1. "C'est le destin!"
"Arrive que pourra; on n'y peut rien ! " - Telle est la mentalité de beaucoup de gens; bon nombre de chrétiens même emploient des expressions semblables: le sort, le destin, le hasard ! On désigne par ces mots l'enchaînement aveugle et sans but des événements. On y découvre pourtant l'indication d'une puissance qui " destine ", qui nous " fait arriver par hasard " quelque chose. Chrétiens, nous ne voyons pas derrière notre destin le déroulement d'une chaîne aveugle de circonstances, mais le gouvernement de la Providence divine.
S'il y a un Dieu - et qui voudrait le nier ? - ce Dieu est un être intelligent, une personne spirituelle. Toutes les oeuvres révèlent en effet une vaste ordonnance et une intentionnalité unique. Lorsque nous disons que Dieu a créé le monde, cela ne veut pas dire que, son oeuvre achevée, Dieu s'en est désintéressé, qu'il en a abandonné la direction, qu'il laisse tout aller à vau-l'eau. Pour Dieu, d'ailleurs, le temps n'existe pas; pour lui notre "autrefois, aujourd'hui et demain" n'est toujours qu'un continuel présent. En ce sens, par conséquent, la création de l'univers est également constante. Dieu ne cesse d'être présent dans le monde. S'il ne le maintenait pas constamment dans l'être, s'il l'abandonnait un instant hors de sa volonté, le monde retomberait aussitôt dans le néant. Le monde n'est pas quelque chose de définitivement créé; le monde est constamment en devenir et en croissance.
La Providence signifie l'intérêt amoureux et constant que Dieu porte à son oeuvre. Pour lui, rien qui y soit insignifiant: sa sollicitude aimante embrasse " les lis des champs et les oiseaux du ciel " (Matth, VI, 26-28), il fait vivre et croître tous les êtres, "chacun selon son espèce". Mais l'homme est une créature spirituelle et, comme telle, une image de Dieu. Dieu le laisse contribuer à la formation de son destin par les décisions de sa libre volonté humaine.
Comment est-il possible que Dieu laisse l'homme agir à sa guise et que, finalement, Il accomplisse sa propre volonté, nous ne le comprenons pas (pas encore). L'homme modèle sa destinée, et pourtant Dieu (pour qui il n'y a ni passé ni avenir mais un complet et éternel présent) inclut toutes choses dans son plan éternel. , comme disait Claudel, il dirige tout pour le mieux.
2. Pourquoi prier ?
Si Dieu sait tout et a tout prévu de toute éternité, à quoi sert de prier ?
Qui parle ainsi n'a pas compris ce qu'est "la prière". "La prière est une élévation de notre coeur vers Dieu ", disait le vieux catéchisme. Dieu est le Maître. Il est la réalité: " En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être " (Act, XVII, 28). La prière est comme une sorte de respiration spirituelle. "Nous devons aspirer et expirer Dieu. Trouver Dieu en toutes choses et communiquer Dieu à tous.Rayonner la présence de Dieu. " Prier, c'est vivre de Dieu, agir avec Dieu (dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es). L'homme qui prie devient semblable à Dieu. Il est proche de Dieu. "L'homme qui ne prie pas est un animal ou un démon." (Ste Thérèse d'Avila.) "Qui prie se sauve certainement; qui ne prie pas va certainement à sa perte. Tous les élus, les petits enfants exceptés, ne sont arrivés au ciel que grâce à la prière; tous les damnés ne sont allés en enfer que parce qu'ils n'ont pas prié. " (St Alphonse de Liguori.)
Prier ne consiste donc pas seulement à parler: "Si tu veux prier, que ton coeur te précède et que ta vie suive; ta bouche ne peut que s'adjoindre) (Mgr Sailer).
C'est à cette prière sortie du coeur, de la vie, " sans relâche " (I Thess, V, 17) que s'adresse la promesse du Christ: " En vérité, en vérité je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom " (Jean, VI, 23).
Bien prier consiste à prier dans l'esprit et au nom du Christ, dans l'esprit du " Notre Père ": Que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite !"
La bonne prière ne dit pas: " Je, je !... " Elle ne prescrit pas à Dieu ce qu'il doit faire. Si Dieu disait à l'homme : "Que ta volonté soit faite et non le mienne", ce serait l'enfer. Une prière qui veut seulement " avoir ", une prière toujours préoccupée de savoir si elle va être exaucée, et, comme un automate, aboutir aussitôt au résultat, est infructueuse. Pareille prière ne sert réellement à rien. " Ta prière est quelquefois restée sans effet, parce que tu as mal prié. Soit que tu l'aies fait sans foi ni confiance; soit que tu aies demandé des choses inutiles à ton salut, ou, finalement, que tu aies manqué de persévérance. " (St Blaise.) On lit déjà dans le Nouveau Testament: "Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal " (Jacq, IV, 3).
Prier signifie: se mettre d'accord avec la volonté de Dieu, s'unir aux intentions de Dieu. " O Dieu, retirez-moi tout ce qui m'empêche d'être à vous; accordez-moi tout ce qui mène à vous ", implorait le bienheureux Nicolas de Flue.
3. Mais la souffrance et le mal dans le monde !...
a) " On ne peut nier qu'il y a beaucoup de souffrance et de misère dans le monde. Il est difficile avec cela de croire à la main dirigeante d'un Dieu sage et aimant. A bien considérer les choses, on a grand-peine à y découvrir toujours un sens. "
Partons d'abord de cette idée que Dieu a fait don a l'homme du libre arbitre et qu'il prend cette liberté au sérieux. L'homme peut faire le bien mais aussi le mal. Le mal ne vient pas de Dieu, car au début de la création tout était "très bien"; mais le mal est une chose possible, liée à la liberté humaine. Si Dieu attend en réponse à son amoureux appel le "oui" amoureux et libre de l'homme, il peut aussi s'attendre que l'homme se refuse à cette réciprocité, qu'il lui oppose un "non" indifférent ou rebelle. Combien d'hommes abuseraient de leur liberté, Dieu le savait, mais un monde de marionnettes n'eût guère valu la peine d'être créé.
Satan mit dans la tête de nos premiers parents qu'ils pouvaient être leurs propres maîtres et devenir heureux sans Dieu. "De cette folle entreprise découle presque tout ce que nous appelons l'histoire de l'humanité: l'argent, la pauvreté, l'ambition, la guerre, la prostitution, les classes, la domination et l'esclavage, la longue et terrible aventure de l'homme à la recherche de quelque chose d'autre que Dieu pour y trouver le bonheur. " (C. S. Lewis.) "Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a envahi tous les hommes, parce que tous ont péché... " (Rom, V, 12.) C'est ainsi que depuis le "non" premier de nos premiers parents, la malédiction de la faute originelle pèse sur l'humanité et que toute créature "gémit dans les douleurs de l'enfantement " (Rom, VIII, 22).
b) Quant à savoir pourquoi Dieu permet la souffrance et le mal, même chez les innocents et jusque dans son Eglise (et pourquoi il ne l'empêche pas), nous ne pouvons, hommes, omettre de considérer le tout, l'éternité. Dans cette vision totale, la douleur dans la vie humaine et dans la marche des événements n'apparaît pas dépourvue de sens (comparer le dessus et le dessous du tapis). les volontés de Dieu selon nos vues humaines. Dieu, dans sa sagesse, se sert assez souvent de moyens et de procédés qui nous sont incompréhensibles. Pauvres esprits humains, comment voulons-nous mieux comprendre la direction de l'univers que le Dieu sage qui l'a créé ? " (St Augustin). Le fait demeure que Dieu peut tout employer pour le bien et que " Dieu fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l'aiment " (Rom, VIII, 28). Même la souffrance. En un certain sens Dieu veut la souffrance. La souffrance nous purifie. " Ainsi seulement votre foi sera éprouvée et trouvée plus précieuse. " (I Pierre, I, 7.) Tant il est vrai que "le Seigneur corrige celui qu'il aime." (cf Hébr, XII, 6-11)
Nous pouvons aussi accepter la souffrance en esprit de pénitence pour nos propres fautes ou pour l'expiation des fautes du prochain. L'Eglise achève dans la souffrance la Passion du Christ (Col, I, 24). Le Christ a suivi volontairement et librement cette voie (cf Phil, II, 5-9). " Ne fallait il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " (Luc, XXIV, 26.) Ainsi en est il pour les disciples du Christ: qu'il prenne sa croix et me suive ! " (Matth, XVI, 24). " J'estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit se révéler en nous. " (Rom, VIII, 18.) Et le Christ nous a laissé cette promesse: "Votre tristesse se changera en joie " (Jean, XVI, 20). L'Apocalypse nous décrit cette magnificence et ce bonheur, et nous dit à propos de la souffrance: "Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux; il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus de deuil, ni gémissement, ni douleur, car le premier monde aura disparu " (21).
"Rien n'est isolé dans ce monde ni dans l'autre. Le courant électrique de la solidarité fait frémir toute la chaîne des êtres à chaque vibration du moindre anneau. Tout donne et tout reçoit. Tout agit et tout réagit."
"La prière affirme la misère, elle met l'homme à genoux. La prière est à la fois le cri de la détresse et l'hymne de la gloire. "
E. Hello.