La primauté du successeur de Pierre trouve son origine dans les paroles du Christ au premier des Apôtres. Le canon du Nouveau Testament a recueilli et transmis la foi de l’Eglise apostolique qui témoigne de la place de Pierre dans le groupe des douze apôtres avant Pâques et du rôle de Pierre à la tête de l’Eglise de Jérusalem, puis dans la mission et la construction de l’Eglise apostolique. Cette foi est normative. Elle affirme que Jésus-Christ a institué en Pierre un ministère de service de l’Eglise entière, destiné à se perpétuer dans toute son histoire. Ce ministère conforme étroitement l’Apôtre Pierre au Christ-fondation de son Eglise (Mt 16, 18) et Pasteur de son peuple (Jn 21, 15-17), chargé de confirmer ses frères dans la foi (Lc 22, 31-32). Si tous les Douze sont envoyés en mission, seul Pierre reçoit un mandat particulier par rapport au gouvernement et au magistère de tout le troupeau du Christ.
La fonction spécifique de Pierre est liée à la structure de l’Eglise. Elle est donc destinée à se perpétuer avec elle. L’Eglise ancienne a montré très tôt qu’elle considérait la cathedra ou chaire épiscopale de l’Eglise de Rome comme léguée par Pierre aux évêques de cette ville. A partir de la fin du IIème siècle, les évêques de Rome invoquent ces paroles pour faire prévaloir dans l’ensemble de l’Eglise la tradition apostolique de l’Eglise romaine, Eglise apostolique par excellence, selon Irénée de Lyon. Les paroles primatiales de Jésus à Pierre sont interprétées par Tertullien (vers 200) et Cyprien (vers 250) comme instituant Pierre à l’origine du ministère épiscopal et garantissant l’unité de l’épiscopat. A la fin du IIIème siècle, il paraît admis en Orient comme en Occident qu’il est nécessaire de prendre l’avis autorisé de l’évêque de Rome dans les questions de foi.
Le passage au christianisme de l’empereur romain et la fondation de Constantinople comme « nouvelle Rome » entraîne l’émergence d’un nouveau centre de polarisation ecclésial. L’empereur jouera un rôle décisif dans la résolution des questions dogmatiques qui divisent l’Eglise orientale du IVème au IXème siècle.
Il convoque les conciles et leur donne force de loi. L’intervention des papes de Rome dans les conciles œcuméniques n’est souvent sollicitée que lorsque les mécanismes du césaro-papisme byzantin sont inaptes à résoudre les dissensions, comme à Chalcédoine (451), à Constantinople III (681) et à Nicée II (787). Le recours au principe pétrinien contre les déviations du principe impérial permet alors de sauver la foi orthodoxe, lorsque le pouvoir impose des formules de foi arianisantes contre Nicée, des confessions pro-monophysites contre Chalcédoine ou la doctrine iconoclaste avant et après Nicée II. Sous la tutelle impériale, l’Orient envisage la régulation doctrinale de l’Eglise comme une « symphonie » des sièges patriarcaux, dont celui de Rome ne serait que le premier par l’honneur.
Dans la lutte pour l’intégrité de la foi apostolique et de la communion ecclésiale, face aux invasions en Occident et à la prépondérance impériale sur l’Eglise d’Orient, la papauté romaine est amenée, au Vème siècle, à développer une doctrine cohérente de la primauté du successeur de Pierre. Avec le Pape Léon Ier le Grand (440-461) cette doctrine atteint un degré élevé d’élaboration. Le Pape romain est, selon lui, l’héritier des prérogatives que Pierre a reçues du Christ. Il est appelé à exercer au service de l’Eglise entière une mission pastorale sur le modèle de Pierre dans l’Eglise apostolique. De même que Pierre a été étroitement associé au Christ, tête du Corps de l’Eglise, de même le Pape est la tête des autres pasteurs. Sa sollicitude pour toutes les Eglises est exprimée en termes juridiques empruntés au droit romain (principatus, potestas). Ce pouvoir n’est pas de type patriarcal. Il n’a pas de limite territoriale. Il s’exerce au service de l’unité de la foi et la défense de la liberté de l’Eglise entière.
Le rôle