Depuis le XIVème siècle, il existe dans la Chrétienté occidentale un fort courant d’opinion en faveur d’une réforme générale de l’Eglise. Tous les synodes s’en préoccupent, à partir du 15e Concile général tenu à Vienne (1311-1312). Un peu avant que se réunisse celui de Bâle, en 1436, le cardinal Cesarini signale au pape la nécessité absolue de « réformer l’Eglise dans le chef et dans les membres ». De nombreuses voix s’élèvent contre la fiscalité pontificale : annates ou droit équivalent à une année de revenu que payait le nouveau titulaire d’un bénéfice (abbaye, évêché ou cure); réserves ou droit réservé au pape de nommer à de nombreux bénéfices; expectatives ou désignations des titulaires futurs avant toute vacance, ces deux sortes de nominations étant faites par les papes contre argent. Il est certain que de nombreux fidèles sont outrés du comportement de nombreux ecclésiastiques : clercs simoniaques achetant de la curie pontificale des nominations ou des démissions de titulaires; haut-clergé cumulant les bénéfices, évêchés et abbayes; évêques de mœurs fastueuses ou dépravées, jouissant de leurs revenus en princes et négligeant leurs devoirs; bas-clergé ignorant et grossier; dans certains pays, bénéfices accaparés par des étrangers; papes scandaleux, enfin, comme Alexandre VI Borgia (1492-1503).Cependant, il ne faudrait pas pousser le tableau trop au noir, et s’imaginer que les institutions ecclésiastiques de ce temps sont complètement corrompues et mûres pour la dissolution. Il est parmi les prélats des hommes de grande foi et de devoir. D’autre part, si justifiées sont-elles, les doléances formulées par les synodes n’analysent que rarement les causes profondes du mal. Or, c’est là un fait majeur, les élites laïques portent une part de responsabilité dans les faiblesses du clergé. A partir du XIVème siècle, et surtout au cours du XVème, de nombreux souverains laïques ont réussi à substituer leur pouvoir à celui des autorités ecclésiastiques, en particulier en ce qui concerne les nominations aux sièges épiscopaux et aux abbayes.