LA PAIX a été annoncée par les anges à la naissance de Jésus : « Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime» (Le. 2,14). Jésus est le « Prince de la Paix » (is. 9,5), le Rénovateur universel, l'équilibre du monde, celui des âmes, celui des peuples, celui des sociétés. Nul ne possède la paix hors du Christ. Après sa Résurrection, Jésus déclare à ses apôtres : « La Paix soit avec vous ». Le Christ est «notre paix», dit saint Paul (Eph. 2,14). Il répand en nous son Esprit, dont un des fruits est la paix (cf. Gai. 5.22). L'Évangile du Seigneur est le véritable traité de Paix des hommes avec Dieu et des hommes entre eux. La demeure de la paix est d'abord dans le cœur des hommes.
La Paix du Christ dans les âmes
La Paix intime de l'âme est la présence d'amour de Dieu, répondant à l'absence de notre égoïsme et à la donation de tout notre être au Seigneur.
L'humilité est source première de paix. Elle met l'âme à sa vraie place, qui est de donner au Seigneur toute place en elle. Là ou est le Christ, là est la paix du cœur. C'est le souhait de l'apôtre saint Paul : « Que la paix du Christ règne dans vos cœurs » (Col. 3,15).
La paix est l'effet propre de la charité qui s'étend à • Dieu et au prochain. En parlant de paix, il convient de souligner son élément actif, car il ne s'agit pas d'une pure tranquillité égoïste. La paix est le repos d'un cœur en perpétuelle activité de don. Se reposer pour l'amour, c'est se donner pour s'unir à Dieu, et pour unir les cœurs des hommes au Divin Cœur. « Avoir la paix, c'est aimer », dit saint Augustin.
Nous trouverons encore la paix dans l'obéissance, dans l'accomplissement de la Loi du Seigneur, dans la conformité de notre volonté à la Volonté de Dieu, dans la recherche du Bon Plaisir Divin, dans la confiance au Seigneur, dans l'abandon à sa Divine Providence, dans l'assurance de son Amour reconnu à travers tout, spécialement la souffrance qui nous conforme plus intimement à son Cœur de Rédempteur : « Je vous donne ma paix, dit Jésus ; Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn. 14,27). « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn. 15,20).
En définitive, la paix est toujours le fruit du triomphe de l'amour sur l'égoïsme. Le grand fruit de la paix est le bonheur d'appartenir à la Famille divine, d'être enfant du Père céleste, d'être aimé par Lui d'un, amour tout paternel, et en retour d'avoir pour Lui un cœur tout filial, en communion avec le Cœur du Christ. Nous devons aimer la paix, et travailler à l'établir en nous et autour de nous.
La Paix du Christ entre les hommes
La paix du Christ peut régler toutes les relations humaines, parce qu'en tout premier lieu elle règle les relations avec Dieu. La paix est l'ordre par rapport à Dieu et par rapport aux hommes. « C'est en toute vérité qu'on la définit 'œuvre de justice' (cf. is. 32,17). Elle est le fruit d'un ordre inscrit dans la société humaine par son Divin Fondateur, et qui doit être réalisé par des hom-
mes qui ne cessent d'aspirer à une justice plus parfaite. En effet, encore que le bien commun du genre humain soit assurément régi dans sa réalité fondamentale par la Loi éternelle, dans ses exigences concrètes, il est pourtant soumis à d'incessants changements avec la marche du temps. La paix n'est jamais chose acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire » (Vat. Il).
Ce qui est indispensable à la construction de la paix, c'est : La reconnaissance mutuelle des personnes et des peuples, le respect de la dignité de tous, la communication des biens et richesses matériels et spirituels, la pratique assidue de la fraternité et de la bonté. « Ainsi, la paix est-elle aussi le fruit de l'amour qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter » (Vat. Il).
Chaque jour, les hommes doivent agir pour la Paix, dans le respect de l'ordre établi par Dieu, « ordre qui repose sur la vérité, se construit selon la justice, reçoit de la charité sa vie et sa plénitude, et s'exprime efficacement dans la liberté» (JeanXXlIl). «Heureux les artisans de paix, dit Jésus, car ils seront appelés fils de Dieu» (Mi. 5.9).
LA JOIE
Dieu est la Joie, la Béatitude, la plénitude de la Vie. C'est pour partager son Bonheur qu'il nous a créés et qu'il nous a donné son Fils. A la naissance de Jésus, l'ange dit aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple : II vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Messie Seigneur, dans la ville de David» (Le. 2,10-11). Jésus «est l'Agneau véritable qui a enlevé le péché du monde : en mourant, II a détruit notre mort, en ressuscitant, II nous a rendu la vie. C'est pourquoi, le peuple des baptisés, rayonnant de la joie pascale, exulte par toute la terre » (Préface de Pâques).
« Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous », déclare saint Paul (Phil. 4.4). « Acclamez le Seigneur, terre entière, dit la psal-miste, servez le Seigneur dans l'allégresse, allez à Lui avec des chants de joie... Oui, le Seigneur est bon, éternel est son Amour, sa fidélité demeure d'âge en âge » (Ps. 99.1-5). La joie est un des fruits de l'Esprit Saint (cf. Gai. 5.22).
Le Seigneur désire nous communiquer la plénitude de sa joie (cf. Jn. 15.11 ; 17,13 ; 16,24). Sur le passage de la terre, II a voulu laisser, par sa Présence eucharistique, des oasis de joie. L'hostie est le Pain du bonheur. Le Cœur de Jésus est le Cœur tout heureux de faire des heureux.
La joie de l'homme, comme celle de l'ange, c'est d'être avec Dieu. Le secret de la joie est dans la communion : la communion d'amour avec notre Dieu, la communion de charité avec nos frères. La joie véritable ne consiste pas à jouir, mais à réjouir, à donner joie à notre Dieu, joie de glorification ; à donner joie à nos frères, joie de Rédemption. Mettons notre joie à servir le Seigneur, à l'aimer et à le faire aimer autour de nous.
« La joie pascale est la marque de la spiritualité chrétienne. Ce n'est pas de l'insouciance, mais une sagesse alimentée par les trois vertus théologales. Il ne s'agit pas d'une joie extérieure et bruyante, mais d'une joie née de raisons intérieures profondes. Elle n'est pas abandon au plaisir des passions instinctives et incontrôlées, mais vigueur de l'esprit qui sait, qui veut, qui aime. C'est le tressaillement de joie pour la vie nouvelle, qui saisit à la fois le monde et l'âme » (Paul VI).
Mais, comment harmoniser la souffrance et la joie ? « Dans la vie chrétienne, dit Paul VI, les deux moments, celui de la souffrance et celui de la joie, peuvent se superposer, se confondre en quelque sorte. Saint
Paul l'affirme dans cette phrase : 'Je surabonde de joie dans toutes nos tribulations' (2 Cor. 7,4). Joie et douleur peuvent cohabiter. C'est l'un des signes les plus intéressants, les plus complexes de la psychologie du chrétien ; c'est comme s'il vivait, et en réalité il vit, une double vie : la sienne, humaine, terrestre, en proie aux adversités, et celle du Christ qui a été réellement placée en Lui dès le début. « Je vis, mais ce n'est plus moi, dit l'apôtre, c'est le Christ qui vit en moi' (Gai. 2,20). Et le Christ, ne l'oublions pas, c'est la Joie ». « Frères bien-aimés, dit saint Pierre, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse »(l P. 4,13).
Même dans les épreuves et les larmes, sachons garder un front serein. « II ne faut pas, dit saint Paul, que vous vous désoliez comme les autres, qui n'ont pas d'espérance» (Thés. 4,13). Il y a des larmes qui adoucissent l'amertume, et qui sont bonnes. Mais, il y a aussi le sourire qui fleurit sur les lèvres de personnes qui souffrent, et qui est bien plus méritoire. Le sourire et la douceur perfectionnent les dons, si coûteux soient-ils. « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Cor. 9,7).
La joie divine que rien ne peut ravir, on la possède lorsqu'on s'est entièrement délivré de soi-même. Le sacrifice de soi est la seule condition qui permette d'acquérir la joie du Christ, intime et profonde, comme un ciel anticipé. Aujourd'hui le bonheur des justes, harmonisés à Dieu, n'est qu'un avant-goût, un gage. Mais, un jour, le Seigneur les fera entrer dans le Royaume du ciel, où ils partageront le festin des élus, dans la charité et la joie éternelles.