christicity.com Bibliothèque L'Eglise catholique Les moyens du salut La liturgie Histoire de la liturgie
La messe de saint Justin à saint Grégoire
Père Emmanuel de Butler
Moine bénédictin

Source : La Nef n°108 - janvier 2001

De la genèse de la messe romaine, en ce qu’elle se distingue de la messe des autres familles liturgiques, on sait peu de choses avant le IVe siècle. C’est en effet aux alentours de l’année 390 que saint Ambroise, dans ses catéchèses aux nouveaux baptisés, nous donne les premiers fragments qui nous soient parvenus du Canon romain. Car les premiers livres liturgiques manuscrits dont nous disposons pour la messe romaine ne remontent guère au-delà du début du VIIe siècle, avec le Sacramentaire de Vérone (bien qu’il contienne certaines formules que l’on peut faire remonter au pape saint Gélase [† 496] ou au pape Vigile [† 555]). Ce que l’on sait, c’est qu’aux IIe-IIIe siècles, alors que dans l’Afrique du Nord le latin était déjà la langue liturgique, la messe était encore célébrée en grec à Rome, et que les plus anciens fragments de notre canon romain (indépendamment des paroles de la consécration, bien évidemment) semblent bien, eux, avoir été composés en latin, et non traduits du grec.

Pour autant que nous puissions le savoir, la structure de la messe à Rome reste très proche, aux IIe-IIIe siècles, de la description que donne saint Justin : pas d’Introït, on commence directement par les lectures (qui alternent dès le IVe siècle avec des chants : Graduel, Alleluia, Trait), puis homélie, suivie de la prière pour toute l’Eglise, dite aussi « prière des fidèles » (nombre de sermons de saint Augustin s’achèvent par cette invitation : « Maintenant, tournés vers le Seigneur, prions… »), puis offrande, consécration et communion. (Cette structure extrêmement simple a été conservée jusqu’à nous dans la cérémonie liturgique du Vendredi Saint : les officiants s’avancent en silence vers l’autel, puis on commence tout de suite par les lectures et les chants intercalaires; viennent ensuite les longues Oraisons solennelles pour toutes les intentions de l’Eglise.) Une certaine marge d’improvisation est laissée au célébrant pour les prières qui lui reviennent, et au premier chef pour la prière eucharistique. 

La Tradition apostolique (IIIe s.), dont l’attribution à Hippolyte de Rome demeure discutée, si elle donne un texte pour la prière d’ordination de l’évêque, précise bien que ce n’est pas une formule obligatoire : le célébrant demeure libre de s’en écarter ou d’user d’une autre. Cependant, le Seigneur ayant réparti ses dons de manière inégale, le besoin de mettre un peu d’ordre dans tout cela se manifeste très tôt (déjà saint Paul recommandait de ne prendre la parole dans l’assemblée que si l’on était capable d’édifier les frères). Plus tard, saint Augustin se plaint de ce que certains évêques emploient des prières composées par des auteurs incompétents, voire hérétiques, et deux synodes de Carthage (en 397 et 407) interdisent l’usage de formules n’ayant pas fait l’objet d’approbations officielles.

Autres prières
A l’époque où les premiers éléments du canon romain se stabilisent apparaissent d’autres prières sacerdotales, qui interviennent aux étapes principales de la messe : la « Collecte » à l’entrée (ainsi nommée parce qu’elle est la première prière sur les fidèles rassemblés – en latin collecti –, ou bien encore parce qu’elle « rassemble » les prières de chacun); la « Prière sur les offrandes » (qui, lorsqu’elle sera prononcée à voix basse, à partir du VIIIe siècle, prendra le nom de « Secrète »); puis l’oraison finale après la communion, comme son nom de « Postcommunion » l’indique. Ces oraisons, généralement brèves et très denses, comptent encore aujourd’hui parmi les plus belles du missel. Ajoutons que la renommée des papes comme saint Gélase ou saint Léon le Grand vaudra aux prières dues à leur plume une grande diffusion. Au Ve siècle, la messe romaine connaît plusieurs développements : le chant de l’Introït, tout d’abord, fait son apparition, pour accompagner la procession des officiants vers l’autel. Il est généralement tiré d’un psaume, et choisi en 

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