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Témoignage d'un ancien drogué
Dominique Morin

Source : La Nef n°126 - avril 2002

Ancien drogué, atteint du sida, Dominique Morin a connu son chemin de Damas et il ne cesse, depuis, de témoigner auprès des jeunes que la drogue et toutes les perversions ne sont pas une fatalité. Un magnifique témoignage de foi et d’espérance.

La liberté.
Je me suis beaucoup drogué durant mon adolescence. La jeunesse que je rencontre dans les écoles où je témoigne désormais nous ressemble beaucoup, les tentations, elles, sont encore plus présentes. Le cannabis, puissant mensonge, d'apparence anodine, affaiblit sûrement nos capacités psychiques et physiques, et il incite à la fuite devant nos problèmes personnels. En fumer était une attitude marginale, c'est bien fini aujourd'hui. On fume dans la rue, sans aucune réserve, plus aucun interdit social. Plus de lieu comme l'école où la drogue n'entre pas. Tant de jeunes, se croyant maîtres d'eux-mêmes, cherchent juste une expérience, curieux de savoir ce que ça fait ou soucieux de ne pas se dégonfler devant les copains. Mais ne pas prolonger l'expérience, c'est une autre histoire, surtout à ce moment de la vie où la rupture de dialogue avec les adultes et l'opposition systématique sont fréquentes. Avec un esprit critique improbable, voire inexistant. L'immaturité insouciante de l'adolescence n'est-elle pas un obstacle en soi à la vertu de prudence ? Le fumeur d’un soir peut devenir un drogué sans le réaliser. Parler alors de liberté dénote une certaine ignorance de ces réalités.

Démission et mensonge.
L'effet du cannabis, c'est un peu comme la télévision. On croit participer à une aventure en restant passif et sous l'effet d’une illusion il semble s'établir une distance avec les difficultés de notre vie. La tentation de s'y réfugier existe réellement. Un avenir angoissant, une vie dérisoire, voguant d'une impulsion ou d'un désir à l'autre, au gré du vent, cela ne ressemble-t-il pas un peu à cette jeunesse laissée à l'abandon que nous côtoyons ? Grande solitude de la personne dans la vitesse et le bruit d’un monde désincarné, inhumain, violent, dur aux faibles : les motifs de fuite ont augmenté. 

Une fois pris conscience du piège, difficile de demander de l'aide. Orgueil, découragement, honte peut-être, mais vers qui aller d'ailleurs ? Le lobby de la drogue, nos copains fumeurs, eux semblent avoir fait leur choix : « fuir est un droit et oublier une liberté. » Combien d'éducateurs, politiques ou parents « rescapés de Woodstock » non guéris de leur passé ou d’adultes dépassés ou soucieux d’être consensuels ? Peut-on d'ailleurs espérer dans les autres dans notre société individualiste et fataliste, sans espérance ni miséricorde ? Avec le péché, nous avions un droit infini au pardon. Celui à qui manquait le courage pouvait avoir la certitude d’une main tendue sans jugement. Sans péché ni erreur, pourquoi et comment se relever ? C’est asséné partout : « chacun pour soi » ce qui peut se traduire par « débrouillez-vous tout seul ! » Démagogie et bons sentiments ne vaudront jamais vérité et charité.

Témoignages de drogués.
Lors de mes témoignages, je rencontre beaucoup de fumeurs de cannabis. Ne se sentant pas jugés ou montrés du doigt, beaucoup se confient. La drogue n'apporte rien mais permet d'oublier, de faire tomber la tension, d'être un personnage avantageux dans un film plus beau que la réalité. La drogue n'est pas recherchée pour elle mais, par défaut, elle s'impose pour combler par l'illusion une carence d'amour, de dialogue, de projet ou de conscience de sa valeur.

Un élève de terminale demande au responsable de l'internat d'y être accepté. Certain de rater son bac à la fin de l'année, il tend la main. Encadré, dirigé, il aura plus de chances de réussir à étudier. Et ne sera plus tenté, dès la sortie des cours, de se réfugier dans le cannabis, garant de son échec. Il faut du courage pour s'humilier dans une telle situation, mais qui y encourage aujourd'hui ? Et ce 

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