Depuis les années 20, mais surtout depuis la réforme liturgique qui a suivi le second concile du Vatican, la place du célébrant à l’autel lors de la célébration de la sainte Eucharistie est devenue une pomme de discorde. La celebratio versus populum était de plus en plus fréquemment réclamée, et elle est aujourd’hui devenue presque exclusivement la règle.
À l’origine de cette exigence, il y a le fait que, au début de ce siècle, on pensait que, lors de la célébration eucharistique dans l’Église primitive, le célébrant se trouvait derrière l’autel, tourné vers le peuple, comme l’aurait été le Christ lors de la Cène. Ainsi que cela a été démontré par la suite, les tenants de la celebratio versus populum commettaient une erreur historique. Ils étaient convaincus de reprendre la tradition de l’Église originelle ou primitive. Ce n’est que plus tard que l’on a donné un fondement théologique à cette nouvelle orientation de la célébration : il s’agissait prétendument de redonner à la célébration eucharistique le caractère de repas, que l’on avait oublié.
Pourtant, nos connaissances historiques montrent que, dans l’histoire de l’Église, la celebratio versus populum n’est attestée nulle part. Bien au contraire, on a considéré très tôt comme essentiel que le prêtre et le peuple se tournent ensemble vers le Seigneur. Cette orientation vers l’est de la célébration eucharistique apparaît comme un signe eschatologique qui tient une place importante dans la vie de l’Église depuis ses touts débuts.
À l’appui de cette thèse, nous démontrerons, dans la première partie de cet exposé, qu’à l’origine le prêtre et le peuple se tournaient ensemble vers le Seigneur, en nous appuyant sur des témoignages archéologiques – que nous pourrons cependant arrêter au ve siècle environ dans la mesure où, du point de vue qui nous intéresse, la période ultérieure n’apporte aucun élément nouveau[1].
Ainsi que nous le verrons plus en détail ultérieurement, la prière (privée) faite vers l’est exprime extérieurement l’orientation intérieure de l’âme qui, pendant la prière, se tourne vers le Christ à venir et, par lui, vers le Père, cette orientation étant fréquemment marquée par une croix. Rapidement, cette orientation de la prière privée a déterminé la direction dans laquelle on a construit les églises ainsi que la place du prêtre et des fidèles pendant la messe[2]. Comme nous ne pouvons, par manque de temps, entrer dans les détails ni approfondir des exemples particuliers, nous devrons nous contenter de donner quelques idées fondamentales sur ces sujets. Nous commencerons par la disposition des participants à la Cène, puis nous aborderons brièvement la question de l’orientation des différents types d’églises, et enfin nous traiterons de la place du prêtre et des fidèles au cours de la liturgie.
A – La Cène et la célébration de l’Eucharistie dans l’Église primitiveÀ l’origine, la discussion relative à l’orientation de la célébration a