Le Moyen Age a souvent mauvaise réputation : il est présenté comme une période d'obscurantisme qui a heureusement pris fin avec la Renaissance. Cinq historiens chevronnés démontent sans peine les mythes et rétablissent la vérité sur une époque d'une grande richesse spirituelle, intellectuelle et artistique.
Par quoi caractériser le Moyen Age ? D’abord par une luxuriance de la culture telle qu’on ne l’avait jamais vue en Occident, et telle qu’on ne la vit plus ensuite. L’art plastique médiéval est la manifestation la plus bouleversante de l’affectivité humaine. L’art roman, témoin d’une vie spirituelle recueillie, puis l’art dit improprement « gothique », témoin d’une vie spirituelle rayonnante, ont laissé des chefs-d’œuvre d’architecture qui, loin de provoquer seulement une admiration objective, comme le Parthénon ou le Colisée, introduisent dans un monde supérieur qui ne fait plus qu’un avec le monde de l’intériorité; le dépouillement de Pontigny ou de Saint-Savin, comme la majesté de Cologne ou de Burgos, abandonnent la froide raison qui avait suscité l’art classique, pour parler au cœur : ici, la dissertation esthétique doit laisser la place à la contemplation muette. A l’architecture sans visage a succédé, comme son explication imagée, une sculpture aussi réaliste que puissante, offrant non pas au seul analphabète, comme on l’a trop souvent répété, mais aussi bien au docte, l’illustration saisissante des Mystères de la foi : d’abord le Christ en gloire, qui nous attend au bout de notre route; puis le Christ enseignant, qui nous révèle les secrets du Père; puis le Christ crucifié, qui nous appelle à l’amour, car il a dit de lui-même : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie »; et auprès de ce Seigneur, Maître et Sauveur, ceux qui ont joué un rôle dans son avènement, son triomphe et la transmission de sa Parole : les prophètes, la Vierge Marie, les Apôtres, avec une intensité d’expression inégalée, mais aussi avec une inépuisable variété, car c’est aussi un caractère de l’œuvre d’art médiévale que, tout en restant typique, elle se reproduit à des milliers d’exemplaires qui ont chacun sa singularité.