Au jour de la Pentecôte, Pierre prit la parole : « Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité; il l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14-36). Ses auditeurs bouleversés se firent baptiser, recevant le Saint Esprit (Ac 2, 37-41). Parmi eux se trouvaient des Juifs pieux venus de toutes les nations (Ac 2, 5). En laissant transpirer leur foi nouvelle, n’ont-ils pas contribué à diffuser la Bonne Nouvelle et préparé leurs compatriotes à la venue des apôtres ? La première expansion missionnaire n’aurait-elle pas été faite par ces croyants, sans investiture, ni délégation ?
Sur place, s’est alors formée une première communauté de disciples venus du Judaïsme. Ils reçurent des apôtres un « enseignement » plus développé (Ac 2, 42; 4, 2; 5, 42). Formulé en petites unités thématiques qui furent réunies, il constitua ce que nous appellerons l’« évangile primitif de Jérusalem ». (Le spécialiste le retrouve dans les passages au contexte très juif qu’ont en commun Matthieu, Marc et Luc). Ce premier recueil écrit des faits et dires de Jésus prit place dans les assemblées liturgiques à côté des Saintes Ecritures (Ac 2, 42). Comme tel, cet évangile primitif fut probablement transmis aux communautés de Judée, Samarie, Galilée, à Damas…
Nous retiendrons les phases successives de l’évangélisation : une proclamation de la Parole suscitée par l’irruption de l’Esprit Saint, l’émergence d’une communauté de croyants, la parution à plus ou moins brève échéance d’un écrit. L’évangile fait la communauté, une communauté du temps des apôtres « fait » l’évangile.
A un certain Saül, sur le chemin de Damas, le Dieu de ses ancêtres avait révélé son Fils (Ga 1, 15-16). Monté à Jérusalem, il reçut de Céphas (Pierre) et de Jacques, frère (c.-à-d. cousin) de Jésus, une connaissance concrète des gestes et paroles de Jésus (Ga 1, 18-20). Devenu l’apôtre Paul, il écrira à propos de l’Eucharistie et de la Résurrection : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu… » (1 Co 11, 23; 15, 1).
Asie mineure
La Bonne Nouvelle est annoncée aux Grecs d’Antioche, de purs païens (Ac 11, 19-26). Une communauté se forme dont les membres seront par sobriquet appelés chrétiens. Son essor est assuré par Barnabé qui s’est adjoint Paul et qui avait apporté l’évangile primitif de Jérusalem rédigé en hébreu. Pour ces convertis venus d’un tout autre monde, s’imposa une version de cet évangile en langue grecque enrichie d’épisodes de la vie de Jésus relatifs aux non-juifs. Des études critiques permettent de la reconstituer avec les passages communs à Matthieu et Marc et ignorés de Luc. On y repère la marque de Pierre, venu précisément à Antioche (Ga 2, 11-14). Nous l’appellerons l’« évangile pétrinien ». Voici qu’une communauté nouvelle a provoqué la naissance d’un nouvel écrit évangélique.
D’après Actes 10, 1-48, Pierre est venu à Césarée et prit la parole devant Corneille et sa cohorte. C’étaient des païens séduits par la religion et la morale juives, sans aller jusqu’à se faire circoncire : les Craignant Dieu. L’Esprit Saint tombe sur eux (une nouvelle Pentecôte) et Pierre ordonne de les baptiser. A cette communauté de Césarée, l’évangile primitif de Jérusalem ne peut pas plus suffire qu’aux grecs d’Antioche, mais pour d’autres raisons. Leurs aspirations seront satisfaites grâce à un ensemble catéchistique, riche de paroles et discours de Jésus. Pierre y a certainement contribué; de même le diacre Philippe (Ac 8, 40; 21, 8) qui se trouve à Césarée avec le titre d’évangéliste (cet ensemble, nous le trouvons dans les passages qu’ont en commun Matthieu et Luc). Nous lui donnons pour titre : « évangile des