Nous devons considérer les choses créées comme des dons de Dieu, et honorer les valeurs humaines. « Racheté par le Christ et devenu une nouvelle créature dans l'Esprit Saint, l'homme peut et doit, en effet, aimer ces choses que Dieu Lui-même a créées. Car c'est de Dieu qu'il les reçoit. Il les voit comme jaillissant de sa main et les respecte. Pour elles, il remercie son Divin Bienfaiteur, il en use et il en jouit dans un esprit de pauvreté et de liberté. Il est alors introduit dans la possession véritable du monde, comme quelqu'un qui n'a rien et qui possède tout. 'Car tout est à vous, (dit saint Paul), mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (i Cor. 3,22-23 :Vat. II).
Les hommes sont appelés à faire progresser les biens créés à travers le travail, à travers la technique et la culture profane. La nécessité des biens économiques est imposée par notre nature humaine qui, ici-bas, a besoin de nourritures matérielles (cf. Mt. 6,11 et 32 ; Le. 11,3) ; par le devoir de faire fructifier les talents (Mt. 25,15), et de procurer aux autres les moyens de vivre et de prospérer (Mt 20.6).
L'homme peut bien user ou mal user des biens créés, des richesses. Saint Thomas d'Aquin enseigne que « les créatures par elles-mêmes n'éloignent pas de Dieu, mais conduisent à Lui... Si elles éloignent de Dieu, la faute en est à ceux qui s'en servent d'une façon déraisonnable ». Et ce qui est dit des créatures en général, doit être dit en particulier des richesses. C'est l'usage qu'on en fait qui les classe comme bonnes ou mauvaises.
Jésus nous met en garde contre les dangers du mauvais usage des richesses. « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, ou la rouille et les vers détruisent, ou les voleurs percent les murs et emportent. Amassez-vous des trésors dans le ciel... Là ou est ton trésor, là aussi est ton cœur» (Mt. 6.19-20). «Gardez-vous avec soin de toute cupidité, car au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens ». Jésus raconte alors la parabole d'un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Et cet homme se disait : « Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête ». Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l'aura ? » Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s'enrichir en vue de Dieu » (Le. 12,15-21). « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien, il haïra l'un, et il aimera l'autre ; ou bien, il s'attachera à l'un, et il méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent » (Mt. 6,24). L'argent peut être un bon serviteur, mais il est toujours un mauvais maître. Il faut s'en servir dans un esprit de pauvreté et de liberté.
L'esprit de pauvreté. L'Évangile nous parle d'un esprit de pauvreté, c'est-à-dire d'une pauvreté qui se situe au niveau du cœur, indépendamment des conditions économiques et sociales de chacun. « Heureux les pauvres en esprit, dit Jésus, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt. 5,3). Les pauvres en esprit sont ceux qui ne s'attachent pas d'une manière désordonnée aux biens terrestres.
« La pauvreté évangélique est la prise de conscience de l'insuffisance humaine et du besoin de Dieu qui en découle. C'est le désaveu de la primauté de l'économie et de la capacité des biens temporels à satisfaire le cœur de l'homme. C'est le renoncement à chercher en ce monde la fin de notre destinée et le salut... C'est la sagesse qui nous prémunit contre l'illusion de la fièvre de l'or et de la puissance » (Cardinal Montini).
La pauvreté est une « libération, une invitation à une vie nouvelle et supérieure, dans laquelle les biens de l'esprit, et non les terrestres, ont le primat. C'est la condition meilleure pour entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Mt. 5,3). C'est l'initiation, non à la misère, non à la paresse, non à l'incompréhension du monde qui peine et travaille, qui construit et progresse, mais à l'amour. Pour aimer, il faut donner. Pour donner, il faut être affranchi de Pégoïsme, il faut avoir le courage de la pauvreté (Paul VI).
Le Royaume de Dieu est la seule réalité vraiment absolue, à laquelle tout doit être rapporté, et qui doit mesurer toutes choses. La hiérarchie des valeurs doit être respectée. « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice », dit Jésus (Mt. 6,33). C'est une question de priorité, de préférence, de référence.
La pauvreté de Jésus est essentiellement une appartenance au Père. La parole de Jésus la pus expressive de son esprit de pauvreté, se trouve dans sa Prière sacerdotale adressée à son Père : « Tout ce qui est à Moi est à Toi, et tout ce qui est à Toi est à Moi » (Jn. 17,10). Jésus est tout à son Père. Il est son Bien, sa Propriété, sa Richesse. Entre le Père et le Fils, il y a une appartenance mutuelle et éternelle.
Notre esprit de pauvreté doit être essentiellement une appartenance exclusive et totale au Christ, et par Lui, à la Trinité Sainte. L'âme vraiment pauvre est tout à Jésus. Elle est son bien, sa propriété, sa richesse.
La pauvreté matérielle volontaire. Afin de mieux ressembler au Christ, un grand nombre d'hommes et de femmes, dans l'Église, assument dans la liberté des fils de Dieu la pauvreté effective. Par cette pauvreté volontaire, ils deviennent participants de la pauvreté du Christ. « Vous connaissez la faveur que Notre Seigneur Jésus-Christ vous a faite, dit saint Paul. Il est devenu pauvre pour vous, Lui qui était riche, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Cor. 8,9 : cf. Mt. 8,20).
A un jeune homme riche qui cherchait la perfection, Jésus déclara : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, et donne-le aux pauvres : tu auras un trésor dans les cieux ; et puis viens, suis-moi » (Mt. 19.21). Certes, le Christ n'impose pas la misère. S'il y a une pauvreté évangélique, il y a aussi une pauvreté infra-humaine à laquelle il faut remédier. Notre Seigneur nous a enseigné à demander au Père céleste le pain dont nous avons besoin. Lui-même l'a multiplié pour rassasier la foule qui l'avait suivi. Lui-même a recommandé l'aumône qui est un remède à l'indigence. Et le Seigneur a reconnu dans l'activité qui tend à la récompense et au gain, la loi de la vie présente. Lui-même a été le Fils du charpentier.
L'état de pauvreté volontaire, choisi par des hommes et des femmes, est aussi une manifestation de solidarité et de fraternité envers les catégories sociales plus humbles. La pauvreté matérielle n'est pas présentée dans l'Évangile comme un bien en elle-même, mais comme le reflet, le signe d'une autre pauvreté, indispensable celle-là, la pauvreté en esprit, par laquelle on appartient tout entier au Christ.