Auprès d'un homme, la prière s'impose d'abord pour lui faire connaître le désir de celui qui prie et son indigence ; elle a ensuite pour but de fléchir, jusqu'à le faire céder, le cœur de qui l'on prie. Or, ces deux choses n'ont plus leur raison d'être quand la prière s'adresse à Dieu. Nous ne voulons pas, en effet, quand nous le prions, lui faire connaître notre indigence ou nos désirs : il connaît tout. Le Psalmiste dit en effet : Seigneur, devant toi se trouve placé tout mon désir. Et dans l'Évangile de saint Matthieu, nous lisons : Votre Père sait ce dont vous avez besoin. Il ne s'agit pas non plus, par des paroles humaines, d'infléchir la divine volonté jusqu'à lui faire vouloir ce qu'elle rejetait auparavant. Car il est dit au livre des Nombres : Dieu n'est point un homme pour mentir, ni un fils de l'homme, pour changer. - Il n'est pas sujet au repentir, ajoute le premier livre des Rois.
Si la prière est nécessaire à l'homme pour obtenir les bienfaits de Dieu, c'est qu'elle exerce une influence sur celui-là même qui l'utilise. Il doit en effet s'attarder à la considération de ses propres pauvretés et incliner son âme à désirer avec ferveur et dans un esprit filial ce qu'il espère obtenir par la prière. Il se rend par là même capable de le recevoir.
Une autre différence se remarque entre la prière adressée à Dieu et celle adressée à un homme. Avant de se disposer à cette deuxième, il faut déjà la familiarité qui donne accès auprès de celui que l'on prie. Tandis que prier Dieu, c'est aussitôt nous introduire dans son intimité ; car alors notre esprit s'élève jusqu'à lui, l'adore en esprit et en vérité.
Et ainsi, en cette familière amitié que produit la prière, s'ouvre la voie pour une prière plus confiante encore. D'où l'on dit dans le Psaume : « J'ai crié, - c'est-à-dire, j'ai prié avec foi - parce que vous m'avez exaucé ». On dirait que, reçu dans l'intimité divine par l'effet d'une première prière, il priait ensuite avec une confiance accrue.
Et c'est pourquoi, dans la prière adressée à Dieu, l'assiduité ou l'insistance dans la demande n'est pas importune ; au contraire, Dieu l'agrée. Car il faut toujours prier et ne pas se lasser, lisons-nous dans saint Luc. De là aussi, le Seigneur nous invite à la prière : Demandez et il vous sera donné ; frappez et l'on vous ouvrira.