Si, ces derniers temps, on a beaucoup insisté sur le fait que, dans l’Antiquité chrétienne, on n’envisage qu’une seule chose : la célébration de l’Eucharistie par l’assemblée chrétienne et sur le fait que cette assemblée, loin d’être une masse informe est hiérarchisée autour de la présence de l’évêque, on a peut-être moins dit que la célébration de la Messe elle-même est hiérarchique. Sans cesse le Pontife commande, au cours du divin office. La « divine liturgie » est offerte dans sa plénitude d’expression, par l’évêque, représentant du Christ au milieu de l’Eglise particulière à la tête de laquelle il a été placé; le prêtre, sous son sacerdoce, exerçant le sien. Et suppléant l’évêque au fur et à mesure que la communauté chrétienne grandit et ne peut plus se réunir tout entière en un même lieu autour de son évêque.
Rien ne peut mieux illustrer cette origine (l’une des origines possibles) de la Messe dite privée qu’un exemple tiré de la vie même de saint Augustin et que rapporte Mgr Battifol dans ses Leçons sur la Messe. Le dimanche, à Hippone, saint Augustin a pris place sur une cathèdre au fond de l’abside, il est entouré à gauche et à droite par ses prêtres qui sont assis, comme lui, mais sur un banc de pierre qui épouse le demi-cercle de l’abside, les diacres sont debout. Tout le clergé est surélevé par rapport à la foule qui est en contrebas. Au moment du sacrifice la foule se détourne de l’abside où s’est déroulée la Liturgie de la Parole et vient se placer autour des cancels qui entourent le petit autel de bois, situé dans la nef. L’évêque et les prêtres se rangent autour de l’autel mais ils sont isolés de la foule par la balustrade du cancel.
Nous serions tentés de penser ainsi que c’est davantage des raisons pratiques et parfois bien contraignantes plus que des raisons spéculatives, comme le laisse croire le DACL, qui ont déterminé une évolution dans la manière d’envisager la Messe et de la célébrer. Mais ce qui est avant tout intéressant c’est le déplacement d’accent, au haut Moyen Age, moins comme le voudrait le Père Gy « de l’Eucharistie au Sacrifice » encore que cela soit vrai aussi que du sacrifice lui-même à ses effets efficaces si l’on peut ainsi dire. L’époque de saint Grégoire, il le dit lui-même, est une époque de peste, de famine, de tremblements de terre, d’invasion des Lombards dont l’arianisme est militant et persécuteur. En 1951 le Père Doncœur dans un bel élan lyrique peut bien déplorer que le sens de la Messe ait été faussé par l’oubli de l’action de grâces au profit des « intentions » de chacun.