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Position et orientation de l’autel
Père Louis Bouyer

Théologien, prêtre de l'Oratoire


Source : CIEL 

Jusqu’à une date récente, l’évêque ou le prêtre présidant à la célébration eucharistique, chez les catholiques comme chez les orthodoxes d’Orient, ainsi que les anglicans et les luthériens les plus traditionnels, célébrait, en principe, face à l’Orient. Il avait alors les fidèles groupés derrière lui.

Récemment, on a voulu substituer à ce schéma la célébration « face au peuple », comme on dit, le célébrant se plaçant pour cela derrière l’autel.

Que penser de ces différentes dispositions ? Plus précisément, laquelle peut être jugée préférable pour une participation effective des fidèles ?

Un premier point qu’il est bon de préciser, avant de s’engager dans une discussion à ce sujet, est que, jusqu’au Moyen Âge au moins, notre disposition actuelle des repas, avec les convives se faisant face les uns aux autres, de part et d’autre d’une table ronde ou oblongue, était complètement inusitée. 

Pour les Juifs, aussi bien que pour les Grecs et les Romains, la table utilisée n’était ni ronde ni oblongue comme nos tables modernes ; c’était une table en forme de sigma, c’est-à-dire comme un fer à cheval évasé. Tout le monde y prenait place, du seul côté convexe, le concave étant laissé libre pour le service. Dans ces conditions, personne ne faisait face à personne, mais tous se trouvaient à peu près dans la même direction. Telle était l’organisation, en particulier des repas de fête, comme celui de la pâque. À cet égard, la seule distinction des Juifs était de se tourner vers Jérusalem.

Cependant, les chrétiens, de bonne heure, se tournèrent, eux, plutôt vers l’Orient géographique : qu’on pense à « la lumière d’en haut venue nous visiter » de l’évangile de saint Luc ! C’est ainsi que les premières églises chrétiennes se distingueront très tôt des synagogues. 

Deux cas peuvent alors se présenter : ou bien c’est le fond du bâtiment ecclésial qui est orienté, ou bien c’est son entrée. 

Dans le premier cas, le plus fréquent, le célébrant se place du côté des fidèles. Dans le second cas, comme dans l’actuelle Saint-Pierre de Rome, il leur fera face, de l’autre côté de la table d’autel. Cependant, d’une façon générale, on tendra à éviter cette dernière situation où les fidèles, pour faire face eux aussi à l’Orient, devraient tourner le dos à l’autel et au célébrant lui-même !

Mais que penser de ce qui se passe maintenant dans beaucoup d’églises où l’on a introduit la célébration face au peuple ?

Comme on a perdu plus ou moins le sens de l’orientation, les fidèles, sans doute, ne tournent plus le dos à l’autel et au célébrant mais ils le regardent leur faisant face. Que penser cependant d’une célébration où ils sont devenus de simples spectateurs d’une action que le célébrant fait pour eux, mais non plus à leur tête, avec eux, les y associant ?

Il faut ici, à mon humble avis, parler franchement : on ne s’unit pas vraiment à une action dont on est le spectateur.

Au contraire, on n’y participera qu’en étant solidaire du célébrant, en l’ayant à sa tête, comme le chef du corps que l’on doit constituer avec lui.

On ne saurait trop y insister : regarder quelqu’un faire quelque chose pour vous, comme à votre place, est en opposition directe avec le faire avec lui, uni à lui.

Il faut nécessairement choisir entre une liturgie de participation et une pseudo-liturgie qui n’est plus qu’un spectacle, ou, en tout cas, tend à cela !

Que conclure ? Il faut le dire sans hésitation : c’est la vieille façon de faire, antérieure au récent mouvement liturgique – où le meilleur, hélas, voisine trop souvent avec le pire – qui était la bonne ! Des fidèles faisant corps en ayant à leur tête le prêtre célébrant, et donc avec lui, du même côté de l’autel, sont ainsi 

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