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Un véritable esprit critique
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

L’humanité est passée d’un régime de nécessité à un régime de liberté. Dans ce contexte, il faut recevoir le Magistère, notamment au plan moral, comme une bonne nouvelle destinée à nous éclairer et à nous remettre en question.

Christophe Geffroy demande : « Quel est l'événement, ou le processus historique, du XXe siècle, qui a été le plus décisif pour l'avenir de la chrétienté en ce nouveau siècle ? » Si ce n’était pas dans La Nef, le simple mot de chrétienté ferait tiquer au moins deux lecteurs sur trois… Le philosophe a pour vocation de clarifier les termes. Si avec la clarté un bout de réponse vient, il lui est donné par surcroît.


Qu’appelle-t-on un siècle ?
1) La durée d’une très longue vie humaine; 2) le temps de puissance et de floraison de trois générations successives, ou encore 3) l’unité de temps dans laquelle s’inscrit un humain en pleine force lorsque, regardant la passé, ou l’avenir, il se conçoit comme solidaire de ses parents et grands parents, ou de ses enfants et petits enfants. En 2002, l’homme de trente ans touche à 1900 par ses grands parents et à 2100 par ses petits enfants. Le siècle n’est pas seulement une unité de temps, mais aussi une unité d’action.


En grec, drama signifie action. Quelle est cette action, ce drame qui fait l’unité d’un siècle ? Un problème fondamental apparaît : combat pour l’hégémonie entre deux Maisons, entre plusieurs nations, conflits entre tenants de régimes politiques opposés, luttes pour les esprits entre deux religions, ou encore entre une religion et une philosophie, etc. Le problème se voit peu à peu posé, discuté, résolu une fois, deux fois, par tâtonnements et retours en arrière. Une expérience est tentée, qui doit aller à son terme. Une solution audacieuse est mise en œuvre, c’est une révolution. Mais la solution essayée vieillit, devient elle-même un problème, et l’on voit alors que la roue n’a jamais cessé de tourner.


Ainsi, un processus historique se laisse sans doute analyser comme le déploiement d’une problématique fondamentale intéressant collectivement l’homme dans l’histoire. 

Un événement historique est un moment où la décision est emportée, un nœud temporel où, par raison ou par force, la balance penche et le problème se voit tranché. On dit enfin que ces moments sont décisifs parce que, pour le bien ou le mal, ils apportent enfin la décision.


Les siècles au sens de l’arithmétique pure (par ex. : 1900-2000) coïncident rarement avec les siècles au sens de la dramatique humaine de l’histoire (par ex. : 1815-1914) et ceux-ci ne coïncident pas toujours avec les siècles au sens de la dramatique divine de l’Eglise (par exemple : 1790-1878). En effet, les problèmes de l’Eglise, bien que mêlés aux vicissitudes du siècle, n’en sont pas les simples reflets. Le XXe siècle fut court. Commencé en 1914, il s’est probablement terminé en 1989 avec la chute du Mur de Berlin. Jean-Paul II est ainsi le premier pape d’un nouveau siècle de l’Eglise. Paul VI (1962-1978) a fait la transition entre le siècle actuel et celui qui avait commencé en 1878, avec la mort de Pie IX et l’élection de Léon XIII. En ce sens, le concile Vatican II peut être vu comme le couronnement de l’œuvre entreprise avec Léon XIII, auteur de la célèbre encyclique Libertas praestantissimum.


Si le concile Vatican II a été, très probablement, l’événement spirituel le plus décisif du XXe siècle, c’est qu’il a compris comment, avec les révolutions technologiques dont il a su anticiper l’ampleur, l’humanité accélérait son passage d’un régime de nécessité à un régime de liberté. Il fallait donc, pour faire comprendre et aimer la Révélation divine, en renouveler la présentation et renouveler aussi la conscience de soi du christianisme, en expliquant les choses à partir du point de vue et du mystère de la liberté chrétienne. Et le grand théologien de la liberté humaine, en dépit des 

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