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La foi catholique face à la pensée moderne
Père Bruno Le Pivain

Source : Kephas 

Pour décrire l'état d'esprit diffus dans la société occidentale — qu'on dit aussi bien « post-chrétienne » que « post-moderne », et tous ces « post » en disent long —, on convient habituellement aujourd'hui d'employer l'expression de « crise du sens ». À vrai dire, elle sonne parfaitement juste et exprime bien la réalité qu'elle recouvre.

    D'un simple point de vue naturel, deux éléments essentiels semblent caractériser cette crise du sens : l'obscurcissement ou le refus de l'intelligence de la loi naturelle, l'oubli — au moins pratique, mais parfois jusqu'à l'aversion — de la transcendance. Ces deux réalités composent les deux bouts de la chaîne qui permet au sage de tout ordonner, selon saint Thomas d'Aquin. Il appartient au sage d'ordonner : la crise du sens est une crise de la finalité; la personne, la famille, la communauté, le pays, la civilisation qui ont perdu de vue, avec le point de départ — la loi naturelle —, le but ultime — la transcendance jusqu'à la béatitude — n'ont plus la possibilité de déterminer l'ordre qui peut y conduire, ont perdu le goût du bonheur. 

    Pour être le levain dans la pâte, le baptisé peut hésiter entre deux types d'attitude. Elles ont l'une et l'autre leurs lettres de noblesse. Voici saint Paul devant l'Aréopage : « Ce que vous adorez sans le connaître, je viens vous l'annoncer. » (Act 17, 23) Voici saint Pierre : « ...C'est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces. » (1 Pt 2, 21) Le premier, cependant pénétré jusqu'aux moelles du mystère du Christ, estime que les linéaments de cette philosophie grecque qu'il maîtrisait pouvait lui faciliter l'accès à ses contemporains. Le second, louant son « cher frère Paul (qui) a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée » (2 Pt 3, 15), penche pour une parole prophétique qui expose « les souffrances du Christ et les gloires qui les suivront » (1 Pt 1, 11). 

    Loi naturelle et transcendance. Prenons pour l'heure le deuxième aspect : comment le baptisé peut-il être aujourd'hui témoin de la transcendance ?

       Face à l'indifférentisme, au matérialisme, à l'utilitarisme, à l'hédonisme, à l'individualisme, à bien d'autres « ismes », le chrétien est appelé à devenir un témoin de la transcendance, et à l'être par charité, sans quoi il n'est que bronze sonore ou cymbale retentissante. Soit. Continuons la question : comment témoigner de la transcendance autrement que par des phrases ?

    Il y a ce qu'on appelle les transcendantaux, qui sont en quelque sorte la simplicité visible de Dieu, son vêtement parmi les créatures, ou encore l'échelle de l'être qui mène jusqu'à Dieu et guérit l'homme du désespoir comme de la présomption. Voici, dans l'ordre, l'Un, le Vrai et le Bon, et leur éclat commun, le Beau. Témoin de la transcendance, c'est-à-dire témoin des transcendantaux, témoin de l'unité, de la vérité, de la bouté, de la beauté de Dieu révélées dans le Christ Jésus.

    Témoin de l'unité. « Qu'ils soient un, comme toi et moi, Père, sommes un, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. » (Jo 17, 22) Afin que le monde croie. Les païens ne s'y étaient pas trompés aux premiers temps du christianisme : « Voyez comme ils s'aiment. » Pas de catholicisme sans unité, pas de catholique sans service de l'unité. Avant d'être sainte, l'Église est une.

    Témoin de la vérité. Non pas de sa vérité, de son opinion. Témoin de la vérité du Christ, donc de l'Église qui s'exprime par son Magistère visible. Mais témoin aussi de la vérité de sa propre vie, accordée à celle du Christ, sans quoi le discours, précisément, n'a pas 

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