La lettre apostolique du pape séduira d'abord par sa simplicité. Assurément Jean-Paul II livre ici l'un de ses secrets. Jamais sans doute texte pontifical n'avait adopté à ce point le ton d'une tendre confidence. A plusieurs reprises, le pape s'implique lui-même dans son texte, évoquant sa jeunesse, ses années de pontificat, sa pratique du Rosaire, prière merveilleuse qui est sa prière préférée. L'objectif de la lettre est clair : faire redécouvrir aux chrétiens, spécialement aux familles, la richesse de cette prière, facile et féconde, qui nous fait contempler le Christ avec le regard de Marie d'une manière adaptée à notre nature humaine.
Le Rosaire est une prière christologique
Tel est le cœur du message. Le Rosaire s'attache à contempler le visage du Christ. Son fruit est une parfaite assimilation au mystère du Christ. La méditation des mystères a pour but de le connaître Lui. Elle constitue, selon l'expression de Pie XII, « un résumé de l'Evangile ». Pour que cette formule trouve toute sa vérité, le pape juge opportun d'ajouter aux traditionnels mystères joyeux, douloureux et glorieux, les mystères lumineux (n° 19).
Il s'agit
1) du Baptême du Seigneur
2) de sa manifestation à Cana
3) de sa prédication du Royaume
4) de sa Transfiguration
5) de l'institution de l'Eucharistie (n° 20).
Ces mystères de la vie publique du Christ viennent donner une consistance plus nettement christologique encore à la récitation du Rosaire. On pourra les méditer particulièrement le jeudi (n°38).
Le Rosaire est une prière mariale
Réciter le Rosaire, c'est se mettre à l'école de Marie, modèle indépassable de contemplation. C'est porter sur le Christ le regard d'adoration, tour à tour interrogatif, pénétrant, douloureux, radieux, et ardent de la Vierge sur le mystère de son Fils. «Lorsqu'elle récite le Rosaire, la communauté chrétienne se met en syntonie avec le souvenir et avec le regard de Marie »(n°11).
Loin d'empêcher l'union immédiate des croyants à Jésus, l'action de la Vierge la favorise. Ce « principe lumineux » du Concile Vatican II, le pape en a fait la profonde expérience pour lui-même et propose à tous les chrétiens de la faire à leur tour. Il faut entrer dans ce chemin de Marie pour trouver une connaissance du Christ profonde et qui engage (n°24).
En outre, le Rosaire est à la fois méditation et supplication. Nous qui prions mal, nous aimons à faire passer notre prière entre les mains de Marie dans la certitude que son intercession maternelle est toute puissante sur le cœur de son Fils (n°16).
Le Rosaire est une prière de l'homme
Le Rosaire nous dévoile le mystère de l'homme qui ne s'éclaire que dans le mystère du Christ (n°25). Il utilise une méthode caractéristique fondée sur la répétition (n°26). Le soutien d'une méthode dans la vie spirituelle ne doit pas étonner, elle correspond à notre nature humaine. A l'heure où l'Occident cherche dans d'autres religions des techniques de méditation très en vogue, comment ne pas proposer la méthode toute simple du Rosaire, issue du meilleur de la tradition chrétienne et qui s'écoule au rythme de la vie humaine ? Jean Paul II décrit très concrètement la récitation du chapelet en ces différents éléments structurants (l'énoncé du mystère, la Parole de Dieu, le silence, le Notre Père, les dix Ave Maria, le Gloria etc...n°29-38). Or, jusque dans cet aspect technique, le Rosaire qui fait appel à la récitation, à la mémoire, à l'imagination, à la sensibilité, à la temporalité est une prière admirablement adaptée à la nature humaine.
La prière du Rosaire est particulièrement apte à porter la cause de la paix et celle de la famille. Il convient d'en faire une « pause priante » pour toute la famille. Est-il si sûr, comme on le dit trop facilement, que le chapelet est une prière peu adaptée au goût des jeunes ?(n°42) C'est à l'adresse des familles notamment que Jean Paul II conclut sa lettre en s'écriant : « Reprenez avec confiance le chapelet entre vos mains... que mon appel ne reste pas lettre morte ! »(n°43) L'année du Rosaire (octobre 2002-octobre 2003) ouvre un temps favorable pour que chacun puisse répondre à l'appel si pressant et bienfaisant du Saint-Père.