Depuis que l'Eglise Catholique prépare le procès de béatification du pape Pie XII, Souverain pontife pendant la dernière guerre, la controverse née au cours des années soixante avec la pièce de théâtre Le Vicaire, accusant le Saint-Père de son « silence » à propos des atrocités commises contre les Juifs, a repris en vigueur, surtout chez des hommes et des femmes qui n'ont pas connu ni vécu les persécutions nazies.
Tout de suite après la guerre, de nombreuses autorités juives se sont succédées devant le tribunal de l'Histoire pour témoigner de l'aide, des bienfaits et du soutien de l'Eglise auprès des victimes de la Shoah. Tous les historiens sérieux s'accordent maintenant à dire que ce « silence » apparent du Vatican agit la plupart du temps comme une couverture efficace pour sauver des vies. Il permit aussi d'entreprendre des négociations diplomatiques pour minimiser les persécutions de juifs, de catholiques, de polonais et d'autres nationalités dans les pays occupés par le Reich.
Le film récent, Amen, de Costa-gravas, qui met en scène des hommes tourmentés entre le Bien et le Mal, doutant de leurs institutions respectives, l'Eglise catholique et le régime nazi, projette les fantasmes de ses réalisateurs qui n'ont pas pris part, eux non plus, à ce conflit, et qui se permettent de juger, voire de condamner les vrais protagonistes. Pie XII, le « pasteur angélique », fut acclamé par une foule en liesse à la libération de Rome. C'est l'Eglise tout entière qui se prépare aujourd'hui à en faire de même pour sa béatification prochaine. Dans le ballet de ceux qui joutent pour ou contre l'évidence, un autre témoin doit aujourd'hui être mieux connu, qui arrive sur la scène comme une divine surprise, un deus ex machina, à la fin du procès, pour attester de la vérité incontournable. Il s'agit d'Eugenio Zolli, le grand rabbin de Rome qui se convertit en 1945 pour l'amour de Dieu et de son Eglise, en prenant comme prénom chrétien celui du pape Pie XII. Nulle figure ne fut plus proche des réalités quotidiennes au cœur de l'Italie et de la chrétienté de son époque que cet homme dont les racines étaient pourtant ailleurs.