La Saint-Barthélemy du 24 août 1572 à Paris, puis dans les provinces, le massacre de protestants qu’elle fut, reste à jamais une horreur, un énorme crime. A l’égard duquel notre seul mouvement approprié est de prier Dieu qu’il veuille bien, dans sa miséricorde, ne pas tenir pleine rigueur à nos frères catholiques qui s’en rendirent coupable. Assurés que nous le sommes : Dieu, qui sait tout, n’ignore pas les circonstances exactes, explicatives et atténuantes, de cet événement. Qui, comme l’horreur, en sont constitutives. Restituons-le ici, dans le concret.
Pas d’Eglise.
D’abord ce massacre ne fut pas, au niveau le plus aggravant du crime, le produit d’un « contrat » de tueurs. Nul « contrat » en effet ne fut proposé et conclu, pour cette tuerie, par les grandes institutions catholiques. Soit proprement religieuses, soit en charge militaire, à l’époque, de la défense de la Catholicité. C’est bien établi pour l’Espagne, qui ignora tout de son déclenchement, comme l’a souligné notre Fernand Braudel en 1966. Pour la Papauté, c’est établi aussi depuis longtemps et confirmé récemment. Par Edgar Boutaric dès 1862, par Lucien Romier en 1893, par Emile Vacandard en 1905, puis par le colloque L’amiral Coligny et son temps, en 1972. Si Madrid et Rome se réjouirent ensuite de la nouvelle, ce fut uniquement du renversement de perspectives qu’apportait ce reflux inattendu de la Réforme en France. Alors que, la veille, notre pays paraissait, notamment par le huguenot Coligny favori de Charles IX, entièrement passé au pouvoir oppressif des protestants. Car la capitale espagnole, comme la capitale du catholicisme, ignoraient en ce premier temps les horribles circonstances et l’étendue du massacre. C’est notamment dans cette ignorance que Rome fit frapper une médaille à la gloire de l’événement. En cela, et en ce que nous allons dire de l’écrasante responsabilité protestante, l’Eglise n’a donc pas de « repentance » à exprimer pour elle-même, concernant la Saint-Barthélemy, comme elle s’y est plus ou moins laissé entraîner médiatiquement à l’occasion des Journées mondiales de la Jeunesse célébrées à Paris le même jour, en 1997.
D’abord raison et sûreté d’Etat.
Pas plus n’y eut-il préméditation, second niveau aggravant du crime, de la part du peuple catholique qui le commit. Car la Saint-Barthélemy fut d’abord une affaire de raison et sûreté d’Etat. Le 23 août 1572 l’ordre de procéder au massacre de Coligny et de ses huguenots présents à Paris fut donné par le roi Charles IX, à la demande, en Conseil exceptionnel, de sa mère Catherine de Médicis, de son frère le duc d’Anjou, futur Henri III, du garde des Sceaux Birague et de deux maréchaux. Il semble bien que ce fut parce que, comme l’écrira Charles IX à son ambassadeur en Allemagne, Coligny avait ordonné secrètement l’« armement » des nombreux huguenots extérieurs rassemblés par lui à Paris. Afin de lui permettre de contrôler définitivement la capitale et de lancer la France dans une aventure militaire panréformée contre les Pays-Bas catholiques espagnols, face au redoutable duc d’Albe, aventure qu’avaient refusée tous les Conseils royaux. Ainsi, dans la nuit du 23 au 24 août, le massacre fut exclusivement royal. Seuls les gardes du roi et les soldats de l’armée royale tuèrent alors les huguenots préparés à l’insurrection, dont une liste avait été dressée. Le jeune duc, Henri de Guise (21 ans), futur chef opératif des catholiques (la Ligue ne se formera que quatre ans plus tard), ne fut pour rien lui-même dans la décision du massacre. Seulement cette décision prise, rapporta le maréchal de Saulx-Tavanes, on « manda » Guise et il lui « fut permis de venger son père ». En faisant abattre Coligny, dont la responsabilité était reconnue dans l’assassinat en 1563 de ce père, le duc François de Guise, lieutenant-général catholique du royaume. Jusqu’à l’aube du 24 août, le peuple catholique de Paris, lui, ne parut donc pas parmi les massacreurs. C’est seulement réveillé