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Marie avait-elle besoin de recevoir l’Esprit Saint ?
M. l'abbé Hervé Benoît

Source : La Nef n°171 - mai 2006

L’Écriture Sainte l’atteste. La Vierge Marie, unie aux Apôtres et aux disciples dans la prière et l’attente du Saint Esprit, est bien présente au jour de la Pentecôte (Ac 1, 14 ; 2, 1). C’est aussi la dernière mention explicite de la Vierge Marie dans le Nouveau Testament, à l’instant même où naît l’Église. De savants commentateurs ont mis le doigt sur cette mystérieuse coïncidence (1), percevant que les deux naissances de Jésus, celle dans son corps de chair, celle dans son corps qui est l’Église, nécessitaient la présence de Marie. Mère de Dieu, ainsi que l’a affirmé le concile d’Éphèse, elle est aussi la mère de l’Église, comme l’a proclamée Paul VI. Certaines icônes de la Pentecôte montrent de façon suggestive comment, au moment de l’effusion de l’Esprit, la Mère de Dieu vient compléter le cercle des Apôtres, semblable à la clé de voûte qui verrouille l’arc gothique et lui donne toute sa solidité.
De l’Annonciation à la Pentecôte, « Marie réalise ainsi en plénitude sa mission maternelle ; elle n’est pas seulement mère parce qu’elle a mis au monde et nourri le Fils de Dieu ; elle est également mère parce qu’elle est “la Vierge faite Église” comme aimait à la saluer François d’Assise » (2). Admirons en passant l’audace fulgurante de l’expression franciscaine citée par le pape : Marie est « la Vierge faite Église ». La Vierge Marie préside à l’Église à naître, au milieu des enfants qui lui ont été confiés par Jésus à la croix, et à qui elle a été confiée.
Mais alors, de quelle nécessité parlons-nous ? Certainement pas d’une nécessité d’obligation. On n’imagine pas la Vierge Marie contrainte d’être présente au Cénacle ce jour-là. La seule nécessité qui la pousse est celle de l’obéissance au dessein de Dieu, de la parfaite cohérence de sa volonté à celle de Dieu. Marie se doit être là, au Cénacle, dans la droite ligne du « Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum » (Lc 1, 38). Elle reçoit le don du Saint Esprit afin que Jésus ressuscité puisse naître en chaque chrétien pour former en lui l’Église. Telle est la « nécessité » à laquelle elle se soumet : l’ordre éternel des choses voulu par Dieu pour le bien des hommes.
Il y a peut-être plus encore, comme le suggère le cardinal Journet (3). La présence de la Vierge Épouse à la Pentecôte est aussi le gage que le don de l’Esprit Saint ouvre déjà sur la Parousie. Dès à présent « la Bien-aimée du Christ, l’Épouse bénie [est] en marche vers l’égalité d’amour avec l’Époux ». Elle est aussi à la Pentecôte « Marie Porte du Ciel ».
Que la Vierge Marie nous aide, à la fête de la Pentecôte, lorsque se renouvellera en nous le don du Saint-Esprit, à accueillir ce don et à en vivre !
(1) Christoph Schönborn, Noël, quand le mythe devient réalité, Desclée, 1991, pp. 42-44.
(2) Jean-Paul II, Angélus du 9 juin 2003 en Croatie, citant saint François, Salutatio beatae Mariae virginis, 1.
(3) Cardinal Journet, Entretiens sur le Saint-Esprit, Parole et Silence, 1997, p. 60-61.