L'Inquisition reçut ce nom parce qu'elle introduisait une nouveauté dans la procédure médiévale : celle de faire précéder toute condamnation d'une enquête au cours de laquelle le suspect serait entendu, tandis que seraient examinées les preuves de son crime. Nous n'avons plus de ces délicatesses. Ce qui étonne dans l'étrange procès qui a été fait à Mel Gibson à l'occasion de la sortie de son film, c'est tout de même le nombre de condamnations émanant d'autorités ou d'individus qui ne l'avaient pas vu.
Le fond de l'acte d'accusation en dispensait, il est vrai, les accusateurs. Parce qu'il se résumait à ceci : d'avoir présenté les autorités juives comme étant responsables de la condamnation et de la mort du Christ. Nul ne soupçonne en effet la bonne foi de Mel Gibson. Nul ne l'a accusé d'avoir donné un physique déplaisant aux personnages juifs de son film, nul ne l'a soupçonné d'avoir réduit leurs caractères à des archétypes caricaturaux : c'est la trame même de l'histoire qu'il raconte qui a été mise en cause, le fil du scénario (dont les procureurs n'avaient du reste qu'une connaissance imprécise, grâce au vol d'une première ébauche du script) qui a été stigmatisé comme fauteur d'antisémitisme, parce que ce scénario présentait le grand prêtre et le clergé juif du temple de Jérusalem comme les instigateurs de la condamnation à mort de Jésus. Point n'était donc besoin de voir le film. Il suffisait de savoir qu'il mettait en scène cette vision scandaleuse de la Passion du Christ.
On a dit, on a répété qu'il y avait là, de la part de Mel Gibson, un inacceptable obscurantisme. Que le concile Vatican II avait récusé une fois pour toutes l'idée d'une culpabilité des autorités juives dans la mort de Jésus. Le problème est que cela est faux. Par sa déclaration Nostra Aetate, les Pères conciliaires se sont bornés à affirmer que «ce qui a été commis durant (la) Passion ne peut être imputé indistinctement ni à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps».
La même déclaration conciliaire n'en rappelait pas moins que «des autorités juives, avec leurs partisans, (avaient) poussé à la mort du Christ». Comment aurait-elle pu dire le contraire ? Le fait figure en toutes lettres dans les quatre Evangiles !
«Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'Homme va être livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix, et le troisième jour, il ressuscitera.» (Matthieu, 20 18-19)
«Alors les grands prêtres et les anciens du peuple s'assemblèrent dans le Palais du grand prêtre qui s'appelait Caïphe, et se concertèrent en vue d'arrêter Jésus par ruse et de le mettre à mort» (Matthieu 26 3-4)
«Or les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus en vue de le faire mourir.» (Matthieu 26 59)
«A dater de ce jour, ils furent résolus à le tuer.» (Jean, 11-48)
«Alors le grand prêtre déchira ses tuniques et dit : «Qu'avons-nous besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème» (...) Tous prononcèrent qu'il méritait la mort.» (Marc 14 63)
«Ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, Pilate leur dit : «Vous m'avez présenté cet homme comme poussant le peuple à la révolte ; or j'ai instruit l'affaire devant vous et je n'ai trouvé cet homme coupable d'aucun des crimes dont vous l'accusez (...) Vous le voyez, cet homme n'a