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Le mythe du concile : Vatican II vu par les médias 40 ans après
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°133 de Décembre 2002

À l'occasion du 40e anniversaire de Vatican II, le concile est souvent apparu dans la presse comme une rupture dans l'Église, bienfaisante pour les uns, malfaisante pour les autres. À travers leur vision du concile ou leurs objections, les uns et les autres contribuent à faire de ce concile un mythe ! Quarante après, est-il possible de débattre sereinement de Vatican II sans rentrer dans le manichéisme outrancier dont une certaine presse s'est fait l'écho (cf. l'éditorial, page 5) ? Ce dossier analyse les principaux points controversés du concile et, sans prétendre tout régler, voudrait seulement inviter à approfondir des questions complexes qui ne peuvent se régler dans la polémique du brouhaha médiatique.


En analysant les articles que la presse écrite a consacrés au quarantième anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II, on peut se demander si ce concile n'est pas un mythe où chacun puise ce qu'il veut bien y trouver, sans grand souci de la réalité des textes promulgués. Ainsi, l'« hebdomadaire chrétien d'actualité » La Vie titrait-il « Vatican II, une révolution en marche » (1), tandis que Fideliter, la revue de la Fraternité Saint-Pie X en France, s'interrogeait : « Vatican II, un "brigandage" ? » (2). Ces deux titres reflètent deux positions révélatrices : si la seconde est marginale dans l'Église, la première est en revanche largement répandue et en tous les cas très dominante dans les médias, y compris dans ceux qui se présentent comme catholiques. La chose est grave, car ces positions de rupture ne sont guère compatibles avec la nature de l'Église et de son enseignement. Ce faisant, on inculque dans l'esprit du public l'idée que l'Église s'est longtemps trompée et qu'il a fallu attendre l'événement libératoire du concile pour qu'elle sorte enfin de son obscurantisme passé. À l’opposé, la position lefebvriste est tout aussi dangereuse, puisqu'en rejetant l'enseignement conciliaire et post-conciliaire, elle montre du doigt une Église qui erre universellement depuis quarante ans en donnant à ses fidèles une nourriture empoisonnée !Essayons de cerner brièvement les raisons de cet esprit de rupture que l'on retrouve aux deux extrémités du paysage catholique. 

Ce qui est le plus frappant est que cet esprit de rupture s'appuie sur des analyses d'un manichéisme et d'un simplisme désarmants. Pour le dossier de La Vie cité plus haut et la série de La Croix sur le concile publiée en octobre, le schéma est d'une simplicité biblique : avant Vatican II, tout est mauvais, à l'image de Pie IX qui « confirma… un repli frileux et sectaire du catholicisme sur lui-même » (3), du temps de saint Pie X, « c'était une époque où l'Église était conçue comme un troupeau passif guidé par ses pasteurs », et « au début du concile, l'Église catholique vivait encore sur la défensive, repliée dans sa forteresse. Elle se méfiait du monde »; après Vatican II, heureusement, tout change enfin, « le Christ reprend toute sa place. Mouvement de rupture, la principale institution ecclésiale proclame renoncer à toute forme de pouvoir autre que celle d'une parole désarmée : l'Évangile. […] Le concile s'impose immédiatement comme une réunion d'hommes libres »; et, alors que « depuis le concile de Trente, au XVIe siècle (sic), l'Église est conçue comme une société hiérarchique », Vatican II, il était temps, balaie tout cela et « théoriquement, il n'y a plus de hiérarchie entre clercs et laïcs ». Un tel tissu d'âneries ferait sourire si la chose n'était si sérieuse. Et répétées à satiété par les grands médias, ces âneries finissent par devenir vérité pour nombre de chrétiens peu informés. Ainsi se forme l'idée que le passé de l'Église n'a été qu'une longue nuit, jalonnée d'horreurs comme les croisades ou l'Inquisition, dont elle n'est sortie que tout récemment grâce au concile. Ainsi, la collégialité a-t-elle corrigé « une certaine vision monarchique » de l'Église ou la liberté religieuse a-t-elle 
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