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L'Eglise et le XXe siècle
Mgr Henri Brincard

Source : La Nef n°120 - janvier 2002

Au XXe siècle, trois moments importants ont jalonné le cheminement de l’Eglise : les apparitions de Fatima, le concile Vatican II et le Grand jubilé de l’an 2000.

Le siècle écoulé a été riche en événements, modifiant peu ou prou le cours de l’histoire. Le nombre de ces événements, leur enchaînement rapide ont laissé le sentiment d’une subite accélération du temps, accélération prenant parfois l’allure d’une course vertigineuse vers un abîme de destruction. Quoi qu’il en soit, l’historien, laissé à ses faibles lumières, peine à déceler les événements les plus importants pour l’avenir des hommes.

L’Eglise n’a pas échappé aux nombreux tourbillons qu’a connus le XXe siècle. Sur le vaste et orageux océan du monde, elle a cependant gardé le cap fixé par son fondateur, « le même, hier, aujourd’hui et à jamais ». Une telle fidélité émerveille. De manière éloquente, elle nous parle de ce miracle permanent qu’est l’Eglise, Corps du Christ, Epouse de l’Agneau, Temple du Saint Esprit.

A ce propos, citons une anecdote significative. Au soir de sa vie, le cardinal John-Henry Newman s’entendit poser cette question : « Comment se fait-il que l’Evangile nous relate tant de miracles alors qu’il y en a si peu aujourd’hui, du moins en apparence ? » Et le cardinal de répondre aussitôt : « Qu’avons-nous besoin de nouveaux miracles, il y a en a un et il est permanent : l’Eglise. » Depuis plus de deux mille ans, en effet, l’Eglise suit sans jamais en dévier la route tracée par son fondateur. Continuellement purifiée en ses membres par l’Esprit de Vérité et d’Amour, l’Eglise, sous la motion de ce même Esprit, se remet dans le Christ au Père. Les épreuves, loin de l’affaiblir, lui donnent des forces nouvelles à la gloire de « Celui qui est, qui était et qui vient ».

A mon avis, au XXe siècle, trois moments importants ont jalonné le cheminement de l’Eglise et, par là même, celui de l’humanité entière. Ils ont montré que le Seigneur du temps et de l’histoire, conduit toutes choses pour le plus grand bien de ceux qui se confient à sa miséricorde.

Fatima est le premier événement marquant du siècle dernier. On ne s’en est pas tout de suite rendu compte.

Au-delà du fait même de l’apparition, signe de la présence aimante au milieu du peuple de l’Alliance, d’une mère qui a la puissance d’une reine, les paroles reçues et transmises par des enfants au cœur limpide, ont projeté sur le cours de l’histoire, la lumière pénétrante de Celui qui « sonde les reins et les cœurs ».

Le message délivré sur les pentes arides de la Cova da Iria rappelle un enseignement de l’Evangile, à savoir que le péché par lequel en engageant leur responsabilité, les hommes s’insurgent contre l’Amour divin, est la vraie cause des désordres qui bouleversent notre monde. A Fatima, comme toujours, l’Amour ne rappelle la gravité de l’offense que pour mieux ramener à lui, par les voies de la conversion, de la prière et de la pénitence, tant de cœurs égarés. Le message de Fatima est avant tout un message de lumière et de paix. A sa manière, il est une irruption divine dans le cours de l’histoire, irruption qui vient briser les chaînes que, dans leur folie, les hommes se sont forgées.

Un deuxième événement important, relié mystérieusement au premier, est Vatican II qui malheureusement est trop souvent ignoré quand il n’est pas faussement interprété, selon les préjugés du jour. Tout au long de ce concile, l’Eglise a clairement exprimé sa volonté d’être la servante des hommes pour Dieu. C’est ainsi que Vatican II a ouvert les hommes à l’Eglise qui est mystère de communion dans la charité divine.

Un troisième événement, au XXe siècle, a traduit, selon sa grâce propre, les richesses proposées par le dernier concile. Il s’agit du Grand jubilé de l’an 2000. Placé sous le signe de l’Incarnation rédemptrice, le jubilé a fortement rappelé que le Sauveur se donne aux hommes dans l’Eucharistie, sacrement de l’Amour divin et viatique de l’Eglise en marche vers les noces éternelles avec son Epoux.

A ceux qui se laissent guider par la lumière de la foi, le mystère de Marie apparaît comme un mystère unissant, sous un certain rapport, Fatima, le concile Vatican II et le Grand jubilé. Devenue Mère de Dieu au jour de l’Annonciation, Marie est constituée mère des hommes sur le Golgotha. Depuis la Pentecôte, l’Epouse immaculée du divin Paraclet accompagne l’Eglise en marche, apportant au peuple de Dieu le puissant secours de sa maternité royale, de cette maternité vigilante qu’évoque, dans la lumière de la croix, le mystère du Carmel. Tout au long du siècle dernier, et notamment lors des événements dont nous avons parlé, l’Eglise a été invitée avec une insistance croissante à contempler ce mystère, source d’un renouvellement constant des cœurs. C’est pourquoi, je suis convaincu qu’au XXe siècle, le « processus » le plus décisif pour l’avenir des hommes a été la mise en valeur progressive du mystère du Carmel. Une telle mise en valeur, faite à partir de la Parole de Dieu méditée dans l’Eglise, sous le souffle de l’Esprit Saint, « protagoniste » de la mission, ouvre la voie à la civilisation de l’Amour et de l’Espérance, civilisation dont le pape Jean-Paul II a évoqué tant de fois les traits. Elle prépare aussi, à l’heure de Dieu, la communion plénière des hommes dans la charité qui est vérité.

« O Marie, mère de la Vérité, aidez-nous à entrer de plus en plus dans le mystère de la charité ! »