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La doctrine des Pères de l'Eglise
Père Jacques Marie Godet

Source : La Nef 
Dès les origines, le christianisme se répandit rapidement à travers le bassin méditerranéen, qui, à l’époque, s’identi½ait avec le milieu culturel hellénistique. L’« hellénisme » proprement dit est l’ensemble des idées philosophiques, morales et religieuses qui, nées du grand mouvement de civilisation inauguré dans la Grèce classique à partir du IVe s. av. J.-C., se sont propagées dans tout le bassin de la Méditerranée. Après l’expédition d’Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), elles ont gagné l’Orient.
C’est donc surtout dans le bassin de la Méditerranée et dans un milieu de culture grecque que grandit le christianisme ancien. En pénétrant ainsi dans le monde gréco-romain, le christianisme est-il resté ½dèle à son originalité foncière ? Ne s’est-il pas laissé profondément transformer, voire déformer ? C’est là, on le sait, la thèse centrale de l’œuvre d’Adolf von Harnack (1851-1930), le grand historien protestant : l’histoire du christianisme s’identi½erait avec l’histoire de l’hellénisation progressive de l’Evangile. Un historien écrit dans ce sens : «Vu historiquement, le christianisme vient de l’hellénisme » (1). Qu’en est-il exactement ?

Influence de l’hellénisme sur la pensée chrétienne.
Selon saint Justin (= 167), le Verbe disséminé dans le monde a inspiré aux philosophes ce qu’ils ont pu connaître de la vérité (2). Clément d’Alexandrie (né vers 150, mort vers 215) abonde dans ce sens. Selon lui, la philosophie était un don divin fait aux Grecs pour les préparer à l’Evangile, et maintenant encore, elle est utile comme préparation à la foi, comme défense et « rempart de la vérité » (3). Sans aller jusqu’à des déclarations aussi optimistes, les Pères grecs, reconnaissant les dangers pour la foi que peuvent cacher la philosophie et la culture païennes, conviennent qu’elles peuvent être utiles au chrétien, à condition qu’il sache s’en servir avec discernement.
Les Pères de l’Eglise sont, de fait, pénétrés de culture et de philosophie grecques. 

Ils ont fréquenté les écoles des rhéteurs et des philosophes : ainsi, saint Justin; saint Grégoire de Nazianze (329-389) et saint Basile (330-379), eux, ont étudié aux écoles d’Athènes; saint Jean Chrysostome (= 407) a été l’élève du rhéteur Libanios (né en 314 et mort vers 390) à Antioche; quant à saint Augustin (354-430), il a lu « quelques livres des platoniciens » (4). Ces doctrines philosophiques formaient donc l’ambiance dans laquelle ils ont vécu, et comme l’air qu’ils respiraient.

Quelques points sensibles
Platon a vécu de 427 à 348 av. J.-C. A l’époque des Pères, son école a pris une nuance « éclectique », c’est-à-dire puisant ses éléments chez des philosophes de différentes écoles. Elle s’appelle, avant Plotin, le « moyen platonisme » à tendance syncrétiste, d’une religiosité fortement marquée, mais on parle aussi de « stoïcisme platonisant ». Philon (né à Alexandrie vers 25 ou 30 av. J.-C.) en est le représentant le plus caractéristique. Dans la suite, ce sera le néo-platonisme de Plotin (= 270).

Quelques points où l’influence de l’hellénisme semble plus sensible.
a) En théologie trinitaire, l’enseignement de l’Ecriture sainte sur le Christ, Verbe ou Parole de Dieu, rencontrait le concept stoïcien, platonicien, et surtout philonien, du « Logos », intermédiaire entre Dieu et le cosmos, créé par Dieu pour être son instrument dans la création du monde. Ainsi s’explique une tendance, assez générale dans la théologie grecque avant le concile de Nicée (325), à concevoir le Verbe comme inférieur au Père et à introduire une subordination au sein de la Trinité. Cette tendance ira jusqu’à l’hérésie formelle avec Arius, négateur de la divinité du Christ.
b) En christologie, le docétisme enseignait que le corps de Notre Seigneur a été une pure apparence. Il refusait de voir en Jésus-Christ une vraie nature humaine, possédant un corps 

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