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Les différents rites liturgiques
un moine Fontgombault

Source : La Nef n°108 - janvier 2001

Le témoignage des toutes premières générations chrétiennes nous assure que l’ordre du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi », a été fidèlement suivi; l’Eglise n’a pas eu d’autre ambition que de transmettre ce dépôt sacré au long des siècles. Cependant, chacun sait qu’il existe dans l’Eglise de nombreux rites liturgiques. Si c’est la même réalité fondamentale qui est célébrée, l’action du Christ Rédempteur, elle, se manifeste dans une variété parfois déconcertante pour un occidental. A partir des origines, on voudrait essayer tout d’abord d’expliquer la façon dont les différents rites se sont constitués; on pourra alors donner les grandes caractéristiques des rites orientaux, qui constituent une large part du patrimoine commun de l’Eglise, de son « trésor », que la Lettre apostolique Orientale Lumen nous a invités naguère à redécouvrir.

I – La naissance des différents rites
1) De l’improvisation à la fixation des prières eucharistiques.
Après les Apôtres, les premières célébrations chrétiennes du sacrifice du Seigneur se sont inspirées des cadres traditionnels de la liturgie juive, tout en laissant éclater l’incomparable dépassement de la Nouvelle Alliance. Le témoignage de saint Justin, dans son Apologie, montre que déjà vers 150, les grands cadres de la liturgie chrétienne sont en place : lectures, homélie, grande prière du célébrant, communion. Ces cadres ont été conservés dans leurs divers éléments, et aussi dans leur déroulement chronologique, et on les retrouve dans les différents rites.

En ce qui concerne la prière centrale, on a cru pouvoir, au début du siècle, remonter à l’« anaphore apostolique », considérée comme le formulaire invariable utilisé par les Apôtres. Il faut plutôt considérer qu’il y eut, dès le départ, une certaine diversité, suivant la personnalité des officiants, et aussi l’origine des communautés pour lesquelles ils célébraient. Ainsi, les différences séparant les rites de la Syrie occidentale, autour d’Antioche, de ceux de la Syrie orientale, s’expliquent peut-être par le double courant d’évangélisation qu’on voit se dessiner à l’âge apostolique, le premier s’adressant avec saint Paul aux païens, le second aux communautés issues du judaïsme. 

Dans la cérémonie décrite par saint Justin, une incise nous laisse entrevoir la place laissée à l’initiative du célébrant : « Celui qui préside fait monter au ciel les prières et les eucharisties autant qu’il peut… » Cette prière centrale, qui correspond à la Préface et au Canon de notre liturgie et reçoit en Orient le nom d’anaphore, n’est donc pas encore fixée au temps de saint Justin. Mais toute liberté n’est pas laissée à l’officiant, car il faut se souvenir d’une caractéristique constante de la tradition orale, spécialement chez les sémites, comme le fait remarquer le Père Bouyer : « Elle se transmet sous la forme d’un schème très défini, au moyen de formules-agrafes fixes déterminées, à partir desquelles une certaine liberté se maintient par le détail des expressions ». La liturgie chrétienne a donc connu une période d’improvisation relative, avant la rédaction des formulaires. C’est ce qui explique la grande parenté entre les anaphores qui nous sont parvenues, qui suivent un schéma général identique, et en même temps leur diversité.

Par la suite cependant, cette liberté assez relative accordée au célébrant s’est effacée devant des textes bien précis, attribués souvent à un grand saint, un apôtre ou un martyr (saint Jacques, saint Marc, saint Clément, Hippolyte…), attributions invérifiables et pour la plupart fictives, mais qui témoignent cependant d’un grand respect pour l’idée de tradition : on avait conscience de ne pas fabriquer la liturgie, mais de la recevoir. Cette volonté de réduire la place de l’improvisation s’explique aisément, même si elle a pu rester en usage pour les intercessions, la partie la plus instable des anaphores. En effet, improviser n’est pas 

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