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Les femmes et l'Eglise
Amy Welborn

Journaliste, historienne.


09/05/2006
Et les femmes ? Le Da Vinci Code insinue que, jusqu'à l'avènement du christianisme, les femmes étaient l'objet de culte et de vénération. Cette religion aurait introduit le patriarcat et modifié ainsi le sort des femmes, à jamais.
Ce scénario tient vraiment du mythe. C'est une schématisation, incroyablement simpliste, de la vérité historique. Mais ce n'est pas nouveau. Le Da Vinci Code n'a fait que reprendre des idées qui se sont diffusées surtout au cours des quarante dernières années, à travers une forme d'Histoire et de spiritualité de bazar. Il s'agit du culte du féminin sacré qui, soi-disant, aurait été, jadis, largement répandu, avec, pour moteur de la spiritualité, la mystérieuse relation de la femme avec la nature.

Et ce n'est pas vrai ?
Il ne semble pas. Vers la fin du dix-neuvième siècle, certains chercheurs propagèrent l'hypothèse d'une antique ère de dévotion à la Déesse Mère. En ce temps-là, non seulement les femmes auraient été considérées comme les égales des hommes mais en un sens, elles auraient aussi fait l'objet d'une vénération spéciale. De telles conclusions se fondaient sur les interprétations de découvertes archéologiques, comme des figures de femmes enceintes, et des entrées de cavernes supposées être en forme d'utérus. Et cette ère aurait été supplantée par les Indo-Européens qui, en s'engouffrant dans le pays, auraient remplacé la Déesse Mère par le dieu de la guerre et le patriarcat.

Récemment, la nature des objets découverts s'est avérée ambiguë, et, sur les mêmes sites, – ceux qui avaient servi à construire l'hypothèse de la Déesse Mère – des armes, eh oui, ont été découvertes ainsi que des indices forts montrant que la répartition du travail se faisait selon les critères traditionnels liés au sexe. Et tout cela a conduit à la conclusion qu'il n'y a, finalement, aucune preuve que cette fameuse ère ait jamais existé.

Mais qu'en est-il du culte rendu à des dieux et des déesses ? Le Da Vinci Code en fait toute une affaire. 


Oui, c'est vrai. Dan Brown a affirmé qu'il était heureux de remettre en lumière cette histoire cachée de l'ancien culte aux dieux et déesses. Le problème, c'est qu'il n'est pas du tout caché et qu'il n'a pas la signification qu'il lui donne. Certes, les religions païennes vénèrent les deux sortes de divinités, mâle et femelle. Quelques unes, mais très peu, comportent même des rituels de fertilité. Brown, cependant, en tire la conclusion que ces sociétés étaient égalitaires – égalitarisme qui aurait été détruit par le système patriarcal – et que les rituels de fertilité concernaient la réunification des principes male et femelle du monde réel.

Il se trompe sur les deux plans. D'abord, il suffit de considérer les antiques civilisations grecque, romaine, africaine ou asiatique, dans lesquelles on vénérait des déesses. Étaient-elles égalitaires ? Évidemment non. Et l'ironie, c'est qu'au plan historique, l'élévation du statut de la femme dans ces cultures est due précisément au christianisme. Ensuite, les rites de fertilité avaient, pour la plupart, un objectif bien plus terre à terre que l'androgynie spirituelle : la fertilité des récoltes, du bétail et des hommes, comme son nom l'indique.

Mais l'Église catholique a refoulé la spiritualité féminine, n'est-ce pas ?
Là, il faut faire preuve de bon sens. D'abord, nous avons déjà dit à quel point Sainte Marie-Madeleine était populaire. Et il suffit de connaître un peu l'Histoire chrétienne, pour savoir qu'il y a beaucoup de femmes canonisées, qui sont vénérées et honorées par les hommes comme par les femmes, pour leur sainteté et leur dévouement envers les autres.

Et enfin, il faut tenir compte d'une figure importante que le Da Vinci Code ignore consciencieusement : Marie, la mère de Jésus. Si l'on songe, d'une part, à l'importance de la Vierge Marie dans la spiritualité catholique, et d'autre part, à 

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