Journaliste, historienne.
En fait, on compte « plus de quatre-vingts évangiles » (ibid.) ; mais quatre seulement ont été retenus pour être incorporés à la Bible par l’empereur Constantin en 325 !
C’est ainsi que, selon le Da Vinci Code, après le Concile de Nicée, « des centaines de textes qui racontaient sa vie d’homme – d’homme mortel » (ibid.) ont été supprimés – par simple opportunisme politique ; quant à ceux qui continuaient à voir en Jésus un mortel prêchant une sagesse et qui, pour Teabing, racontaient « l’histoire originelle de Jésus », ils ont été qualifiés d’« hérétiques » (ibid.).
Jusqu’à présent, nous avons essayé de présenter les choses de façon mesurée et objective mais, ici, on atteint la limite, et ce n’est plus possible. C’est faux, c’est archi-faux. On tombe dans l’imaginaire le plus complet, et aucun spécialiste, aussi laïciste soit-il, ni aucune université, aussi peu religieuse soit-elle, ne pourrait en aucune manière confirmer le récit que fait Brown de la manière dont le Nouveau Testament a été constitué.
Ce n’est pas de l’histoire sérieuse, ne vous y laissez pas prendre ! Considérez cette curieuse reconstruction du passé comme un grave avertissement supplémentaire à ne pas même envisager de considérer comme avéré rien de ce qui est écrit dans ce livre. Et profitez-en pour apprendre l’histoire bien plus intéressante de la manière dont le Nouveau Testament s’est véritablement constitué.
Il n’y a rien là de choquant
Dans le Da Vinci Code, l’historien Teabing étonne apparemment Sophie lorsqu’il déclare : « La Bible n’a pas été transmise par fax céleste » (p. 288). Une telle information est censée être étonnante et trancher radicalement sur ce qui est, d’après lui, la « version définitive ».
Ce qu’il laisse entendre, c’est que si, effectivement, la Bible n’a pas été transmise par fax céleste, complète, reliée, avec une table des matières écrite par Dieu lui-même, la seule autre possibilité que l’on puisse envisager, c’est que les Écritures se sont constituées dans le cadre d’un processus au cours duquel des dizaines de récits de la vie de Jésus, tout aussi valides les uns que les autres, ont été soit acceptés, soit rejetés par des gens dont la seule motivation était de détenir le pouvoir.
À vrai dire, ce n’est pas du tout de cette manière que les choses se sont passées. C’est bien connu : ce processus – la fixation du canon des Écritures – n’a rien de secret. Pour vous en convaincre, il vous suffit d’aller dans une bibliothèque où un livre vous en racontera toute l’histoire en quelques minutes. En outre, ce n’est pas parce que des hommes ont participé à leur rédaction que ces livres en sont moins sacrés.
Après tout, lorsqu’il a été élevé au ciel, Jésus n’a pas laissé une Bible derrière lui. Ce qu’Il a laissé, c’est l’Église – les Apôtres, Marie, sa mère, et d’autres disciples – hommes et femmes. Aussi essentielle que soit la Bible pour les chrétiens, aussi fondamentale et certaine soit-elle comme source de révélation, il est bon – et même un peu étonnant – de se rappeler que, au cours de ces premières décennies, les chrétiens ont vécu, appris et adoré en tant que chrétiens… sans le Nouveau Testament. Ils avaient acquis leur foi en réfléchissant sur l’Ancien Testament et par le truchement d’un enseignement oral fondé sur le témoignage des Apôtres. Cette foi s’est formée et nourrie au travers de rencontres avec le Seigneur vivant, dans le baptême, dans l’Eucharistie, dans le pardon des péchés et dans la vie en communauté avec d’autres chrétiens.
C’est de cette Église – le Corps nourri par le Seigneur vivant – que sont sortis les