christicity.com Bibliothèque L'Eglise catholique Sa nature La mission
L'Eglise et la vie privée

L'Eglise et la vie privée L'Eglise ne doit pas se mêler de politique

1. Pas de politique en chaire !

Cette parole si souvent entendue traduit un juste sentiment. Du prêtre en chaire on n'attend pas son opinion privée sur les choses de la vie quotidienne (politiques, sociales, culturelles) mais simplement la Parole éternelle de Dieu.

Il ne faut pas oublier non plus que cette Parole de Dieu ne veut pas et ne doit pas demeurer dans le cadre de la piété dominicale et privée, mais qu'elle vise à la vie concrète de l'homme. "Cette parole mettez la en pratique, ne vous contentez pas de l'écouter." (Jacq, I 22) Le chrétien doit, comme image du Christ, vivre sa vie terrestre comme le Maître. Cette imitation ne consiste naturellement pas à copier les traits de la vie de Jésus autrefois, mais à essayer d'en traduire actuellement l'esprit dans notre existence personnelle. C'est pourquoi le chrétien a toujours des obligations envers son Seigneur, même dans le domaine des choses terrestres. Celui qui n'est pas chrétien au bureau ou à l'usine, à la cuisine ou au cinéma, ne l'est pas non plus à l'église. C'est pourquoi le prêtre doit exprimer la Parole éternellement valable du Christ, de façon à inciter ses auditeurs croyants à réaliser la volonté de Dieu dans les circonstances concrètes de l'existence, dans leurs affaires, sur leur chantier, dans leur vie familiale, au volant de leur auto, devant l'écran de la télévision, toujours, même en politique !

2. Religion et politique

Un catholique qui fait de la politique - à proprement parler quiconque a conscience de ses responsabilités en fait, y compris, par leur abstention même, ceux qui s'en désintéressent - ne peut pas se contenter d'aimer son prochain en général et, pour important que ce soit, de vivre en honnête homme. Il doit contribuer, pour sa part, à l'établissement du Royaume de la vérité divine, de la justice et de la charité. Il est donc lié à l'égard de la vérité - de la vérité de la Révélation dans l'Eglise - de la justice et de la charité du Royaume de Dieu. Il doit, en conséquence, accorder son vote aux gens et aux partis qui ne sont pas simplement honnêtes et qui ne persécutent pas, à proprement parler, L'Eglise, mais à ceux qui prennent positivement souci de la sainteté et, par là, de la santé du monde. Comment ? C'est à chaque chrétien d'en juger dans le cercle de sa vie habituelle. Ce que faisant, les braves chrétiens peuvent avoir des opinions totalement divergentes quant à la voie à suivre (en politique extérieure, par exemple) pour parvenir plus facilement au but commun. Un catholique peut demander à son Eglise, gardienne de la divine vérité, de l'éclairer et d'orienter ses décisions. En général, L'Eglise se contente de définir les principes, de circonscrire les limites à respecter. Mais il est facile de concevoir des cas où l'Eglise, sous peine de trahir sa mission divine, doit catégoriquement déclarer qu'un catholique ne peut approuver tel programme et soutenir un parti qui professe telles idées.

3. L'Eglise et l'Etat

L'Eglise ne se dresse pas comme une autorité rivale en face de l'Etat, mais à côté, comme une associée. De même qu'il appartient à l'Etat de promouvoir le bien terrestre de ses sujets, L'Eglise veille au bien surnaturel des humains. C'est pour cela qu'elle a été instituée par Dieu. Aussi a-t-elle pour devoir d'annoncer les volontés divines et le salut non seulement aux individus, mais également aux collectivités et à l'Etat. Certaines choses sont du ressort de l'Etat, d'autres de celui de l'Eglise. "Dieu a réparti entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil le soin de procurer le bien du genre humain. Il a préposé le premier aux choses divines et le second aux choses humaines. Chacun d'eux, dans son ordre, est souverain. Chacun d'eux est renfermé dans des limites parfaitement déterminées et tracées en exacte conformité avec sa nature et son principe. Chacun d'eux est donc circonscrit dans une sphère où il peut se mouvoir et agir en vertu des droits qui lui sont propres. " (Léon XIII, encyclique Immortale Dei.) Le code de la route relève de l'Etat; en principe, peu importe à l'Eglise quelle voiture a la priorité ou quand il est interdit de doubler. Par contre, la façon d'organiser la procession de la Fête-Dieu conformément aux principes de la liturgie, c'est son affaire. Mais cet exemple banal montre déjà que la distinction des domaines laisse subsister de nombreux points de contact et, par suite, de possibilités de conflits. Par exemple, dans ce cas, dès qu'il s'agit de fixer le parcours de la procession. La coopération entre l'Eglise et l'Etat est donc chose nécessaire. C'est la raison d'être des Concordats. Sans cesse, et ceci dès les premiers siècles au temps des persécutions, l'Eglise a dû se défendre contre les empiétements de l'Etat. D'autre part, les autorités civiles ont assez souvent mis à contribution la religion pour des fins purement temporelles. D'où, en maintes circonstances, une solidarité compromettante de part et d'autre. La séparation fondamentale de l'Eglise et de l'Etat méconnaît pourtant la vraie mission de l'Eglise en ce monde. Elle limite son action au culte divin et laisse l'Etat se transformer en un pouvoir purement séculier, sans aucune préoccupation religieuse.

"Le besoin de Dieu se développe dans l'exacte mesure où croit l'athéisme." François Mauriac.

Armes et goupillons

1. L'Eglise bénit-elle les tanks et les bombes atomiques ?

Il existait au Moyen-Age une formule de bénédiction de l'épée à l'"adoubement" du chevalier. Le candidat devait s'engager à "assurer défense et protection aux églises, aux veuves, aux orphelins et à tous les serviteurs de Dieu contre la cruauté des païens ". L'Eglise bénissait le jeune chevalier non pour conférer un surcroît d'efficacité magique à la puissance de ses armes, mais pour lui demander un engagement d'honneur: "Que la bénédiction du Dieu tout-puissant vienne sur cette arme et sur celui qui la porte pour la défense du droit. Seigneur, protégez-le et défendez-le!" Si cette bénédiction disparut des livres liturgiques avec le Moyen-Age et si nous trouvons dans le livre édité par Paul V, en 1614, et destiné à devenir le Rituel romain actuel, 122 formules de bénédictions pour toutes sortes de choses, maisons, habitations, statues, écuries, étables, champs, ponts, voitures, aliments, etc., nous n'en voyons pas une seule pour des armes de quelque nature qu'elles soient. Rien que pour cette raison, l'Eglise n'a jamais pu bénir d'armes en notre XXème siècle, sans parler, comme l'affirment froidement les adversaires de l'Eglise, de canons, de chars d'assaut ou même de bombes atomiques. Au lendemain de la première guerre mondiale, ces bobards circulaient déjà; et c'est pourquoi, en 1932, les chefs de l'aumônerie militaire des anciennes nations belligérantes protestèrent à l'unanimité que jamais aucune bénédiction d'armes n'avait été recommandée ni même autorisée, et qu'on ne connaissait aucun cas où des armes eussent été bénites à titre privé. Evidemment l'Eglise - dont le Code affranchit, en principe, du service militaire les clercs, appelés à être les serviteurs de la paix entre tous les peuples - l'Eglise doit pourvoir aux intérêts spirituels des hommes qui résident dans les casernes, des soldats. Le prêtre les bénit - eux, et non leurs armes-quand ils partent pour la guerre et il les assiste à l'article de la mort.

2. N'est-il pas dit dans la Bible: " Tu ne tueras pas " ?

L'Eglise devrait donc condamner la guerre et interdire tout meurtre !...
Oui, on lit bien dans l'Exode: "Tu ne tueras point" (Ex, XX, 13), mais aussi, une page plus loin (XXI, 12s) : "Quiconque frappe quelqu'un et cause sa mort devra être mis à mort...Qui frappe son père ou sa mère devra être mis à mort...Qui traite indignement son père ou sa mère devra être mis à mort "... De même, dans le Deutéronome (XXII, 22-23): "Si l'on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront... Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, qu'un homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les conduirez tous deux à la porte de cette ville et vous les lapiderez... Tu feras disparaître le mal du milieu de toi ". L'autorité légitime de la communauté peut requérir la peine de mort comme châtiment et réparation, et la communauté, ainsi que nous l'enseigne l'Ancien Testament, peut se défendre contre ses ennemis à main armée, et même, par nécessité, en tuant. Cela, c'est aussi l'Ancien Testament qui le dit. Parmi ceux qui vous répètent avec tant d'insistance qu'il ne faut pas tuer réclame aussi énergiquement le châtiment des fils prodigues, des adultères ou des impudiques ?

3. Les Papes et la guerre

Si l'on se proposait de retracer la continuité de la pensée chrétienne sur la guerre et la paix depuis les origines de l'Eglise, il faudrait distinguer : les institutions pacificatrices mises en place par la Papauté (la "paix de Dieu", la "trêve de Dieu", les Ordres de chevalerie, les "sauvetés", etc.); les initiatives proprement diplomatiques par lesquelles la Papauté put éviter des conflits ou les faire cesser, lorsqu'elle fut invitée par les chefs d'Etat à jouer le rôle d'arbitre; les actes charitables en faveur des victimes (échange des grands blessés, secours aux populations affamées ou transplantées, asile aux Juifs traqués durant la dernière guerre, etc.); les interventions doctrinales qui relèvent de la mission d'enseignement exercée par l'Eglise, gardienne et interprète de la vérité évangélique.

Mais il est des circonstances où l'intervention de l'Eglise aboutirait à des résultats plus néfastes qu'utiles. Supposons que le Pape Pie XII, en 1939, au moment où les troupes d'Hitler entraient en Pologne, eût proclamé qu'aucun catholique ne devait prendre les armes, les Polonais, en grande majorité catholiques, auraient donc dû assister les bras croisés à l'invasion de leur pays ? Hitler se serait-il incliné -ému en tant que baptisé-devant l'ordre du Vatican et les millions d'hommes de tous les pays, pour qui l'Eglise et le Pape n'existent pas, auraient-ils changé de politique ? Est-ce que les Catholiques, avec tous ceux qui prétendaient attendre du Pape l'ordre de désobéir aux autorités civiles et militaires, auraient vraiment accepté de "risquer le poteau " ? Supposé que quelques milliers aient été fusillés pour avoir suivi la consigne du Pape, n'aurait-on pas clabaudé contre l'intransigeance romaine responsable de cette hécatombe ? Et on aurait eu raison d'en demander compte au Pape, qui ne peut interdire à des milliers de gens ou à des nations entières d'user de leur droit de légitime défense contre des agresseurs injustes.

Pour ne parler que des deux dernières guerres mondiales, on sait avec quel souci, après l'attentat de Sarajevo, 28 juin 1914 Pie X multiplia ses démarches pour éviter le conflit, tout le monde connaît sa célèbre réponse à l'ambassadeur d'Autriche qui osait le prier de bénir les armes de son pays: " Je bénis la paix ! " Le 2 août, il lançait un émouvant et ultime appel au monde entier. Dix-huit jours après, le 29 août, il se mourait de n'avoir pu se faire entendre.

Au début de la guerre de 1939, le Pape Pie XII se prodigua de la même façon pour "sauver la paix". La veille même de l'ouverture des hostilités, le 31 août, on pouvait encore lire dans les journaux: " Le Saint-Père supplie, au nom de Dieu, les Gouvernements d'Allemagne et de Pologne de faire tout leur possible... " La guerre éclata quand même. Le 20 octobre 1939 le Pape écrivait: "Il n'est rien que nous n'ayons tenté pour empêcher par tous les moyens à notre disposition le recours aux armes ". Mais il ne se tut pas non plus devant l'injustice accomplie. "Au moment où le peuple belge voit pour la seconde fois, contre sa volonté et contre son droit, son sol livré à la guerre cruelle ", ainsi écrit-il après la seconde invasion de la Belgique, et il souhaite "que cette dure épreuve puisse finir par la restauration de la pleine liberté et de l'indépendance de la Belgique ". Lorsque l'ambassadeur italien lui fit part du mécontentement de son Gouvernement, le Pape lui répondit: "Nous ne redoutons pas d'aller nous aussi dans un camp de concentration ! " Mais, par-dessus tout, le Vatican secourut les persécutés de toutes nations, confessions et races. La guerre achevée, le Pape continua ses générosités. Dommage, encore une fois, que le Vatican n'ait pas été plus riche ! Il ne pouvait faire plus ! Enfin, qui n'a présent à la mémoire l'émouvant appel du bon Pape Jean XXIII en faveur de la paix, l'encyclique Pacem in terris (11 avril 1963).

L'Eglise et la liberté de pensée

1. Contrainte ou liberté ?

La Parole de Dieu est la Vérité. Dieu l'a exprimée par le Christ. Le Christ a envoyé ses disciples, munis de la force et de la garantie infaillible de l'Esprit-Saint, annoncer la vérité à tout l'univers: "Qui vous écoute m'écoute". C'est donc dans la prédication de l'Eglise et là seulement qu'il nous est permis d'entendre la Parole de la Révélation divine. Où qu'elle résonne ailleurs, elle vient de l'Eglise. L'Eglise ne se substitue pas à la vérité; elle la proclame comme la Parole du Seigneur qui lui a été confiée et à laquelle elle reste fidèle. Naturellement ceux qui ne croient pas que le Christ vit au milieu de son Eglise, qu'il enseigne par elle et agit dans ses sacrements, voient dans ses dogmes des exigences imposées par les autorités ecclésiastiques. L'homme leur semble molesté et entravé par ces restrictions dans le domaine de la liberté personnelle. Mais, pour les Catholiques les dogmes sont des colonnes de lumière. "La liberté de l'esprit ne consiste pas à ignorer la vérité, à pouvoir se décider et agir suivant ses fantaisies, à l'aveuglette. La liberté de pensée, c'est, au contraire, pouvoir reconnaître la vérité et ne devoir rien admettre qui ne soit prouvé et démontré comme vrai. " (A. Hartmann.)

Une opposition véritable entre la foi et la science est une pure impossibilité, la religion et la science étant en liaison avec la vérité indivisible. Lorsqu'on invoque la science en faveur de l'incroyance, cette opposition apparente à l'égard de la foi ne provient pas des données de la science mais d'une confusion entre les domaines, en voulant, par exemple, appliquer au domaine du surnaturel la méthode positive, la méthode expérimentale valable pour les phénomènes de la nature, et telle qu'elle se pratique en laboratoire. Cette contradiction provient de fausses prémisses philosophiques, ou comme dans le cas de Galilée, d'une intelligence insuffisante des enseignements de la Bible. "Si j'avais étudié d'avantage, disait Pasteur, j'aurais la foi de la paysanne bretonne. "

2. Bûchers et Index

L'Eglise, chargée de garder et d'enseigner la vérité divine, a donc le devoir de protéger maternellement les fidèles contre l'influence des faux prophètes. L'Eglise est assurée que " celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné " (Marc, XVI, 16). Les Actes des Apôtres nous apprennent déjà (XIX, 19) qu'après avoir entendu un discours de Paul à Ephèse, " bon nombre de ceux qui s'étaient livrés à la magie apportaient leurs livres et les brûlaient en présence de tous. On en estima la valeur, qui atteignit cinquante mille pièces d'argent ". "Et que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? " (Matth, XVI, 26.) On détruisait notamment les livres qui constituaient un danger public; par exemple, en 1415, au Concile de Constance.

La découverte de l'imprimerie, avec l'immense diffusion des livres qui en devait résulter, contraignit l'Eglise à envisager de nouvelles mesures de précaution pour les fidèles. Les écrits touchant à la religion furent soumis à un examen préalable; après quoi, l'Eglise certifiait par son "imprimatur" (permission d'imprimer) que le livre était conforme à la bonne doctrine. Puis l'Eglise établit le catalogue, L'Index, des livres les plus importants proscrits comme contraires à la foi ou dangereux pour la morale. Ce fut l'oeuvre de Paul IV en 1559. Cette liste a constamment été complétée et tenue à jour par la Congrégation de l'Index jusqu'à la publication du Nouveau Code canonique en 1917 et, depuis cette date, par le Saint-Office.

La loi morale naturelle interdit déjà de lire des écrits dangereux pour la foi et la morale. L'Eglise, de son côté, interdit de lire, de conserver, d'imprimer et de répandre les livres déclarés "à l'Index" par le Pape, toutes les oeuvres des apostats et des hérétiques, de même que les publications superstitieuses et pornographiques. Peut-être cette interdiction, qui s'étend encore aux éditions de la Sainte Ecriture non reconnues par l'Eglise, sera-t-elle prochainement révisée et simplifiée. Dans leur intérêt elle concerne tous les Catholiques, mais l'évêque octroie une "permission de l'Index" à ceux qui ont des raisons plausibles de la solliciter: on ne peut taxer l'Eglise d'"abrutir" les fidèles.

Tous ceux qui considèrent l'Eglise comme la gardienne de la vérité lui savent gré de ne pas les abandonner à eux mêmes parmi tant d'opinions et de publications diverses, mais de leur indiquer où résident la vérité, L'erreur et le danger. "On ne peut avoir la liberté de tout lire, de même qu'on n'est pas libre de tout manger et de tout boire ce qui nous tombe sous la main, fût-ce de la cocaïne ou de l'acide prussique. " (Pie XII, 7 août 1940.) Le chrétien moyen est souvent incapable de discerner comme tel le poison subtil de l'erreur et de s'en défendre. Le pharmacien a une marque spéciale pour les produits toxiques et il ne vend pas de la morphine à tout venant sans une ordonnance médicale. Est-ce de sa part un affront à la liberté et à la dignité humaines ? Est-ce de la part de l'Etat attenter à la liberté et à la dignité humaines que d'exiger un permis de conduire ou un permis de porter des armes ? La conduite de l'Eglise, chargée de la plus haute mission qui soit, celle de nous procurer le salut éternel, équivaut-elle à un abâtardissement des esprits, à l'obscurantisme ? L'Eglise ne montre-t-elle pas plutôt ainsi combien elle se soucie de respecter et de servir la vérité ?

3. " ...Et pourtant elle tourne "

Malgré tout le crédit qu'il accorde à un livre, aucun lecteur sérieux n'ose prétendre que toutes les idées qui y sont exposées sont absolument infaillibles dans le détail. Très souvent la mise à l'index d'un livre n'a d'autre but que de permettre à des spécialistes de délimiter exactement le vrai et le faux, avant que l'erreur ne se disperse immédiatement et sans contrôle à tous les vents. Les adversaires de l'Eglise rappellent particulièrement avec malice les décisions de l'Index à l'égard de Copernic et de Galilée. En 1543 parut le Traité de la Révolution des Astres du chanoine Nicolas Copernic. L'ouvrage était dédié au Pape Paul III. On y enseignait pour la première fois, contrairement aux idées de tous les savants de l'époque, que la terre tourne autour du soleil. Copernic se heurta de tous côtés à la plus vive opposition. Luther le traite de fou. Melanchton prie les Gouvernements sensés d'intervenir contre cette aberration. Quelques dizaines d'années plus tard les théologiens protestants des universités de Wittemberg, de Tubingue et de Bâle déclaraient encore la thèse de Copernic inconciliable avec la Bible. L'Eglise s'abstint d'intervenir pendant un demi-siècle, jusqu'au jour où Galilée eut la malencontreuse idée de mêler la Bible à ses considérations scientifiques, de vouloir faire réviser la Bible (qui, en soi, n'est pas un traité d'astronomie et qui s'exprime naïvement comme nous le faisons couramment encore en parlant du lever du soleil), d'en vouloir faire retoucher le texte conformément aux nouvelles découvertes.

C'est ainsi que Galilée, dont les idées étaient exploitées contre l'Eglise par les libres penseurs, devint suspect d'hérésie. Le traité de Copernic fut, plus de soixante-dix ans après sa publication, interdit et le nouveau système astronomique déclaré erroné et contraire à la Bible. Sous la menace de la torture, Galilée se rétracta en 1633. Ce qu'on raconte sur son emprisonnement, sur les sévices qu'il y aurait subis et son mot fameux "et pourtant elle tourne" ne correspond pas à la réalité. L'Index n'est pas infaillible, surtout à propos des questions scientifiques qui ne relèvent pas de la théologie. Dans l'occurrence l'Index ne fit que suivre l'opinion quasi unanime des savants de l'époque. Ce fut quand même une erreur. Une erreur explicable, mais qui n'en est pas moins fâcheuse et dont l'Eglise est depuis longtemps revenue.

L'Eglise a partout son mot à dire

1. Dans tous les domaines

Le christianisme, et par conséquent l'imitation du Christ, doit se manifester dans tous les domaines de la vie, économie sociale, politique, sport, etc. Le chrétien, qui croit à la Royauté du Christ et en sa mission, voit toutes choses dans l'optique du Royaume de Dieu en marche et en formation.
Voilà pourquoi l'Eglise a son mot à dire partout.

Manie de domination cléricale ? Non pas ! c'est l'accomplissement de sa mission.
Naturellement il n'existe pas de gymnastique abdominale ou de barre fixe catholiques. La technique sportive n'est point l'affaire de l'Eglise, mais ce qui l'intéresse c'est en quel esprit on cultive le sport: "Glorifiez Dieu par votre corps" (I Cor, VI, 20)?

2. A l'école

Deux fois deux font quatre. Dans les écoles catholiques comme dans les autres. Mais l'éducation ne consiste pas seulement à distribuer la science. Que dans les lois des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la biologie, que dans le cours des événements de l'Histoire un enfant sache reconnaître l'ordre divin et la responsabilité humaine, voilà qui dépend de l'esprit du maître et de l'école. L'Eglise sait que le Christ est "la réalité".

Aussi l'Eglise veut-elle un enseignement "réaliste". Une heure de religion après trente heures d'enseignement neutre n'y suffit pas. Le sel ne s'absorbe pas tout seul. Sa place c'est le potage qu'il assaisonne. Seul un Etat qui prend la religion pour une affaire privée ou des momeries sans importance trouve cet horaire satisfaisant. Soit ! mais n'est-ce pas imposer des " oeillères confessionnelles " à l'enfant ? Le mieux n'est-il pas d'entraîner simultanément à la tolérance les petits Catholiques et les autres dès leurs premières années ? L'idée peut se défendre jusqu'à un certain point, et c'est souvent la seule solution possible. Mais pour ce qui est de la tolérance, la véritable tolérance consiste, en même temps qu'on maintient son point de vue, à estimer et à supporter ceux qui ont une opinion différente sans pouvoir les approuver. La fausse tolérance dit: Elles se valent toutes ! Peu m'importe la tienne; c'est ton affaire après tout ! " Appelons cela insouciance ou " je m'en fichisme ": ce n'est pas de la tolérance. L'éducation basée sur un tel principe se réduit à peu près à ce programme commun: " Soyons chics les uns pour les autres! " Ce vague humanitarisme, singulièrement qualifié de "christianisme ", remplace alors la foi chrétienne au Christ, qui continue de vivre et d'agir en son Eglise, par sa parole et les sacrements. La vraie foi chrétienne forme l'enfant à l'amour du prochain, même lorsque le prochain " pense autrement ". Le but de la véritable éducation chrétienne n'est donc pas la simple tolérance (supporter les autres et les laisser agir à leur guise), mais la charité, l'amour (aider les autres pour leur faire trouver la vérité et le salut).

Est-ce que ma vie regarde le prêtre ?

1. La confession, une invention des prêtres !

Le Christ a donné à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés: " Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez " (Jean, XX, 23). Il appartient au tribunal de l'Eglise de décider si les péchés doivent être remis ou retenus, et donc d'exercer cet absolu pouvoir. Sans doute l'individu obtient-il le salut du fait de son incorporation au peuple de Dieu, à l'Eglise, par le baptême. Lorsqu'il commet le mal au lieu de se sanctifier, sa réconciliation avec Dieu ne s'opère pas en privé, sa défaillance doit lui être pardonnée devant et par la communauté ecclésiastique. Le péché n'est jamais "privé"; il affecte et souille l'Eglise, sainte de par la volonté de Dieu, il en diminue la force et la vigueur missionnaires, il la prive de grâce. La réincorporation du pécheur à la pleine communauté de grâce de l'Eglise, est en même temps sa réconciliation avec Dieu.

La pratique de la rémission des péchés remonte à la toute primitive Eglise. L'Apôtre saint Jean écrit déjà: "si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste: il nous remettra ces péchés et nous purifiera de tout iniquité " (I Jean, I, 9). On lit dans la Didachè ("Doctrine des douze Apôtres "), composée vers l'an 150: "Le jour du seigneur rassemblez-vous, rompez le pain et rendez grâce après avoir reconnu vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur ". Pendant plusieurs siècles la pénitence se pratiqua en public pour les fautes graves. Parfois la confession se faisait devant toute l'assemblée ou, du moins, devant le prêtre mandataire de l'assemblée. Tertullien (mort en 240) écrit: "certains redoutent cette pratique, qui est comme une révélation d'eux-mêmes, et la diffèrent de jour en jour, plus sensibles à leur confusion qu'à leur salut, comme ces gens qui, atteints d'un mal secret, refusent de s'en ouvrir au médecin et emportent leur mal avec eux ".-Cyprien (mort en 258) recommande aux chrétiens de "confesser" leurs péchés pendant leur vie, tant qu'il leur est encore possible de le faire ".-Le Pape Léon ler (mort en 461) explique qu'il suffit de "confesser ses fautes en secret".

Un synode de Bavière (vers 750) invite les fidèles à recevoir le corps du Christ au moins toutes les quatre semaines, et à s'y préparer par la confession.-Luther écrit encore en 1521: " Je tiens la confession privée, comme la virginité et la pudeur, pour une chose précieuse et salutaire. Ce serait grand dommage pour les chrétiens que la confession secrète n'existât pas, et nous devons de tout coeur remercier Dieu de nous l'avoir donnée ".

Prétendre, avec certains, que l'Eglise a inventé la confession auriculaire vers l'an 1200 pour assurer son emprise sur les gens dénote une grande ignorance ou des intentions perverses. En 1215 ce n'est pas la confession auriculaire qui a été inventée; mais le 4e Concile de Latran a vivement encouragé la pratique du sacrement de pénitence et ordonné de le recevoir au moins une fois par an.

Il existe des confessionnaux fixes dans les églises depuis 1614. Auparavant, on se confessait dans les stalles du choeur ou du sanctuaire.

2. Finalement, le mariage, c'est mon affaire !

Comme cellule fondamentale de l'Etat et de l'Eglise et comme source de vie, le mariage est une des vocations qui engagent la responsabilité humaine. Dieu lui-même " créa l'homme et la femme " (Gen, I, 27). "C'est pourquoi -ce qui indique bien la volonté du Créateur- c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils ne feront plus qu'une seule chair. (Gen, II, 24).

Le mariage n'est donc pas seulement quelque chose de privé, un " bonheur à deux ", une camaraderie bâtie sur la mutuelle compréhension et sujette à disparaître lorsque diminue la bonne entente, mais la fusion dans l'unité. Comme don total, comme union de deux êtres en un seul, le mariage est déjà, du simple point de vue naturel, indissoluble. " Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, déclare le Christ, commet l'adultère... Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. " (Matth, XIX, 4-9).

Le problème des enfants qui, pendant quinze ou vingt ans ne peuvent se passer des soins de leurs parents pour les élever et les éduquer, prescrit à lui seul l'indissolubilité du mariage. Les enfants doivent pouvoir grandir en sécurité, à l'abri et à la chaleur d'une famille fermement et tendrement unie. C'est pourquoi tout rapport sexuel avant le mariage et en dehors du mariage est un vol injustifiable et un abus des forces créatrices les plus saintes destinées au lien du mariage en vue de l'éveil d'une nouvelle vie. C'est pourquoi le consentement des époux devant l'autel doit être une sauvegarde contre les fluctuations de l'amour humain, du caprice ou de la passion, ." Par le divorce, les liens du mariage deviennent fragiles, écrit Léon XIII; le divorce ouvre toutes grandes les portes à la déchéance et la corruption de la vie sociale et privée. " (Sur cent mariages à Hollywood, on compte 87 divorces.)

Les Apôtres ont vu dans le mariage un sacrement, et certainement pas d'eux-mêmes mais bien d'après les paroles du Maître (cf Eph, V, 32s). Dans la communauté de l'homme et de la femme, dans l'amour et la fidélité mutuels poussés jusqu'à la suprême union spirituelle et charnelle, c'est l'amour du Christ pour son Eglise qui doit être pris pour modèle et rendu mystérieusement actuel. Jésus commença sa vie publique en se rendant à un mariage, à Cana en Galilée, et il assiste toujours de sa présence deux êtres humains qui se donnent leur mutuel consentement. Jésus compare le Royaume du ciel à un festin nuptial (Matth, XXII, 2) et l'Apôtre saint Paul écrit que cet amour " ne passe jamais " (I Cor, XIII, 7). Tout mariage conclu validement et consommé est donc indissoluble en tant qu'image de l'amour divin et humain, définitif et éternel comme celui-ci. " Le lien du mariage chrétien, disait le Pape Pie XII en 1942 est si ferme qu'aucune puissance sur terre, pas même la notre, c'est-à-dire celle du représentant du Christ, ne peut le dénouer. "

C'est pourquoi, dans des circonstances les plus difficiles mêmes, seule est permise la séparation des époux (cf I Cor, VII, 11) et non le divorce ou un nouveau mariage. C'est pourquoi l'Eglise résista aux exigences d'Henri VIII d'Angleterre qui voulait divorcer, dut-il rompre avec Rome et entraîner son pays dans le schisme. Un mariage ne peut être déclaré nul que sur preuve certaine de son invalidité initiale, en cas de contrainte par exemple. Sont considérés comme invalides par l'Eglise les mariages de Catholiques (ou au moins d'une partie catholique), qui n'ont pas été conclus dans une église catholique. Les mariages entre non-catholiques, même conclus seulement à la mairie, sont considérés comme valides et par là même indissolubles. Les époux qui, s'étant unis après mûre réflexion, considèrent le mariage comme une tâche commune en vue du bien de la famille et pour élever leurs enfants en bons chrétiens, seront bénis de Dieu. Malheureusement trop de jeunes gens, n'ayant jamais compris que l'amour signifie se sacrifier et " vivre pour l'autre ", se marient à la légère dans le ravissement du premier amour. Souvent, sans le fondement d'une foi religieuse commune, très souvent après avoir couru maintes aventures et même avec plusieurs personnes, n'attendent-ils du mariage que " le grand bonheur ", celui qu'on ne s'est pas donné la peine d'édifier ni d'implorer de la main de Dieu. Bientôt réciproquement incompris et déçu, chacun s'en va chercher dans une nouvelle liaison le " bonheur " tel qu'on se l'imagine d'après les films, les chansons et les romans à quatre sous. Ceux-là seuls qui ont conscience des devoirs et des responsabilités du mariage et qui savent que là derrière se trouve le "vrai bonheur", comprennent pourquoi l'Eglise se préoccupe tant des mariages, pourquoi elle ne permet que d'un coeur lourd et sous certaines garanties, des mariages entre deux personnes étrangères l'une à l'autre quant à l'essentiel, les convictions religieuses.

3. La religion, c'est l'affaire de chacun !

Cette formule si souvent répétée enferme une part de vérité. La foi est pour chacun affaire de décision libre, elle relève de sa décision la plus libre et la plus profonde de chacun. Cette décision, personne ne peut la lui ravir de son for intime ou la lui épargner. Mais peut-on pour autant appeler la religion une "affaire privée"?

C'est une affaire privée que la façon d'employer son temps libre, que ce soit à collectionner des timbres ou à lire des vers. Mais déjà voici des limites. Pour qui vit avec ses parents ou en ménage, la façon d'occuper son temps n'est plus une chose purement privée, encore moins si son devoir lui prescrit, en prévision de l'avenir, de consacrer ses soirées à l'étude. Que dire si son dada consiste à souffler dans une trompette ou à scier du bois ! Les voisins ne vont guère tarder à protester ! Supposons maintenant qu'il entraîne une jeune fille au mal; est-ce là pour lui et la jeune fille une pure affaire privée qui n'intéresse personne d'autre ? Peut-être va-t-il épouser plus tard une autre jeune fille, et son amie actuelle va peut-être aussi se marier de son côté et devenir mère. Alors leur conduite secrète intéresse dès ce moment d'autres personnes, les époux futurs, les enfants... et les enfants des enfants, et même, à bien y réfléchir, toute la famille, toute la nation, toute l'humanité, car il importe à tout le monde que les forces sexuelles demeurent une pure source de vie pour les générations futures. Et il y va de l'Eglise, car ce sont des choses saintes que celles de l'amour et du mariage, et l'Eglise se doit de pourvoir à ce qu'on en respecte la beauté sans les profaner.

"Après tout ça le regarde" dit-on si quelqu'un fait la grasse matinée ou va se promener le dimanche au lieu d'aller à l'église. Tout chrétien baptisé, devons-nous penser, est incorporé à l'Eglise, dont le Nouveau Testament dit qu'elle est le "corps du Christ" (cf I Cor, XII, 12-26). Celui qui se désiste devient un membre malade, sinon un membre mort. Mais le corps dépend de la santé de tous ses membres. Une dent gâtée, une tumeur purulente, une maladie pulmonaire nuit à l'organisme entier, car les toxiques de la corruption pénètrent partout. L'Eglise a besoin, pour pouvoir remplir ses tâches, de la vie intense de la grâce en tous ses membres. Tout chrétien languissant, malade, faible, sinon même en état de péché mortel, est en partie responsable des échecs de l'Eglise. Que peut faire un sportif aux deux tiers invalide ? Comment l'Eglise pourra-t-elle conquérir le monde si un tiers seulement des chrétiens pratiquent aujourd'hui et si la grande majorité est à la remorque de fidèles zélés ?

La pratique religieuse n'est jamais une " affaire privée ". Celui qui, comme chrétien, se gave de sommeil, au lieu de contribuer pour sa part au sacrifice de la Rédemption, et de se joindre à la louange commune de Dieu, celui qui n'est pas présent à sa place à l'église et dans la vie quotidienne, celui qui ne se soucie pas de " communier " avec le Christ et avec ses frères chrétiens, celui qui ne s'inquiète aucunement de gagner le Royaume de Dieu, celui-là non seulement se perd lui-même-" hors de l'Eglise, pas de salut "-il encombre encore toute la communauté et tous les autres chrétiens, ses frères, et il prive le monde des bienfaits que l'univers pouvait, par lui, attendre du ciel.
"La colère de Dieu s'apesantit sur lui." (Jean, III, 36)