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L’encyclique Mediator Dei et la doctrine eucharistique
Wolfgang Graf

Source : CIEL 

 1. L’encyclique à la veille de son cinquantième anniversaire

 En 1977, la rédaction de la revue Communio eut un entretien avec le cardinal Ratzinger sur le thème : «La liturgie est-elle modifiable ou immuable ?1» La rédaction disait : «Si vous voulez bien songer à ceci : 1947, Mediator Dei, l’encyclique de Pie XII ; et moins de vingt ans plus tard, la réforme. En vingt années, un glissement de terrain silencieux...2» L’encyclique lui apparaissait donc comme l’exemple type d’un texte qui avait été dépassé par l’évolution que l’Eglise avait connue.

 Telle était l’appréciation formulée trente années après l’encyclique. Et cette évaluation se justifie aujourd’hui au plus haut point, alors que nous approchons de son cinquantième anniversaire.

Mais cette encyclique n’est pas le seul texte qui a été remis en cause. A la page suivante, le cardinal Ratzinger constate également : «Ici aussi, le concile a été tout simplement dépassé», au point qu’il se demande «si, après tout, il y a encore un rite latin.3» A l’époque de cet entretien, quatorze ans s’étaient déjà écoulés depuis l’adoption de la Constitution conciliaire sur la liturgie.

Il ne semble donc pas inutile de reprendre le texte de Pie XII et de réfléchir sur ses principaux enseignements, tout en considérant certains éléments de son historique et certains de ses effets. C’est précisément mon intention aujourd’hui, et l’on ne saurait d’ailleurs faire plus dans le cadre étroit d’un exposé.

2. A propos des raisons pour lesquelles l’encyclique a été écrite

2.1 Le mouvement liturgique

A de nombreux égards, on peut considérer l’encyclique Mediator Dei comme une réaction contre certaines orientations du mouvement liturgique qui s’était développé, depuis le début du XXe siècle, principalement en France et en Allemagne, mais aussi dans certains pays voisins tels que la Belgique. 

Il s’agissait pour ce mouvement d’amener les catholiques à participer de manière approfondie à la célébration de la liturgie. Cette participation devait découler d’une meilleure compréhension de la liturgie et d’une plus grande connaissance de son histoire.

Ce mouvement avait tendance à considérer comme normatif ce que l’on croyait savoir de l’Eglise primitive. Pour résumer ce que l’on a appelé la «théorie de l’Antiquité chrétienne», Josef Andreas Jungmann, SJ, l’une des plus importantes figures de ce mouvement et qui continua à exercer une influence active après le concile, écrivait en 1970 : «C’est la communauté rassemblée pour l’Eucharistie qui présente les saintes offrandes dans le corps et le sang du Christ.4»

On remarque dans cette phrase plusieurs concepts clefs : l’événement, qui est appelé «Eucharistie», la «communauté», qui apparaît du reste comme opérante, et la présentation du corps et du sang du Christ «dans» les saintes offrandes. Dans un contexte catholique plus large, cette phrase apparaîtrait comme dogmatiquement correcte et passerait inaperçue.

Sans doute est-ce ainsi que beaucoup de ceux qui ont adhéré au mouvement liturgique l’ont perçue. Les «points de rupture» ne se manifestèrent que plus tard. Pour la plupart des auteurs, le sens de la foi catholique mais aussi peut-être, chez certains, le souci de l’imprimatur, firent que, au début, les déviations furent minimes.

Et c’est, paradoxalement, dans le commentaire du célèbre Lexicon für Theologie und Kirche, à propos de la Constitution conciliaire sur la liturgie, que Jungmann précise sa réflexion : «Les tentatives de réforme du 

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