Journaliste, historienne.
Est-il vraiment besoin le dire ? C’est faux, bien entendu.
Il est vrai que le christianisme moderne est divers ; pourtant, au cœur de toute foi chrétienne, il y a la conviction que Jésus, pleinement divin et pleinement humain, est Celui par qui Dieu réconcilie le monde – et chacun de nous – avec Lui, et que l’on atteint au salut (ce qui signifie participer à la vie de Dieu) par la foi en Jésus, lequel n’est pas mort mais est vivant.
Par le truchement des héros de son livre, Brown voudrait nous faire croire que cette foi – cette religion – a été bâtie de toutes pièces par un empereur romain du ive siècle. Selon lui (et comme l’explique Teabing), voici ce qui se serait passé : Jésus était vénéré comme un maître de sagesse. Des textes affirmant sa nature purement humaine étaient largement diffusés – rappelez-vous : sa vie a été « narrée par des milliers de disciples ». Lorsque Constantin arriva au pouvoir, il jugea néfastes les conflits entre christianisme et paganisme, qui menaçaient de provoquer l’éclatement de son empire. Alors, il opta pour le christianisme, convoqua des centaines d’évêques au Concile de Nicée, qu’il obligea à affirmer que Jésus était le Fils de Dieu – pas plus difficile que ça !
Franchement, cela paraît bizarre. Reprenons tout cela en détail, puis nous étudierons la question de la divinité de Jésus.
Constantin
Constantin (v. 272 – 337) est devenu empereur de Rome en 306, et il conforta son pouvoir en 312 suite à sa victoire sur un rival, à la célèbre bataille du pont de Milvius ; l’histoire raconte qu’il aurait eu une vision, qu’il interpréta dans un sens chrétien, et que cette vision lui aurait donné force et inspiration. Jusqu’alors, de façon générale, il était illégal de pratiquer le christianisme dans l’empire romain et, en fait, jusqu’au règne de Dioclétien (303-305), mort quelques années auparavant, les chrétiens avaient été victimes de persécutions particulièrement sévères dans tout l’empire.
(À ce stade, on pourrait à bon droit se demander pourquoi l’empire romain prenait la peine d’emprisonner et de torturer des gens qui voulaient rester fidèles à un maître de sagesse – si Jésus n’était que cela. Pourquoi d’ailleurs des disciples de ce maître auraient-ils constitué une quelconque menace pour l’empire ? Celui-ci abondait en écoles et systèmes philosophiques – mais seuls les chrétiens étaient persécutés. Pourquoi ?)
Quelle qu’en soit la raison – peut-être possédait-il une faible étincelle de la vraie foi, peut-être certains membres de sa famille étaient-ils chrétiens, ou peut-être encore s’agissait-il pour lui de mystérieux calculs politiques –, l’un des premiers actes de Constantin fut de publier un édit de tolérance du christianisme, qui mit fin aux persécutions, provisoirement du moins.
Il est vrai que, pendant son règne, Constantin ne se contenta pas de tolérer le christianisme, il le favorisa. On ne sait pas très bien quels furent ses motifs. Certes, il voulait unifier l’empire qui, depuis un siècle, était sérieusement ébranlé par une succession de divisions et de conflits ; et il est certain qu’il s’est servi de la religion à cette fin. Mais peut-être aussi avait-il ressenti la force de cette religion alors que l’influence de la religion romaine traditionnelle commençait à décliner. Il est aussi possible qu’il ait été influencé par des penseurs chrétiens de son entourage, et peut-être même par certains membres de sa famille ; il n’en reste pas moins que, à un moment, Constantin décida que le christianisme serait cette force unificatrice.
Pour nous qui sommes accoutumés à la séparation de l’Église et de l’État, tout cela paraît étrange ; pourtant,