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Les sources du Da Vinci Code
Amy Welborn

Journaliste, historienne.


08/05/2006
 Le Da Vinci Code est un roman. Vous ne le comprenez pas ?
Si, bien sûr. Mais bizarrement, et peut-être malheureusement, des millions de lecteurs du Da Vinci Code en sont arrivés à croire, Dieu sait pourquoi, que les affirmations de ce roman reflètent les travaux et les opinions d'universitaires sérieux. Mais tel n'est pas le cas.

Quelles affirmations ?
Les plus importantes , qui ont été reprises dans le film, sont :

• Ce que le christianisme dit de Jésus est faux.

• La véritable histoire de Jésus se trouve dans les écrits gnostiques des troisième, quatrième et cinquième siècles.

• L'empereur Constantin a réprimé des écrits qui parlent du véritable Jésus et en a fait faire d'autres.

• Jésus était marié avec Marie-Madeleine.

• Un enfant est né de leur union.

• Marie-Madeleine est le véritable Saint Graal car elle a "contenu" le sang de Jésus sous la forme de son enfant.

• Ce secret a été protégé par un groupe appelé le Prieuré de Sion.

• Léonard de Vinci était membre du Prieuré de Sion et il a dissimulé le secret dans ses œuvres.

• L'Opus Dei est une "secte subversive" qui a pour mission de s'opposer à ce secret.

D'où ces idées viennent-elles ?
Elles viennent de différentes sources, dont la plupart sont, en fait, citées par Dan Brown dans son livre et sur son site Internet. Mais pour les historiens et chercheurs universitaires, aucune de ces sources n'est crédible.

Quelles sont ces sources ?
Parmi les sources les plus importantes on trouve :

• Holy Blood, Holy Grail (Précieux Sang, Saint Graal) écrit par Michael Baigent, diplômé en psychologie, Richard Leigh, romancier, et Henry Lincoln, acteur de télévision et producteur. La plupart des idées de fond viennent de ce livre, particulièrement le fait que le Prieuré de Sion protègerait la descendance de Jésus et Marie-Madeleine, et que l'Église Catholique y serait violemment hostile.

• The Templar Revelation : Secret Guardians of the True Identity of Christ (La Révélation des Templiers : Gardiens Secrets de la Véritable identité du Christ), de Lynn Picknett et Clive Price qui sont aussi auteurs de Stargate Conspiracy : The Truth about Extraterrestrial Life and the Mysteries of Ancient Egypt (La Conspiration de la Porte des étoiles : la vérité sur les extraterrestres et les mystères de l'Égypte ancienne). Ce livre a fourni à Brown le point de vue sur Léonard de Vinci.

• The Woman with the Alabaster Jar : Mary Magdalen and the Holy Grail (La femme à la jarre d'albâtre : Marie-Madeleine et le Saint Graal), de Margaret Starbird. Celle-ci a écrit de nombreux livres sur le mariage de Marie-Madeleine avec Jésus et son statut quasi divin ainsi que sur l'identité de leur enfant, qu'elle appelle Sarah.

Comment Dan Brown utilise-t-il ces sources ?
Si vous avez lu le Da Vinci Code, vous savez que le roman comporte une intrigue plutôt mince, avec un tas de poursuites et d'épisodes à suspense, construite autour de longues conversations dans lesquelles les personnages se donnent des explications les uns aux autres. C'est au cours de ces discussions qu'apparaissent les assertions sur l'Histoire.

Y a-t-il eu des réactions à l'utilisation de ces sources par Dan Brown ?
Deux des auteurs de Holy blood, Holy Grail, Baigent et Leigh, ont porté plainte pour contrefaçon, auprès de la cour de Justice britannique, contre Random House, l'éditeur du Da Vinci Code. De plus, le romancier américain Lewis Perdue a poursuivi Brown et Random House, accusant Brown d'avoir plagié son roman Daughter of God (Fille de Dieu) publié en 2001.

Quel mal y a-t-il à utiliser ces sources pour en faire un roman?
Aucun mal. Un écrivain peut produire son ouvre de la manière qu'il veut. Nous n'avons pas d'avis sur le fait que l'utilisation par Brown des travaux qu'il cite constitue ou non une utilisation malhonnête ou un plagiat. Après tout, il les cite ces travaux. Remarquons, cependant, que si les auteurs de Holy Blood, Holy Grail croyaient vraiment que les faits dont ils parlent ne sont que de simples faits historiques, ils ne seraient nullement fondés à porter plainte pour plagiat. Si j'écris un livre sur Abraham Lincoln, et que vous publiez ensuite sa biographie, je ne peux pas vous poursuivre pour avoir dit que Lincoln a été assassiné par John Wilkes Booth. De fait, c'est seulement si les auteurs savent que ce qu'ils ont écrit est de la fiction et donc leur propre création, qu'il peuvent avoir matière à attaquer pour plagiat. Cependant, comme nous allons le voir dans la suite de ce petit livre, le problème, c'est que Brown laisse le lecteur avec le sentiment très net que ces sources sont des travaux fiables et historiquement fondés. Or c'est faux. On dispose de nombreuses connaissances sur les débuts du Christianisme et il est clair que tous les spécialistes ne partagent pas les mêmes avis sur cette période. Mais même parmi les différents points de vue des savants sur Jésus, les débuts du Christianisme, l'identité de Marie-Madeleine et le Saint Graal (sans parler du rôle, dans tout cela, de Léonard de Vinci et d'un hypothétique "Prieuré de Sion"), il n'est jamais question des théories proposées par le Da Vinci Code. Il est extrêmement important de comprendre cela. Prenez pratiquement n'importe quel historien non-chrétien, spécialiste des débuts du Christianisme, et particulièrement sceptique au sujet de l'histoire chrétienne de Jésus, et posez-lui ces questions : "le message de Jésus portait-il vraiment sur l'union des principes masculin et féminin ? et il a réellement choisi Marie-Madeleine pour porter son message ? et c'est elle le Saint Graal ?" et vous pouvez être quasiment certain que cet historien va s'esclaffer.

Qu'est-ce que Dan Brown a omis ?
C'est bien là la question la plus importante. Supposons que vous cherchiez à déchiffrer les mystères de Jésus et des débuts du Christianisme, il y a des chances que vous vouliez utiliser pour cela les sources considérées comme les plus fiables. Et ce serait la même chose si vous aviez vraiment l'intention de présenter toute l'histoire et d'explorer les hypothèses des spécialistes sur ce qui s'est réellement passé. Mais quelles seraient ces sources ? Croyez-le ou non mais ce sont les écrits produits par les premiers Chrétiens eux-mêmes. Il faut bien réaliser cela. Pourtant, ce n'est pas la démarche de Dan Brown. Tous les textes du Nouveau Testament ont été écrits avant la fin du premier siècle. Et il existe une profusion d'autres écrits datant des premières années du Christianisme, parmi lesquels des sermons, des enseignements et même des prières. On trouve dans tout cela beaucoup de choses intéressantes mais Brown les ignore complètement.

Pourquoi ?
La réponse est assez claire dès lors que vous commencez à lire ces écrits des premiers Chrétiens. Le Da Vinci Code parle d'un mystère, de secrets prétendument cachés pendant des centaines d'années, et supposés faire voler en éclat tout ce que nous croyons connaître. C'est bien ce que dit la bande-annonce du film, n'est-ce pas ? "Dévoilé sous vos yeux … un secret qui pourrait changer le cours de l'humanité … à jamais." Seulement voilà, si au-delà du Da Vinci Code, vous commencez à examiner les sources les plus sérieuses, vous allez découvrir des choses intéressantes :

• Les secrets et mystères du Da Vinci Code… n'en sont pas.

• La mission principale de Jésus n'a rien de mystérieux, même s'il y a, c'est certain, des questions en suspens dans l'histoire des débuts du Christianisme.
Et c'est bien cela qu'il est important de garder en mémoire avec le Da Vinci Code et ses "mystères" : ce n'est pas ce qui y est dit qui est mystérieux mais ce qui a été omis.