Cardinal Paul Poupard – J’ai consacré tout le dernier chapitre de mon « Que sais je ? » Le Pape, paru en juillet aux Presses Universitaires de France, à cette question importante, sous le titre Un ministère de communion. Paul VI est allé, premier pape à accomplir cette démarche, rendre visite au Conseil Œcuménique des Eglises à Genève, dans la cité de Calvin. D’emblée il déclare : « Je m’appelle Paul. Mais notre nom est Pierre, convaincu que le Seigneur nous a donné un ministère de communion ». Le mystère du ministère de Pierre est de confirmer ses frères dans la foi, selon le mandat donné par Jésus dans l’Evangile (Lc 22, 32), d’être au milieu d’eux le roc inébranlable et le ciment de l’unité. Le poids de l’histoire a tragiquement divisé cet héritage, par la déchirure millénaire de l’Orient orthodoxe et la rupture séculaire de l’Occident protestant. Notre temps prend une conscience aiguë du scandale de cette division des disciples du Christ. Les frères séparés sont venus à l’invitation de Jean XXIII au Concile Vatican II. Les visites des responsables d’Eglises se multiplient, et les dialogues théologiques. La 55ème Assemblée Mondiale de la Commission « Foi et Constitution » du Conseil Œcuménique des Eglises, à Saint-Jacques de Compostelle, le 4 août 1993, a demandé d’étudier la question d’un ministère universel de l’unité chrétienne, qui apparaît nécessaire, selon le mot de Frère Roger Schutz, de Taizé : « Comment espérer une communion entre les chrétiens à travers la terre, sans un pasteur universel placé au cœur du cœur ».
La Nef – Les pouvoirs du Pape sont très larges, il jouit aujourd’hui d’un rare prestige, au point qu’il est parfois considéré au plan international comme un arbitre et un conseil écouté; et pourtant il est assez peu suivi dans l’Eglise même, d’abord en matière morale mais aussi parfois en matière de foi : comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Cardinal Paul Poupard – Le triple ministère du Pape, décrit dans mon livre Le Pape, au chapitre V, est de sanctifier, enseigner et gouverner l’Eglise du Christ. Son magistère est un ministère de foi exercé et reçu dans la foi. Comme le ministère de Pierre, celui du Pape repose sur la parole du Christ et il appelle des fidèles une obéissance dans la foi qui s’adresse à travers lui au Christ dont il est l’humble serviteur. Il n’est donc pas étonnant que, dans une culture largement