O cher et Saint Patriarche, je me réjouis de votre bonheur et de votre gloire: vous avez été rendu digne de commander comme Père à Jésus et de voir soumis à vos ordres Celui à qui le ciel et la terre obéissent! O bon Saint Joseph, vous avez eu un Dieu à votre service : à votre service j'entends me mettre moi aussi, vous obéir, vous rendre honneur, m'attacher à vous, comme à mon Maître. Je vous choisis aussi après Marie, pour mon principal avocat et protecteur. Chaque jour de ma vie, je vous le promets, je vous honorerai par quelque hommage spécial; chaque jour je viendrai me mettre sous votre sauvegarde. Acceptez-moi pour toujours parmi vos serviteurs et vos protégés. Par la joie que vous avez eue de vivre ici-bas en la société de Jésus et de Marie, je vous prie de veiller su moi toujours, au cours de mon existence terrestre; par l'assistance que Jésus et Marie vous donnèrent à votre mort, accordez-moi votre particulière assistance à l'heure de ma mort : faites ainsi que, mourant en votre compagnie et en celle de Marie et de Jésus, j'aille vous remercier en paradis, et, uni à vous, louer et aimer éternellement le bon Dieu. Ainsi soit-il.
Jésus-Christ, sur la terre, voulut accorder à Saint Joseph un honneur sans pareil en se soumettant à lui. Le Père éternel désigna Joseph pour le remplacer auprès de son Fils; et, dès lors, Jésus regarda Joseph comme son père, et lui témoigna, durant l'espace de trente ans, un respect filial, une filiale obéissance. Marie, de son côté, était soumise à Joseph et montrait un cordial empressement et une affectueuse déférence à lui rendre honneur et à lui complaire en tout. L'exemple de Jésus et de notre céleste Mère ne suffira-t'il pas à nous inspirer une tendre dévotion envers ce grand Saint?
Durant tout le temps que Jésus et Joseph vécurent ensemble, l'emploi de Saint Joseph fut de commander; l'emploi de Jésus, obéir. Jésus ne changeait de place, n'entreprenait une action quelconque, ne goûtait de nourriture, n'allait prendre son repos, que selon les ordres de Saint Joseph. Cette attitude humble et obéissante de Jésus met en relief la dignité du saint Patriarche : cette dignité l'emporte sur celle de tous les saints, la divine Mère exceptée. « Combien ne doit-il pas être honoré par les hommes, s'écrie le cardinal d'Ailly, celui que le Roi des rois a voulu combler d'une telle gloire! »
La dévotion à Saint Joseph vaut à une âme des faveurs insignes : Sainte Thérèse nous en donne l'assurance. Dès avant sa conversion totale à la sainteté, elle avait pris ce glorieux saint pour avocat, protecteur et père : il répondit à sa confiance par des marques visibles de sa bienveillance paternelle. « C'est une chose étonnante, dit-elle, que les grandes grâces dont Dieu m'a favorisée, que les périls, tant de l'âme que du corps dont il m'a délivrée, par l'entremise de ce bienheureux saint. Le Seigneur semble avoir donné grâces aux autres pour nous assister en tel ou tel besoin; mais Saint Joseph, je le sais par expérience, nous assiste en toutes nos nécessités...C'est ce qu'ont reconnu plusieurs personnes que j'avais engagées à l'invoquer, et il en est beaucoup maintenant qui, grâce à cette expérience, lui portent de la dévotion ».
Si parfaite et idéale que fût la sainteté de Joseph quand il devint l'époux de Marie, ce ne fut là pour lui qu'un point de départ. Quelle surabondance de grâce et d'amour divin n'a-t'il pas retirée des entretiens de sa sainte épouse, de sa constante cohabitation avec elle, des exemples éminents de vertu qu'elle lui donna! Une seule parole de Marie suffit à sanctifier Jean-Baptiste et à remplir Elisabeth de l'Esprit-Saint. Or, Saint Joseph, lui, vécut de longues années dans l'intimité de la Vierge bénie. Et son âme était si ouverte aux influences de la grâce, si avide de les recevoir, si généreuse à en profiter, et particulièrement désireuse de ressembler à Marie. L'histoire et l'expérience nous fournissent mille exemples de l'heureuse influence d'une femme vraiment fidèle à Dieu sur son mari : comment mesurer cette influence et ses admirables résultats, quand c'est Marie qui l'exerce et Joseph qui la reçoit?
Si Saint Joseph fut sanctifié en prévision et en conséquence de son union avec Marie, quels accroissements de grâce ne dut-il pas à sa mission de père nourricier de Jésus, et à son commerce habituel et prolongé avec ce Jésus, la sainteté même! Qui dira le mérite de ces trente années passées à servir le Fils de Dieu, à le nourrir, à l'assister; l'entraînement aux vertus, dans une âme aussi sainte que celle de Joseph, à la vue du divin Modèle; et, enfin, les effets de la reconnaissance de l'Homme-Dieu envers son bon père et son fidèle gardien? Jésus, auteur de la grâce, la donne à qui bon lui semble et dans la mesure qui lui plaît. S'il promet une récompense pour un verre d'eau donné en son nom, que n'a-t'il pas accordé à Saint Joseph qui le sauva des mains d'Hérode, le pourvut de vêtements et de nourriture, le porta tant de fois dans ses bras, l'entoura d'une si paternelle sollicitude!
La sainteté consiste, avant tout et essentiellement, dans l'amour de Dieu, dans l'amour de Jésus-Christ; les autres vertus sont les servantes et les filles de la charité. Or, combien Joseph aima Jésus! Sa principale mission sur la terre était de tenir lieu de père au Verbe incarné. Il est certain, dès lors, que Dieu lui donna, à l'égard de Jésus, un coeur vraiment paternel. Il aima Jésus comme un père aime son enfant, comme un père aussi bon et aussi saint pouvait aimer un enfant si aimable, et qui était en même temps son Dieu. La tendresse de Joseph pour Jésus épuisa la tendresse humaine des pères pour leurs enfants, et la dépassa, car Joseph trouvait, en la même personne du Verbe incarné son fils et son Dieu.
Par une révélation certaine et divine, à lui faite par l'Ange, Saint Joseph savait qui était cet enfant, cet adolescent, ce jeune homme, avec qui il avait le bonheur de passer sa vie; il savait que c'était le Fils de Dieu, fait homme pour l'amour de l'humanité, et particulièrement pour son amour à lui; que ce Fils de Dieu l'avait choisi, lui, entre tous, pour être son gardien; qu'il voulait être appelé son fils, le fils du charpentier Joseph; et, de ce fils, il recevait, à tout instant, des marques touchantes de respect, de soumission, de dévouement, de tendresse empressée. A ces considérations, à ce spectacle, quel incendie d'amour dans le coeur de Saint Joseph.
La longue familiarité amène souvent un refroidissement de l'affection; car, en vivant longtemps ensemble, les hommes arrivent à mieux connaître les défauts les uns des autres. Il ne pouvait en être ainsi pour Saint Joseph à l'égard de Jésus : plus il conversait avec lui, plus il en sondait les abîmes de perfection. Et son amour pour Jésus s'accroissait d'autant; sa sainteté aussi, puisqu'elle est tout entière dans l'amour. Ajoutons que la vie de Saint Joseph, en la présence et sous le regard de Jésus, fut une continuelle oraison, un enchaînement ininterrompu d'actes de foi, de confiance, d'amour, de résignation, d'offrande. Quels trésors de charité et de mérites accumulés ainsi, jour par jour, instant par instant!
Après Jésus, Marie fut l'objet du très pur, très angélique, très sanctifiant amour de Saint Joseph. Joseph avait le coeur d'un juste, un coeur qui obéissait en tout aux seules inspirations et impulsions de la vertu. Son devoir était d'aimer Marie, son épouse : il l'aima; et d'autant plus, que leurs âmes se réunissaient, dans le même culte pour la virginité, qu'ils aimaient l'un et l'autre dès ici-bas comme on aime au ciel, que leur croissante charité envers Dieu ajoutait sans cesse à leur mutuelle affection, et qu'ils avaient, pour très doux lien, Jésus, leur suprême amour à tous deux.