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Le Moyen Age chrétien
Renée Mussot-Goulard

Source : La Nef n°64 - avril 1997

Le christianisme a commencé à pénétrer dans les Gaules peu de temps après la mort du dernier apôtre qui avait vu, connu, aimé, écouté le Christ. Jean s’était éteint à Ephèse à l’extrême fin du Ier siècle. Peu après, certains des disciples de Jean, nourris à leur tour de la Parole, comme Polycarpe, adressaient aux Gaules d’ardents évangélisateurs. Les empereurs de Rome n’y furent pour rien. Bien au contraire, ils persécutèrent et tordirent dans la souffrance morale et physique les premiers adeptes du Christ. On ne connaît guère ces bienheureux gaulois convertis, mais l’évêque Irénée savait s’adresser à eux dans leur langue. Les premiers noms, livrés par l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Cesarée sont des noms orientaux (Blandine, Sanxtos, Attale etc.) parce qu’il s’agit d’étrangers livrés aux jeux du cirque, ce qui ne fut pas imposé aux Gallo-Romains, citoyens tués par le glaive dans leurs prisons ou sur les places publiques et dont les dépouilles furent dispersées dans les ondes du Rhône....Le christianisme gaulois était né, il grandissait avec une énergie toujours nouvelle, une « force à épuiser ses bourreaux ». La mort de la Rome impériale le toucha peu. Il n’avait reçu d’elle aucun secours, et les empereurs parfois ariens ou païens, jusqu’aux dernières décennies impériales ravennates, ne démentent pas cette remarque. Après 476, date de la fin de l’empire d’Occident, l’empire d’Orient se révéla si peu orthodoxe dans le domaine de la foi, que le pape Gélase préférait écrire en 494 au basileus Anastase pour lui rappeler que les pouvoirs pontificaux et impériaux étaient de natures différentes. D’ailleurs, hors des rivages méditerranéens, l’empire oriental abandonnait l’Occident .L’Occident étant livré à lui même, c’est-à-dire aux Barbares, la question de la transmission de l’héritage religieux des Gaules devait être posée. Les ravages impériaux avaient été bien lourds et continuaient à rendre nécessaire, en cette aube médiévale, l’opiniâtre combat que livraient des milliers de Gaulois chrétiens comme l’avaient fait leurs ancêtres. 

L’empereur Constantin, « prytane de paix » dans l’empire, avait exigé que cessent ces « petits et minimes sujets de dispute » qui entraînent « la zizanie » et avait réuni le Concile de Nicée en 325 où les Pères assemblés avaient clairement défini le dogme de la Trinité. Les Gaules se tinrent toujours dans cette voie reconnue par les Pères de l’Eglise et notamment par le pape. Elles pourfendirent au cours des siècles toutes les hérésies, tous les schismes, grâce aux docteurs de la foi, Hilaire de Poitiers, Martin de Tours, Phoebade d’Agen, car d’emblée le christianisme nicéen se voulut savant, bien documenté, près des Evangiles et textes sacrés. Cette curiosité toute gauloise n’est pas contraire à une ardente foi. Elle permet de rester dans la voie de Nicée, de répondre à tous hérétiques, païens, sceptiques, elle s’alimente à l’Esprit et bénéficie pleinement de la Parole.C’est pourquoi l’action des empereurs – les ariens Constant ou Valens, et Julien revenu au paganisme, et plus près le monophysite Anastase – permit encore aux Gaules de prendre la mesure de leur foi. L’arianisme surtout revenait en force aux premières décennies du Vème siècle, avec les Barbares orientaux, Burgondes et Goths. Le Moyen Age gaulois allait-il commencer dans la douleur lorsque Euric le Goth et Gombaud le Burgonde persécutaient les « provinciaux » de leurs royaumes, décapitaient les églises, et plus encore lorsqu’Alaric, jouant sur la séduction de l’amalgame faisait s’assoupir des pasteurs catholiques inquiets au point de demander au pape la direction à suivre ? Le christianisme nicéen survécut. Il avait trouvé un défenseur dans un roi baptisé (après 496), le franc Clovis. Par lui les Gaules désunies politiquement furent rassemblées, et le christianisme bien ancré devint le fondement premier d’un royaume qui devait un jour, parce qu’il était nicéen et franc, se nommer la France.Les temps chrétiens du Moyen Age 
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