Journaliste, historienne.
La figure de Marie-Madeleine a inspiré une abondance d’œuvres d’art, de pratiques de dévotions et de bonnes œuvres tout au long de l’histoire du christianisme, mais si nous voulons vraiment la comprendre il nous faut ouvrir les Évangiles parce que c’est là que nous trouverons tout ce que nous connaissons vraiment. Ce qui la concerne semble, au premier abord, et c’est frustrant, très mince : une présentation dans Saint Luc, et ensuite la présence de Marie au pied de la Croix et auprès du tombeau vide mentionnée dans les quatre Évangiles. Fort peu pour continuer, semble t il.
Mais dans le contexte, la situation n’est pas aussi mauvaise qu’elle ne le paraît. Après tout, personne hormis Jésus n’est décrit avec force détails dans les Évangiles, et même le portrait de Jésus, aussi évocateur soit il, néglige des détails, importants pour les modernes que nous sommes puisque nous sommes programmés pour penser de la sorte. Il est possible, étant donné le contexte, que les Évangiles nous disent plus sur Marie-Madeleine que nous le pensons.
Fiable ?
Avant de se pencher véritablement sur la Marie-Madeleine des Évangiles, il est peut-être judicieux que de se rappeler ce que sont exactement les Évangiles et comment les lire.
Le mot "Évangile", evangel en grec, signifie, bien entendu, "bonne nouvelle". Les quatre Évangiles dans le Nouveau Testament sont considérés comme les écrits les plus précis et qui font le plus autorité sur la vie de Jésus depuis le début du deuxième siècle. Même aujourd’hui, les érudits qui s’intéressent aux débuts du christianisme, qu’ils soient croyants ou non, savent que les Évangiles et les autres écrits du Nouveau Testament sont les premiers textes de référence à étudier.
Il m’arrive parfois lorsque j’interviens sur ce sujet d’avoir à répondre à des questions sur la fiabilité des Évangiles.
Par ailleurs, même ceux d’entre nous qui ont reçu un enseignement religieux ont pu être conseillés implicitement de rester sceptiques vis-à-vis des Évangiles. On nous rappelle que les Évangiles ne sont pas un recueil d’histoire ou une biographie, et qu’ils nous enseignent plus sur la communauté qui les a produit que sur Jésus lui-même.
En résumé, tout ceci se distille dans la conviction que lorsqu’il s’agit du début de l’ère chrétienne, tous les documents et textes disponibles sont d’égale valeur dans l’enseignement qu’ils nous livrent sur Jésus-Christ. Ainsi, comme il n’est pas possible d’en choisir un qui soit plus fiable historiquement parlant, on prend celui dont "l’histoire" nous parle le plus. Donc, si l’Évangile de saint Marc vous déplaît vous pouvez sans problèmes créer votre propre Jésus de ce que vous lisez dans l’Évangile de Philippe ou Pistis Sophia.
Désolée, mais ce n’est pas comme cela que ça marche. Comme nous allons le voir plus en détails lorsque nous aborderons les écrits gnostiques, il n’y a pas de comparaison possible entre les Évangiles canoniques et les autres écrits. Les Évangiles canoniques n’ont pas été écrits si longtemps après les évènements décrits – quarante ou cinquante ans – et ont été écrit dans une culture orale qui prit grand soin de préserver ce qu’elle entendait avec attention ; l’histoire de la communauté en dépendait. Lorsque nous lisons vraiment les Évangiles, nous voyons des commentaires ici et là des évangélistes eux-mêmes sur ce qu’ils essaient de faire, et une part de cela implique, selon leurs propres dires, d’être aussi précis que possible (voir Lc 1, 1-4 par exemple).
Non, les Évangiles ne sont pas un simple recueil d’histoire ou une biographie dans le sens contemporain du terme. Ils sont un