sa propre vie en épousant Marie-Madeleine choisie par lui pour perpétuer son message. Ils prétendent que les Chrétiens ne croyaient pas à la divinité de Jésus jusqu'à ce que l'Empereur Constantin ne l'impose en 325.

Et quel est le problème ?
Il n'y a aucune preuve de ce qu'ils avancent. Les témoignages les plus probants que nous ayons affirment constamment que Jésus prêchait et enseignait dans le contexte du judaïsme du premier siècle, qu'il utilisait des concepts et images issus de cette culture. Il n'a pas parlé de forces, masculine et féminine, présentes au cour du monde et il n'a pas non plus prononcé de simples vagues discours sur l'amour. Il parlait du Royaume de Dieu, de conversion, de confiance en Dieu et d'amour du prochain. Quant à Constantin, ce qu'ils en disent est complètement faux, un simple coup d'oil à un manuel scolaire profane suffit à vous le prouver.

Alors, d'où vient cette façon de voir Jésus ?
Cela vient, en premier lieu, d'ouvrages contemporains comme The Woman with the Alabaster Jar (La Femme à la Jarre d'Albâtre) de Margaret Starbird, dont les auteurs, à leur tour, se sont inspirés de certains textes gnostiques.

Le Da Vinci Code dit que c'est sa version qui décrit le "vrai" Jésus et que les Évangiles du Nouveau Testament ont été écrits pour cacher la vérité.
C'est stupide, évidemment. L'essentiel de la doctrine chrétienne sur l'identité et la mission de Jésus a été exprimé de manière cohérente dès les premiers écrits. Et ceux-ci stipulent qu'ils sont fondés sur les souvenirs de témoins directs. Paul, par exemple, a reçu l'enseignement de certains des apôtres de Jésus qu'il connaissait personnellement. Et les communautés chrétiennes dont il faisait partie avaient également reçu d'eux enseignement et formation. Ses écrits, qui datent du milieu du premier siècle, manifestent qu'il croyait clairement que Jésus était Fils de Dieu.

Dan Brown a l'air de dire que tout cela n'était que politique : l'histoire qui donnait l'autorité à Marie-Madeleine étant trop révolutionnaire, une autre histoire aurait été mise en place par le parti de Pierre qui voulait le pouvoir.
Encore une fois, ceci n'a pas de sens et ne repose sur aucune preuve. Il n'y a rien de mystérieux dans la manière dont les livres qui constituent le canon des Écritures ont été sélectionnés. Cela s'est d'ailleurs passé bien longtemps avant que Constantin n'entre en scène.

Dès le début du deuxième siècle, les auteurs chrétiens dont les œuvres sont parvenues jusqu'à nous, citent régulièrement Matthieu, Marc, Luc et Jean comme sources les plus autorisées des récits du ministère de Jésus. Pourquoi ? Est-ce parce qu'ils escamotent l'histoire de Marie-Madeleine ?

Non, c'est parce que ces récits, et ils le disent eux-mêmes, ont les liens les plus étroits avec les apôtres. Leur contenu est au plus près de ce que les apôtres enseignaient sur Jésus. En clair, ils décrivent ce qui s'est passé. C'est la raison pour laquelle ils ont été reconnus comme les plus authentiques. C'est dire qu'ils faisaient autorité.

La théorie du pouvoir est tout aussi illogique, pour une raison simple : si vraiment le parti de Pierre, supposé avoir composé les Évangiles, a agi ainsi pour dénigrer Marie-Madeleine, ils ont fait du très mauvais travail, étant donné que tout le récit de la Résurrection repose sur son témoignage direct.

Et qu'en est-il de Constantin ?
Le Da Vinci Code affirme deux chose au sujet de Constantin :

• C'est lui qui aurait sélectionné les quatre Évangiles canoniques et rejeté le reste – nous avons déjà vu que c'était faux.

• Pour mieux asseoir son pouvoir comme seul maître de l'empire, il aurait imposé aux Chrétiens de croire à la divinité de Jésus alors que cette croyance n'existait pas avant son règne.

Cette seconde affirmation est aussi absurde que la première. Les textes du Concile de Nicée, au cours duquel tout ceci est supposé s'être produit, ont été rédigés à l'époque et ne sont nullement secrets. Le canon de la Bible n'était pas l'objet de ce concile car il avait déjà été établi bien avant.

C'est l'identité de Jésus qui était au coeur du concile car l'hérésie appelée Arianisme se propageait de plus en plus. L'hérésie d'Arius prétendait que Jésus n'était pas pleinement Dieu mais qu'il n'était qu'une sorte de fils de Dieu semi-divin. Comme cette hérésie divisait l'Église, Constantin convoqua le concile afin que les évêques puissent y remédier.

Ils répondirent en définissant soigneusement, et dans la mesure du possible, ce que signifie le fait que Jésus soit à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. Le fruit de leur labeur fut le Symbole de Nicée.

Au bout du compte, tout ce scénario selon lequel Constantin a imposé la divinité de Jésus n'a aucun sens. En effet, nous avons près de trois cents ans de textes avant le Concile de Nicée, qui montrent, avec éclat, ce que les Chrétiens pensaient de Jésus : ils le vénéraient en tant que Seigneur et ils croyaient que par sa mort et sa résurrection il les sauvait du péché. Mais on n'y parle pas du "féminin sacré", ce qui n'est pas surprenant.

Le Da Vinci Code dit que la divinité de Jésus a été votée par ce concile. C'est une drôle de manière d'établir une doctrine. Cela semble confirmer qu'il s'agit bien de politique.
Pas du tout. D'abord, le vote qui a eu lieu au concile ne portait pas sur la divinité de Jésus mais sur la condamnation des idées d'Arius et sur une formulation de ce que les témoins apostoliques de Jésus voulaient dire. Il s'agissait de voter sur le contenu de ce que nous appelons maintenant le Symbole de Nicée, de décider s'il exprimait de manière exacte la foi manifestée par les apôtres et transmise dans les Évangiles et la Tradition : 316 évêques votèrent oui et 2 votèrent non. Le résultat n'était donc même pas tangent et ce n'était pas au sujet de la divinité de Jésus, à laquelle, de toutes façons, tous les Chrétiens croyaient depuis des siècles.

Mais ces écrits gnostiques ne reflètent-ils pas un autre point de vue sur Jésus qui pourrait être également légitime ?
En fait, s'il y quelque chose que ces textes reflètent effectivement ce sont surtout les idées des hérétiques gnostiques. Et ceux-ci ont remanié l'histoire de Jésus, reçue des apôtres, afin de la mettre en accord avec leur philosophie. Mais leurs écrits n'ont aucun rapport avec ce que Jésus a réellement dit et fait au premier siècle.

Quelles autres erreurs y a-t-il dans le portrait de Jésus fait par le Da Vinci Code ?
Il y en a beaucoup, bien sûr, mais l'un des points les plus intéressants c'est de voir à quel point, dans ce livre, Jésus est totalement soustrait à son environnement juif. D'accord, son mariage avec Marie- Madeleine est présenté comme l'union de deux lignées royales juives, mais à part ça c'est tout. Jésus était un maître juif du premier siècle. Il enseignait et allait prier dans des synagogues. C'est donc lorsqu'on comprend le contexte, que son message, présenté dans les Évangiles, prend tout son sens. Et ce contexte c'est celui de toute l'histoire de la relation de Dieu avec Israël comme le raconte l'Ancien Testament , les Écritures Hébraïques. Cette question est intéressante. Pourquoi Dan Brown dépouille-t-il Jésus de son contexte théologique, spirituel et historique juif ? Quel peut bien en être l'intérêt ?
Il y a aussi quelque chose de fondamentalement illogique au coeur de tout cela. Le Da Vinci Code cherche à prouver que Jésus est purement humain et qu'il n'a rien de divin alors qu'il nous demande de croire que Marie-Madeleine est une sorte de déesse, siège de la présence divine. A la fin du film, une scène suggère que Sophie, en tant que descendante de Jésus, aurait une sorte de pouvoir divin. Si vous trouvez que ça a du sens, félicitations... Ou plutôt, condoléances. Comme vous préférez!