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Le chant grégorien
Signe et témoignage de la foi dans sa relation avec le très Saint-Sacrement de l'Autel
Jan Boogaarts

Quand on se salue, on se serre la main. Ce geste n’a pas un but matériel, c’est un signe matériel qui a une signification immatérielle. L’homme étant composé d’un corps et d’une âme, fait de matière et d’esprit, notre vie en société est toujours déterminée par deux types de formes : les unes servent à la conservation de notre existence physique, les autres sont simplement porteuses de signes pour des valeurs et concepts immatériels, par lesquels s’exprime notre conscience et qui rendent possible une communication au niveau intellectuel. De même que l’âme de l’homme n’est connaissable que par sa corporalité, des valeurs spirituelles et intellectuelles ne peuvent se transmettre que par des signes concrets, sensibles, matériels.

On pourrait qualifier de «fonctionnelles» les formes de la première catégorie, qui servent à conserver la vie physique, et nous appellerons «signifiantes» celles de la seconde, qui sont porteuses de signes pour des valeurs immatérielles, les signa sensibilia.1

L’être humain présente une unité de corps et d’âme : aussi, contrairement au monde des formes purement naturelles, les formes fonctionnelles sont-elles reconnaissables comme formes humaines en tant qu’elles possèdent, à un certain degré, une capacité d’expression intellectuelle — il s’agit de tout ce qui relève des besoins vitaux : manger, boire, s’habiller, se loger. Les formes signifiantes, elles, ne peuvent être porteuses de signes pour des valeurs immatérielles que pour autant qu’elles soient dépouillées de leur fonctionnalité originelle. Dès lors qu’elle n’est plus affectée à son usage normal, une forme fonctionnelle expressive peut être élevée au rang de forme signifiante. Il y a une différence entre faire une génuflexion en signe de révérence et plier le genou pour ramasser un mouchoir. De même, on ne ferme pas sa veste avec une broche d’apparat. 

Les formes fonctionnelles doivent nécessairement posséder d’autres propriétés encore. Ces formes sont le fruit de traditions séculaires qui ne peuvent donc pas être adoptées du jour au lendemain.

 Une société hautement développée connaît beaucoup de formes signifiantes, souvent complexes. Si elle veut maintenir son niveau culturel, elle doit, dans l’éducation qu’elle donne aux enfants, veiller très soigneusement à leur apprendre à manipuler ces formes et surtout à saisir leur signification immatérielle, ce qui sera d’autant plus aisé que la forme visible utilisée sera de qualité. Une autre spécificité remarquable des formes signifiantes est qu’elles permettent, non seulement de transmettre à autrui des biens intellectuels ou spirituels, mais aussi d’aider celui qui les utilise en pratique à approfondir la conscience qu’il a de leur finalité non matérielle. Enfin, il se peut qu’un rudiment de la forme fonctionnelle originelle soit suffisant pour être en lui-même porteur de signe : une simple poignée de main au lieu d’une accolade, un obélisque au lieu d’une maison complète. La condition sine qua non est que la fonctionnalité originelle ait disparu. Quand on porte un toast, on lève son verre et on se contente d’y tremper les lèvres, on n’étanche pas sa soif.

La liturgie

 Dans la liturgie, on n’utilise que des formes signifiantes. Ce ne sont pas les formes signifiantes que connaît la société et qui servent à la communication entre les hommes ; ce sont des formes matérielles — en quelque sorte suprasignifiantes — qui sont porteuses de signes pour la communication de l’esprit humain avec l’Etre absolument immatériel, avec l’Esprit qui est dans tous les temps et hors du temps, avec Dieu, que nous honorons dans la liturgie.2 

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