" Qu'il y a-t-il de commun entre ce trust romain, dirigé par des prélats en dentelles, et la pauvreté évangélique ? " demandent les uns. " Pas de curé entre Dieu et moi " disent les autres. Il y a aussi ceux qui se taisent mais n'en pensent pas moins… Comment ne pas éprouver un sentiment de scandale au souvenir des abus de l'Inquisition ou du comportement des papes de la Renaissance ? Et combien de personnes sont choquées par certaines attitudes des chrétiens et même des membres du clergé, attitudes non seulement maladroites mais encore franchement contraires à l'esprit de l'Evangile ? D'ailleurs, lorsqu'on est " d'Eglise " on n'est plus libre, s'entendent dire les chrétiens. La hiérarchie des gens d'Eglise vous embrigade dans ses activités, vous astreint à la messe hebdomadaire, à la confession… vous dicte des options en matière de politique et va même jusqu'à vous imposer des prises de position dans le domaine intellectuel ! N'est-ce pas là une atteinte à la dignité de la personne humaine ? Jésus-Christ en aurait-il fait autant ?
L'Eglise, rétorquent d'autres, ne doit pas être tellement sûre de ce qu'elle affirme puisqu'elle est en pleine évolution. La religion n'est plus la même de nos jours qu'il y a vingt ans. Qui a raison : ceux qui parlent aujourd'hui ou ceux qui ont parlé hier ? Pie IX et son " Syllabus " ou Jean XXIII et son encyclique " Pacem in terris " ? Ne serait-il pas plus simple de s'en référer directement aux évangiles ? L'homme moderne a-t-il vraiment encore besoin d'une Eglise
QUE FAUT-IL ATTENDRE DE L'EGLISE ?
Pour répondre à cette question, il faut en poser une autre : que cherche-t-on dans l'Eglise ? Est-elle une amicale d'entraide des adorateurs du Christ ? Est-elle simplement chargée de faire régner la morale évangélique au service d'une humanité en quête de progrès ? S'il en est ainsi, les défaillances de ses membres peuvent assurément mettre en cause les raisons mêmes de son existence… Ses prises de position intransigeantes paraissent alors inutiles.
Mais si l'on considère ce que l'Eglise dit d'elle-même, on s'aperçoit qu'elle cherche à répondre à un besoin de l'homme plus fondamental encore que son besoin de morale ou d'entraide. L'Eglise se présente comme le cadre d'un rendez-vous que Dieu donne à l'homme. Dieu est inaccessible par les seules forces humaines. Si l'homme veut entrer en contact avec Dieu, Dieu doit d'abord venir à lui. Or, l'Eglise a conscience d'être le lieu privilégié où cette rencontre peut se réaliser.
L'EVANGILE N'EST-IL PAS SUFFISANT ?
Mais cette rencontre de Dieu avec les hommes n'est-elle pas déjà totalement réalisée par Jésus-Christ ? N'y a-t-il pas un unique médiateur : le Fils de Dieu devenu chair ? Que peut ajouter l'Eglise à la personne du Christ ? Ne suffit-il pas d'aimer le Christ tel que l'Evangile l'annonce, de communier par la foi et la pensée avec le Ressuscité ? Pour répondre à ces questions, il faut essayer de savoir ce que signifie cet amour pour le Christ de l'Evangile et voir comment peut se faire la rencontre du chrétien du XX è siècle avec Jésus Ressuscité. Aimer le Christ, suivre le Christ ou être son disciple (les trois expressions sont synonymes dans l'Evangile), cela signifie d'abord écouter sa parole. Dès lors une difficulté se présente : l'Evangile peut être interprété de bien des manières, parfois contradictoires. Laquelle est conforme à l'esprit du Christ ? Il est difficile d'admettre que l'homme n'en saura jamais rien et qu'il doit se contenter de sa propre interprétation au risque de déformer la pensée de Jésus. C'est pourquoi l'Eglise nous dit qu'elle est la dépositaire authentique de l'esprit de Jésus dans lequel il fait lire l'Evangile.
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