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Eugenio Zolli et le pape Pie XII
Judith Cabaud

Source : Kephas 

 Depuis que l'Eglise Catholique prépare le procès de béatification du pape Pie XII, Souverain pontife pendant la dernière guerre, la controverse née au cours des années soixante avec la pièce de théâtre Le Vicaire, accusant le Saint-Père de son « silence » à propos des atrocités commises contre les Juifs, a repris en vigueur, surtout chez des hommes et des femmes qui n'ont pas connu ni vécu les persécutions nazies.
Tout de suite après la guerre, de nombreuses autorités juives se sont succédées devant le tribunal de l'Histoire pour témoigner de l'aide, des bienfaits et du soutien de l'Eglise auprès des victimes de la Shoah. Tous les historiens sérieux s'accordent maintenant à dire que ce « silence » apparent du Vatican agit la plupart du temps comme une couverture efficace pour sauver des vies. Il permit aussi d'entreprendre des négociations diplomatiques pour minimiser les persécutions de juifs, de catholiques, de polonais et d'autres nationalités dans les pays occupés par le Reich.
Le film récent, Amen, de Costa-gravas, qui met en scène des hommes tourmentés entre le Bien et le Mal, doutant de leurs institutions respectives, l'Eglise catholique et le régime nazi, projette les fantasmes de ses réalisateurs qui n'ont pas pris part, eux non plus, à ce conflit, et qui se permettent de juger, voire de condamner les vrais protagonistes. Pie XII, le « pasteur angélique », fut acclamé par une foule en liesse à la libération de Rome. C'est l'Eglise tout entière qui se prépare aujourd'hui à en faire de même pour sa béatification prochaine. Dans le ballet de ceux qui joutent pour ou contre l'évidence, un autre témoin doit aujourd'hui être mieux connu, qui arrive sur la scène comme une divine surprise, un deus ex machina, à la fin du procès, pour attester de la vérité incontournable. Il s'agit d'Eugenio Zolli, le grand rabbin de Rome qui se convertit en 1945 pour l'amour de Dieu et de son Eglise, en prenant comme prénom chrétien celui du pape Pie XII. Nulle figure ne fut plus proche des réalités quotidiennes au cœur de l'Italie et de la chrétienté de son époque que cet homme dont les racines étaient pourtant ailleurs. 


Israël Zoller, dont le nom fut italianisé sous les lois antisémites de Mussolini, est né en 1881, en Galicie, aux confins de l'empire austro-hongrois, là où tant de juifs vivaient déjà depuis des lustres. Il est le cadet de cinq enfants, dans une famille qui connut des revers de fortune. Encore adolescent, Israël doit donner des leçons pour payer ses études. Sa mère, qui descend d'une longue lignée de rabbins, rêve pour lui du rabbinat et consent à mille sacrifices pour lui permettre d'y accéder. Il entreprend des études supérieures à Vienne, puis à Florence, où il assiste aux cours de l'Université ainsi qu'à ceux du collège rabbinique de la ville. Nommé grand rabbin de Trieste en 1918, il opte pour la nationalité italienne à l'issue de la Première Guerre Mondiale et obtient la chaire de langue et littérature hébraïques à l'Université de Padoue. Il vivra ainsi à Trieste pendant vingt ans, accumulant les lectures bibliques et grandissant dans une profonde vie spirituelle. Très jeune, il possède déjà cette véritable ouverture d'esprit, si rare chez un homme. Tout en étudiant la Torah et en parcourant les sinuosités du Talmud avec ses commentaires, Zolli se met aussi à lire le Nouveau Testament. Il se souvient, encore enfant, d'avoir aperçu une croix chez un petit camarade chrétien, et songe alors à suivre le fil invisible des écrits prophétiques sur le Messie, quand il se heurte au livre d'Isaïe et au récit du « Serviteur souffrant ». La vision de la croix s'impose à lui et il décide de connaître l'homme au gibet.
A Trieste, tout en s'occupant de ses fidèles et de ses étudiants, Zolli écrit encore en allemand pour des revues viennoises. Il entreprend par ailleurs des études exégétiques sur le Nouveau Testament et publie en 1938 Le Nazaréen, ouvrage audacieux pour un rabbin. En 1939, il est nommé grand 
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