Le christianisme a commencé à pénétrer dans les Gaules peu de temps après la mort du dernier apôtre qui avait vu, connu, aimé, écouté le Christ. Jean s’était éteint à Ephèse à l’extrême fin du Ier siècle. Peu après, certains des disciples de Jean, nourris à leur tour de la Parole, comme Polycarpe, adressaient aux Gaules d’ardents évangélisateurs. Les empereurs de Rome n’y furent pour rien. Bien au contraire, ils persécutèrent et tordirent dans la souffrance morale et physique les premiers adeptes du Christ. On ne connaît guère ces bienheureux gaulois convertis, mais l’évêque Irénée savait s’adresser à eux dans leur langue. Les premiers noms, livrés par l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Cesarée sont des noms orientaux (Blandine, Sanxtos, Attale etc.) parce qu’il s’agit d’étrangers livrés aux jeux du cirque, ce qui ne fut pas imposé aux Gallo-Romains, citoyens tués par le glaive dans leurs prisons ou sur les places publiques et dont les dépouilles furent dispersées dans les ondes du Rhône....Le christianisme gaulois était né, il grandissait avec une énergie toujours nouvelle, une « force à épuiser ses bourreaux ». La mort de la Rome impériale le toucha peu. Il n’avait reçu d’elle aucun secours, et les empereurs parfois ariens ou païens, jusqu’aux dernières décennies impériales ravennates, ne démentent pas cette remarque. Après 476, date de la fin de l’empire d’Occident, l’empire d’Orient se révéla si peu orthodoxe dans le domaine de la foi, que le pape Gélase préférait écrire en 494 au basileus Anastase pour lui rappeler que les pouvoirs pontificaux et impériaux étaient de natures différentes. D’ailleurs, hors des rivages méditerranéens, l’empire oriental abandonnait l’Occident .L’Occident étant livré à lui même, c’est-à-dire aux Barbares, la question de la transmission de l’héritage religieux des Gaules devait être posée. Les ravages impériaux avaient été bien lourds et continuaient à rendre nécessaire, en cette aube médiévale, l’opiniâtre combat que livraient des milliers de Gaulois chrétiens comme l’avaient fait leurs ancêtres.