L’étymologie du mot « secte » renvoie à deux réalités différentes, l’une plus négative que l’autre. Le latin secta vient soit de sequi, sectari (celui qui suit), soit de secare, sectum (couper). L’adepte d’une secte est-il donc celui qui suit un enseignement particulier, une doctrine particulière – vision irénique de la situation; ou est-il quelqu’un qui s’est coupé, séparé de son milieu d’origine (famille, milieu, Eglise) ? L’une ou l’autre définition a son intérêt et apporte son éclairage mais est loin de régler la question.
On pourrait dire que la définition de ce qu’est une secte va considérablement varier selon ce que l’on va considérer comme étant la norme en matière de pensée et de croyance. Il y a la définition laïciste, telle qu’on l’a trouvée établie par la Commission d’enquête sur les sectes, et qui vise à qualifier de sectes les « Groupes visant par des manœuvres de déstabilisation psychologique à obtenir de leurs adeptes une allégeance inconditionnelle, une diminution de l’esprit critique, une rupture avec les références communément admises (éthiques, scientifiques, civiques, éducatives), et entraînant des dangers pour les libertés individuelles, la santé, l’éducation, les institutions démocratiques » (1). On voit le sous-entendu d’une telle définition.
D’un point de vue protestant, la secte est une séparation d’une Eglise établie (étant entendu, pour un protestant, qu’il existe différentes Eglises); mais « une secte ne mérite cette désignation que provisoirement, susceptible qu’elle est de se transformer en “Eglise libre”, c’est-à-dire de se situer progressivement entre le type-Eglise et le type-secte, plus près éventuellement de l’un que de l’autre » (2).
Un effort de compréhension catholique du phénomène des sectes partira de réalités tout autres. L’unité est une des notes essentielles de l’Eglise catholique : elle est une parce qu’elle seule est intégralement unie au Christ, puisqu’elle est son Corps.
Il serait peut-être bon alors pour un catholique de s’en tenir à ces désignations traditionnelles pour juger de la foi; le mot secte ne saurait leur être équivalent. La secte est une réalité sociologique qui ne s’identifie pas à l’hérésie, au schisme et à l’apostasie, qui sont des réalités de foi. Un apostat ne devient pas forcément dirigeant d’une secte; des schismatiques constitués en groupe, même hiérarchisé, ne forment pas forcément une secte.
D’un point de vue historique et sociologique, on peut tenter de retenir trois caractéristiques qui constituent le phénomène sectaire :
– une doctrine nouvelle voire une révélation nouvelle, qui conduit à des pratiques religieuses nouvelles;
– une protestation maximalisante, selon l’expression des sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch, qui conduit à une rupture d’avec la société ambiante;
– l’emprise exclusiviste d’un leader ou d’un groupe, qui conduit à aliéner la liberté de penser et d’agir des adeptes.
Un exemple-type : les Témoins de Jéhovah
Ce n’est pas injurieux de qualifier les Témoins de Jéhovah de secte. Ils se présentent eux-mêmes comme des « séparés ». Ils seraient près de 9 millions dans le monde et ils entendent bien se différencier de toutes les autres Eglises et groupes religieux existants. Ils se définissent ainsi : « des gens qui se sont séparés des nombreuses religions du paganisme et de la chrétienté. Ils sont sortis de Babylone la Grande. Jéhovah Dieu possède une organisation visible dont il se sert aujourd’hui afin de nous former et de nous équiper pour vivre dans son système nouveau et juste.