Les Églises autocéphales de rite byzantin en face de l’Église catholique. Ressemblances et différences. La véritable orthodoxie. La voie ouverte à la réunion.
Notre étude sur la nature et les effets du schisme byzantin montre que l’Église, ou plutôt le groupe d’Églises issues de ce schisme, n’a pas échappé au sort commun de toutes les chrétientés séparées du centre commun de l’unité catholique, c’est-à-dire de l’Église romaine, dont saint Irénée disait, au second siècle, que toutes les autres doivent s’accorder avec elle, à cause de son autorité supérieure. Ce sort commun, c’est l’arrêt dans la vie et le développement, c’est le dépérissement progressif. La loi s’est réalisée pour le donatisme, pour le nestorianisme, pour le monophysisme. Ce qu’on peut appeler le byzantinisme ne fait pas exception. Le byzantinisme, c’est essentiellement la tentative de vivre dans l’orthodoxie en supprimant Pierre, de maintenir l’Église et tout ce qui la constitue en écartant le pape. De l’Église gréco-russe, produit du schisme byzantin, on peut donner une définition aussi brève que compréhensive : C’est l’Église sans le pape ; c’est l’Église catholique telle qu’elle existait au IXe siècle amputée de son chef visible, l’évêque de Rome, et essayant de continuer sa course sans lui dans une pleine autonomie. Ce que l’Église devient sans le pape, c'est la démonstration, c’est la leçon en acte que nous donne l’histoire de l’Église byzantine une fois passée autocéphale.
La papauté est avant tout, dans l’Église, principe d’unité. Ce qu’est devenue l’unité dans l’Église byzantine séparée, nous l’avons constaté. Après s’être maintenue pendant quelque temps, l’unité sociale a disparu la première dans le morcellement des Églises autocéphales nationales ou ethniques. De l’unité de foi entre ces diverses Églises il ne peut être question que si l’on fait table rase de tout ce qui a été agité, controversé, défini, condamné, officiellement déterminé durant les siècles de séparation, pour revenir au statu quo dogmatique des huit premiers siècles, statu quo tronqué, du reste, d’éléments essentiels, incompatibles avec le schisme lui-même, comme l’est la primauté de juridiction de l’évêque de Rome.
Hors de ce minimum, rien de stable et de définitif n’est retenu du travail polémique et théologique d’une longue série de siècles : c’est partout le règne du libre examen et des opinions théologiques. Quant à l’unité de communion, elle ne pouvait durer longtemps, une fois disparue l’unité de gouvernement. Depuis longtemps rompue par le schisme bulgare, elle n’est plus qu’un souvenir du passé, après l’apparition des récents schismes russes. Si nous passons à l’unité canonique ou disciplinaire, le césaropapisme, qui sévit dans ces Églises, n’a laissé subsister que des fragments de l’antique discipline. Ces fragments, du reste, loin d’être un élément de progrès, constituent souvent une entrave, à cause de leur manque d’adaptation à la situation présente. Seule se maintient encore l’unité rituelle.
Du point de vue doctrinal, la papauté est à la fois principe d’immutabilité et principe de progrès. Conservant ce qui est définitivement acquis par la tradition des siècles antérieurs, elle se montre, sinon toujours l’initiatrice, du moins la régulatrice du progrès légitime dans la connaissance de la vérité révélée. C’est par elle ou sous sa direction que, devant de nouvelles hérésies, s’élaborent de nouvelles définitions dogmatiques ; que de nouvelles controverses reçoivent leur solution définitive. Elle incarne le magistère infaillible vivant dont Jésus-Christ a voulu doter l’Église qu’il a fondée. Dans l’Église byzantine séparée et ses filles modernes que voyons-nous ? L’impuissance radicale la plus absolue à trancher définitivement une controverse doctrinale quelconque, dès que l’objet en dépasse le cercle des définitions expresses des sept premiers conciles œcuméniques. Comme organe d’un enseignement infaillible il