christicity.com Editorial
Temporel et spirituel
Bruno Nougayrède
Journaliste, directeur du Forum Diffusion
La mise en place dans le diocèse de Toulon-Fréjus d’un observatoire socio-politique est sans conteste une grande première et démontre sans ambages l’intérêt porté par l’Église à la chose publique. C’est par l’intermédiaire de cet observatoire qu’a pu être publiée une note « critique » sur l’usage fait par l’Association Française contre les Myopathies des dons collectés lors du Téléthon. C’est indirectement grâce au travail réalisé par cet observatoire que plusieurs évêques français – on citera Mgr Catenoz, Mgr de Germigny et Mgr Vingt-Trois – ont pu réagir à leur tour sur cette question bioéthique cruciale.
Ont ne peut donc que se féliciter d’une pareille entreprise. En effet il est plus que jamais nécessaire que l’Église, par la voix de ses évêques, s’exprime sur les questions politiques. Si Jean-Paul II avait pu présenter la doctrine sociale de l’Église comme étant partie intégrante de la théologie, et par là même « réservée » aux seuls croyants, Benoît XVI a mis en avant dès sa première encyclique le lien entre doctrine sociale de l’Église et loi naturelle. Ce faisant il place la parole politique de l’Église au cœur même de la vie de toute la cité.
Reste alors à déterminer quelle doit être la parole de l’Église dans ce domaine. Deux textes de références, le Compendium de doctrine sociale de l’Église et la Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 2003, fournissent assurément le canevas de l’intervention des catholiques dans le débat public. Par exemple la note doctrinale rappelle une série d’« exigences éthiques fondamentales auxquelles le catholique ne peut renoncer ». Et de citer pèle mêle, « les lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie » « le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain » « la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce » « la garantie de liberté d’éducation des enfants » « la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d’esclavage (que l’on pense par exemple à la drogue et à l’exploitation de la prostitution) » « le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun » ou encore « le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme ».
Sur toutes ses questions l’Église et les catholiques doivent exprimer une parole forte et sans compromis. Le monde a besoin des lumières de l’Église sur ces questions sensibles. Les réponses de l’Église, appuyées sur la loi naturelle et la révélation, s’adressent à la raison même de l’homme et se trouvent donc renforcées par cette cohérence interne qui les anime. D’autre part l’Église peut et doit parler au monde par ses actes. En effet, est-il possible aujourd’hui que l’Église en France refuse la loi Veil sur l’avortement sans que chaque évêque mette en place dans son diocèse une maison de la vie dans laquelle des filles en situation de détresse pourraient trouver un accueil et un soutien ? N’est-ce pas là le grand enjeu pour nos évêques et pour nous catholiques, que d’exprimer une parole forte sur les questions essentielles, et d’appuyer ces paroles par des actions considérées comme prioritaire dans la pastorale de l’Église.