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La Doctrine sociale sous l’angle de la Visitation
Cyril Brun
Historien, spécialiste de la Doctrine Sociale de l'Eglise

Source : Blog de Cyril Brun 12 décembre 2006

Les Restos du Cœur ouvrent ces jours-ci leurs portes. L’Armée du Salut fait à nouveau tinter ses clochettes dans nos rues. La trêve hivernale repousse à la saison prochaine les expulsions. Les conférences Saint Vincent de Paul relancent leur campagne pour lutter contre l’isolement. Avec l’approche de Noël, les initiatives de solidarité refleurissent. Noël, au-delà des croyances, reste cette période où  la souffrance paraît encore plus insupportable. On n’a pas le droit de souffrir pour Noël.
         
          La magie de Noël semble chaque année ouvrir les cœurs, ouvrir à l’autre. Il y aurait sans doute bien des choses à dire sur l’élan de générosité collectif qui se réveille à Noël. Il reste donc dans l’inconscient collectif quelque chose de la joie de Noël, comme si dans le fond de lui-même le monde entier ressentait, même de façon indicible que ‘le Seigneur vient.’ Et, incroyablement, cette inconsciente perception de la venue du Fils de Dieu, pousse l’homme vers son semblable plus démuni, plus faible, comme Marie vers Élisabeth. En ce temps de solidarité, d’ouverture des cœurs et dans la suite illustrée de la lettre de la semaine dernière, je vous propose un temps d’arrêt sur ‘La Visitation’.

          L’Évangile selon saint Luc est le plus marial des Évangiles. Il est aussi celui qui insiste le plus sur l’enfance de Jésus et la mission de  Jean-Baptiste. Le premier chapitre, où se situe le passage de la Visitation est un parallèle entre la vie du Sauveur et la vie du Précurseur. Il est très intéressant de voir que c’est au moment où naît Jésus que Luc fait commencer la vie cachée du Baptiste. ‘Il faut que je diminue et qu’il grandisse’. C’est bien le message clef de la vie de  Jean-Baptiste et de tout chrétien. Ce n’est pas pour rien que l’évangéliste historien qu’est Luc commence son Évangile avec Jean-Baptiste. Jean-Baptiste représente le monde ancien qui s’achève. Il est membre de la tribu de Lévi, donc de la tribu des prêtres du Seigneur. Or dans l’Ancienne Alliance le culte rendu au Temple par les prêtres est central. C’est l’origine de la libération du peuple hébreu : aller rendre un culte au Seigneur dans le désert. Avec Jean-Baptiste c’est le sacerdoce ancien qui s’efface devant l’unique Grand Prêtre qui vient. Le Christ tant attendu des juifs ne vient pas abolir le monde ancien, mais l’accomplir, le transcender. C’est le sens de la visite de Marie à Élisabeth. Les deux mondes ne s’opposent pas, mais se rejoignent et c’est pour l’Ancienne Alliance l’accomplissement tant attendu, d’où la joie de Jean dans le ventre de sa mère, d’où le Benedictus du père de Jean à sa naissance : « Béni soit le Seigneur car il a visité son peuple » La Visite de Marie à Élisabeth est immédiate, dès la conception par l’Esprit Saint. Le Christ, comme impatient, n’attend pas d’être né pour accomplir la mission que son Père lui confie, il va dès sa conception visiter son peuple.
            C’est triomphante ou fière que Marie aurait pu aller visiter sa cousine. Il n’en est rien, au contraire. C’est humblement et par obéissance à l’ordre de l’ange qu’elle se va non pour se faire vénérer ou pour faire adorer l’enfant qu’elle porte en elle, mais pour servir la femme stérile. Marie qui se reconnaît l’humble servante de son Seigneur devient la servante de sa cousine porteuse de l’Alliance ancienne. Elle qui porte la vie du monde à venir va s’abaisser à servir celle qui porte le monde ancien devenu stérile. Marie fait sienne, par son Fiat la mission de celui qu’elle porte. En visitant sa cousine, femme âgée issue du monde ancien, elle se met au service de ce monde ancien pour lui donner l’espérance et la vie. Elle aurait pu le détruire pour en finir avec lui, mais elle le sert pour lui rendre sa dignité 

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