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La messe au moyen age
Un moine Fontgombault

Source : La Nef n° 110 - novembre 2000
Le Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de Liturgie (DACL), à l’article « Messe », a cette affirmation : « L’antique système de l’assistance de tout le clergé avec communion ou concélébration a été remplacé dès le haut Moyen Age, par la messe privée dite par chaque prêtre isolément. Ce changement fut le résultat de spéculations théologiques ».

Si, ces derniers temps, on a beaucoup insisté sur le fait que, dans l’Antiquité chrétienne, on n’envisage qu’une seule chose : la célébration de l’Eucharistie par l’assemblée chrétienne et sur le fait que cette assemblée, loin d’être une masse informe est hiérarchisée autour de la présence de l’évêque, on a peut-être moins dit que la célébration de la Messe elle-même est hiérarchique. Sans cesse le Pontife commande, au cours du divin office. La « divine liturgie » est offerte dans sa plénitude d’expression, par l’évêque, représentant du Christ au milieu de l’Eglise particulière à la tête de laquelle il a été placé; le prêtre, sous son sacerdoce, exerçant le sien. Et suppléant l’évêque au fur et à mesure que la communauté chrétienne grandit et ne peut plus se réunir tout entière en un même lieu autour de son évêque.

Rien ne peut mieux illustrer cette origine (l’une des origines possibles) de la Messe dite privée qu’un exemple tiré de la vie même de saint Augustin et que rapporte Mgr Battifol dans ses Leçons sur la Messe. Le dimanche, à Hippone, saint Augustin a pris place sur une cathèdre au fond de l’abside, il est entouré à gauche et à droite par ses prêtres qui sont assis, comme lui, mais sur un banc de pierre qui épouse le demi-cercle de l’abside, les diacres sont debout. Tout le clergé est surélevé par rapport à la foule qui est en contrebas. Au moment du sacrifice la foule se détourne de l’abside où s’est déroulée la Liturgie de la Parole et vient se placer autour des cancels qui entourent le petit autel de bois, situé dans la nef. L’évêque et les prêtres se rangent autour de l’autel mais ils sont isolés de la foule par la balustrade du cancel. 

Rien ne fait mieux comprendre le « solis sacerdotibus » de l’hymne du Saint Sacrement : « C’est ainsi qu’Il institua ce sacrifice dont Il ne voulut confier la charge qu’aux seuls prêtres ». Evidemment ce type idéal de célébration hiérarchique ne pouvait faire face à des occurrences telles que celle de ces bons paysans d’un domaine rural, situé à 20 lieues d’Hippone et qui étaient affligés eux et leurs bêtes par l’esprit malin. Saint Augustin au livre XXII de la Cité de Dieu raconte qu’en son absence un prêtre y alla, célébra les Saints Mystères et pria tant qu’il pût. Par la miséricorde de Dieu le fléau cessa. On voit la raison toute pratique de la célébration de la Messe par un prêtre et en même temps on voit la foi de ceux qui étaient persuadés que la Messe a une valeur absolutoire si bien rendue par la secrète du XVIIe dimanche après la Pentecôte : « Nous prions votre Majesté, Seigneur, en suppliant que ces saints Mystères (hæc Sancta) que nous accomplissons nous fassent échapper à nos délits passés et futurs ».

Nous serions tentés de penser ainsi que c’est davantage des raisons pratiques et parfois bien contraignantes plus que des raisons spéculatives, comme le laisse croire le DACL, qui ont déterminé une évolution dans la manière d’envisager la Messe et de la célébrer. Mais ce qui est avant tout intéressant c’est le déplacement d’accent, au haut Moyen Age, moins comme le voudrait le Père Gy « de l’Eucharistie au Sacrifice » encore que cela soit vrai aussi que du sacrifice lui-même à ses effets efficaces si l’on peut ainsi dire. L’époque de saint Grégoire, il le dit lui-même, est une époque de peste, de famine, de tremblements de terre, d’invasion des Lombards dont l’arianisme est militant et persécuteur. En 1951 le Père Doncœur dans un bel élan lyrique peut bien déplorer que le sens de la Messe ait été faussé par l’oubli de l’action de grâces au profit des « intentions » de chacun. 

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