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La pauvreté évangélique
M. l'abbé Francis Paul Cappiello

Les merveilles de son amour miséricordieux

Nous devons considérer les choses créées comme des dons de Dieu, et honorer les valeurs humaines. « Rache­té par le Christ et devenu une nouvelle créature dans l'Esprit Saint, l'homme peut et doit, en effet, aimer ces choses que Dieu Lui-même a créées. Car c'est de Dieu qu'il les reçoit. Il les voit comme jaillissant de sa main et les respecte. Pour elles, il remercie son Divin Bienfai­teur, il en use et il en jouit dans un esprit de pauvreté et de liberté. Il est alors introduit dans la possession véri­table du monde, comme quelqu'un qui n'a rien et qui possède tout. 'Car tout est à vous, (dit saint Paul), mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (i Cor. 3,22-23 :Vat. II).

Les hommes sont appelés à faire progresser les biens créés à travers le travail, à travers la technique et la cul­ture profane. La nécessité des biens économiques est imposée par notre nature humaine qui, ici-bas, a besoin de nourritures matérielles (cf. Mt. 6,11 et 32 ; Le. 11,3) ; par le devoir de faire fructifier les talents (Mt. 25,15), et de procurer aux autres les moyens de vivre et de prospérer (Mt 20.6).

L'homme peut bien user ou mal user des biens créés, des richesses. Saint Thomas d'Aquin enseigne que « les créatures par elles-mêmes n'éloignent pas de Dieu, mais conduisent à Lui... Si elles éloignent de Dieu, la faute en est à ceux qui s'en servent d'une façon dérai­sonnable ». Et ce qui est dit des créatures en général, doit être dit en particulier des richesses. C'est l'usage qu'on en fait qui les classe comme bonnes ou mauvai­ses.

Jésus nous met en garde contre les dangers du mau­vais usage des richesses. « Ne vous amassez pas de tré­sors sur la terre, ou la rouille et les vers détruisent, ou les voleurs percent les murs et emportent. Amassez-vous des trésors dans le ciel... Là ou est ton trésor, là aussi est ton cœur» (Mt. 6.19-20). «Gardez-vous avec soin de toute cupidité, car au sein même de l'abondan­ce, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens ». 

Jésus raconte alors la parabole d'un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Et cet homme se disait : « Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête ». Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l'aura ? » Ainsi en est-il de celui qui thé­saurise pour lui-même, au lieu de s'enrichir en vue de Dieu » (Le. 12,15-21). « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien, il haïra l'un, et il aimera l'autre ; ou bien, il s'attachera à l'un, et il méprisera l'autre. Vous ne pou­vez servir Dieu et l'Argent » (Mt. 6,24). L'argent peut être un bon serviteur, mais il est toujours un mauvais maître. Il faut s'en servir dans un esprit de pauvreté et de liberté.

L'esprit de pauvreté. L'Évangile nous parle d'un esprit de pauvreté, c'est-à-dire d'une pauvreté qui se situe au niveau du cœur, indépendamment des conditions économiques et sociales de chacun. « Heu­reux les pauvres en esprit, dit Jésus, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt. 5,3). Les pauvres en esprit sont ceux qui ne s'attachent pas d'une manière désordonnée aux biens terrestres.

« La pauvreté évangélique est la prise de conscience de l'insuffisance humaine et du besoin de Dieu qui en découle. C'est le désaveu de la primauté de l'économie et de la capacité des biens temporels à satisfaire le cœur de l'homme. C'est le renoncement à chercher en ce monde la fin de notre destinée et le salut... C'est la sagesse qui nous prémunit contre l'illusion de la fièvre de l'or et de la puissance » (Cardinal Montini).

La pauvreté est une « libération, une invitation à une vie nouvelle et supérieure, dans laquelle les biens de l'es­prit, et non les terrestres, ont le primat. C'est la condition meilleure pour entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Mt. 5,3). C'est 

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