"Est-ce que cela regarde les prêtres?" C'est ce qui se dit toujours: " Que les prêtres restent à l'église à faire leurs prières. Pourquoi s'imaginent-ils qu'ils ont à dire leur mot partout et à fourrer leur nez partout ? " Mais il n'est pas rare d'entendre aussi, parfois des mêmes personnes en d'autres circonstances: " Qu'est-ce que fait donc l'Eglise ? Des grands discours ! Des cérémonies à grand fla-fla ! Elle ferait mieux d'entreprendre du pratique, de construire des habitations, d'aider les pauvres ! C'est cela la vraie religion ! Depuis deux mille ans qu'elle existe, qu'a-t-elle fait, L'Eglise ? Il reste toujours de la misère, il y a toujours des guerres sur la terre, et les gens ne sont pas devenus meilleurs ".
Où sont les coupables ?C'est curieux: la lutte dure depuis des siècles contre l'Eglise. On s'efforce de l'exclure de la vie sociale. "La religion est une affaire privée ", voilà ce qu'on a enseigné aux foules. " L'Eglise n'a rien à voir dans les choses séculières. " Mais les mêmes personnes qui veulent limiter la vie de l'Eglise autour de la chaire et à la sacristie se remettent à crier: "L'Eglise a trahi." Eh ! oui, nous n'ignorons pas, chrétiens, que nous avons failli de bien des façons. Nous ne voulons pas ergoter sur les pages tristes de l'Histoire de l'Eglise. Nous l'avouons; si l'Eglise avait été composée de saints, elle aurait certainement transformé le monde. En fait, le Christ a-t-il pu (ou voulu) annuler toute misère ? Parmi ceux qui crient si haut contre l'Eglise, n'y a-t-il pas beaucoup de baptisés qui ont trahi eux-mêmes en abandonnant la foi et en quittant l'Eglise ? A la place où ils s'insurgent actuellement contre l'Eglise, ils auraient eu leur rôle à tenir comme chrétiens agissants. La misère du monde ne provient-elle pas, pour une grande part, de ce qu'on méconnaît et transgresse les préceptes et les conseils divins ? D'où viennent les crimes et les guerres, d'où viennent l'égoïsme et la fringale de jouissance, la débauche sexuelle et les drames de la vie conjugale, la corruption de la jeunesse et la décadence de l'autorité ? Est-ce de l'obéissance aux Commandements de Dieu et de l'Eglise ou à leur oubli ? Qui a invité les hommes à " ne pas se laisser embrigader par les curés " ? Qui adule les prostituées et les grandes vedettes de la luxure, les célèbres noceurs du jour ? Qui enseigne aux jeunes - business ! business ! - à vivre en esclaves de la mode ou des idées à la mode, et en consommateurs sans autre idéal que de bien profiter de la vie ? - Qui ? Est-ce l'Eglise ? Qui a promis aux hommes le paradis sur terre, le paradis des " lumières ", du libéralisme, du communisme ? Qui promet encore aujourd'hui, à grand renfort de réclame, le bonheur dans l'aisance et le bien-être ? L'Eglise n'a jamais prétendu pouvoir rendre tout le monde heureux sur la terre. Qui donc a "trahi" ?
L'Eglise, qu'a-t-elle fait ?Quiconque examine sans parti pris l'oeuvre de l'Eglise au cours des deux millénaires de son existence reconnaît, indépendamment de sa mission surnaturelle, son empreinte profonde dans le domaine de la vie culturelle et sociale.
1. L'Eglise et la dignité humaine
A une époque où les riches et les monarques s'enivraient de faste, de magnificence et de vice, des millions d'êtres humains périssaient dans une misère matérielle et morale indescriptible.
La jeune Eglise sortit des rangs de ces opprimes. Au prix d'une lutte séculaire, elle réussit à abolir la barbarie et l'esclavage - jusqu'à ce que l'impiété moderne les réinstallât. L'Eglise releva la femme du mépris dont elle était l'objet et lui rendit une réelle dignité humaine - jusqu'à ce que le paganisme moderne la ramenât au rôle de jouet sexuel. L'Eglise enseigna le respect de l'être humain le plus faible, de l'enfant dans le sein maternel, de la "vie indigne d'être vécue " - jusqu'au progrès à rebours de nos Etats modernes. Lorsque Papes et évêques, rois et princesses lavaient les pieds des pauvres et soignaient les lépreux, lorsqu'un Charles de Borromée, lors de la terrible peste de Milan, ordonnait à ses prêtres de s'exposer plutôt joyeusement à la mort que de refuser le moindre service à leurs concitoyens en détresse, lorsque de saints érudits, lorsque des saints enfants, de saints artisans, de saints rois, de saintes paysannes, et tous les saints inconnus de partout et de tous les jours donnaient de mille façons l'exemple de la foi et de la charité, c'est alors que s'est implantée la a civilisation chrétienne ".
2 . L'Eglise et la civilisation matérielle
L'Eglise a protégé l'Occident contre les assauts des Huns et des Hongrois, des Tartares, des Mongols et des Turcs. "Sans l'Eglise romaine, dit Herder, l'Europe serait devenue la proie de la barbarie asiatique, un rendez-vous de hordes sauvages ou même un désert mongol. " Avant d'initier les peuples neufs à la culture intellectuelle, L'Eglise commença par leur enseigner la civilisation matérielle, procédant en Europe comme elle le fait de nos jours encore dans les pays de missions. Ce fut surtout l'oeuvre des moines. "En Flandre et en Hollande, ce sont eux qui dessèchent les marais, endiguent la mer, contiennent les alluvions et fertilisent les sables. En Espagne, ce sont eux encore qui plantent les premières vignes et les premiers orangers, tandis que leurs bergeries donnent naissance à l'industrie des laines. En Allemagne, saint Boniface et les moines de Fulda défrichent un terrain de seize lieues de circonférence, fondent jusqu'à dix-huit mille métairies, plantent les meilleurs vignobles du Rhin. Les bénédictins du Mont Cassin fertilisent les régions méridionales de l'Italie, tandis que les cisterciens travaillent dans les parties du Nord. Et que dire de la France, sinon que les moines ont mis en culture le tiers de son territoire, et ont fondé les trois huitièmes de ses villes et de ses villages " (Mgr Villepelet.)
Aujourd'hui encore l'Eglise travaille partout dans l'univers à l'amélioration des conditions matérielles en même temps qu'au salut des âmes, depuis le Groenland jusqu'aux déserts et aux jungles de l'Afrique et de l'Asie.
3. L'Eglise et l'instruction publique
Au Moyen-Age. - Après l'écroulement de l'empire romain sous les coups des Barbares, l'Eglise, par la force des choses, assuma le service de l'instruction publique. Aussi trouve-t-on, déjà sous les Mérovingiens, des écoles dans les cloîtres, dans les évêchés, dans les presbytères. C'est parmi leurs élèves que l'évêque choisit les futurs prêtres. Le concile de Vaison (529), présidé par saint Césaire, édicte cette prescription: " Conformément à ce qui se pratique avec fruit dans toute l'Italie, tous les prêtres de la campagne recevront chez eux de jeunes lecteurs qui ne seraient pas mariés, ils les élèveront comme de bons pères, leur faisant apprendre les psaumes, lire l'Ecriture et les instruisant dans la loi de Dieu, afin de se préparer de dignes successeurs. Si cependant quelqu'un d'eux, lorsqu'il sera en âge, voulait se marier, qu'on lui en laisse la liberté ". Ce texte important prouve qu'il existait des écoles jusque dans les presbytères de campagne, à l'usage des enfants du peuple.
Après une période de décadence, sous les rois fainéants, Charlemagne avec l'Eglise et par l'Eglise, relève l'instruction des clercs et des laïques. Un mandement significatif de Théodulphe, évêque d'Orléans, ordonne en 797: " Que les prêtres des bourgs et des villages tiennent des écoles. En s'acquittant de cette tâche, ils ne demanderont pas de salaire et n'en accepteront pas, excepté ce que les parents voudront bien leur offrir comme marque de reconnaissance ". La gratuité scolaire, on le voit, ne date pas d'hier !
Dès la fin du Xème siècle (après la crise des invasions normandes) et jusqu'à la fin du XIIème siècle, l'enseignement primaire continue d'être donné dans les écoles presbytérales, et aussi dans un grand nombre d'écoles monastiques et épiscopales. Le relevé des écoles signalées dans les campagnes donne l'impression que, pendant tout le Moyen-Age, sans excepter le temps de la guerre de Cent Ans, il y eut dans presque tous les villages des maîtres et des maîtresses d'école. Sous l'Ancien Régime. - Les statistiques établissent que, avant la Révolution, la France possédait 900 collèges, fréquentés par plus de 80.000 élèves, dont 40.000 avaient des bourses entières ou partielles. A elle seule, la congrégation de l'Oratoire comptait, au XVIIème siècle, 90 collèges et 600 prêtres, pour la plupart professeurs. Au moment de leur suppression, en 1762, les jésuites avaient 120 collèges. Le clergé séculier dirigeait, lui aussi, un grand nombre de collèges et il se chargea, après 1762 de la plupart de ceux que la suppression des jésuites avaient privés de leurs maîtres. L'instruction des humbles ne préoccupait pas moins les évêques et le clergé séculier ou régulier. L'instruction populaire était beaucoup plus répandue et le nombre des illettrés beaucoup moins élevé qu'on ne l'affirme souvent.
En un temps où l'instruction populaire n'était pas un service d'Etat, l'Eglise en assumait presque seule la charge, avec les encouragements du gouvernement royal et des pouvoirs publics. Au XVIIIème siècle, les "lumières" que les "philosophes" se réservaient et refusaient à la masse, l'Eglise, au contraire, les répandait sur toutes les classes de la société, les dispensait au peuple dans ses petites écoles et ses écoles de charité, comme aux bourgeois et aux nobles dans ses collèges et ses universités.
Les écoles de filles furent longtemps les moins prospères, faute de maîtresses, semble-t-il. Mais au XVIIème siècle de nombreuses congrégations enseignantes de femmes se fondèrent, et les écoles de filles se développèrent tant et si bien que, à elles deux, par exemple, les congrégations des Ursulines et des Soeurs de saint Vincent de Paul, possédaient, en 1789 plus de 800 maisons. Après la Révolution. - Le 22 août 1792, la Révolution aliéna les biens immeubles des écoles, supprima tout le personnel enseignant, ferma 23 universités, 562 collèges et d'innombrables écoles primaires. Condorcet, président de l'Assemblée législative, en 1792, déclara, dans le plan d'organisation de l'instruction publique, présenté cette année à l'Assemblée, que 12 millions par an étaient dépensés pour l'instruction gratuite par la charité chrétienne.
Il fallut attendre le milieu du XIXème siècle pour que l'instruction populaire, en France, revînt au degré de prospérité qu'elle avait à la fin de l'Ancien Régime.
4. L'Eglise et les arts
L'Eglise a favorisé et encouragé tous les arts. Des basiliques de la primitive Eglise aux splendides cathédrales du Moyen-Age, des églises de l'époque baroque à nos églises ultramodernes; des mosaïques basilicales aux enluminures et à la statuaire médiévales, des primitifs de la peinture à Léonard de Vinci et Michel-Ange, à Rouault et Manessier; des magnifiques mélopées de saint Ambroise et de saint Grégoire le Grand à Mozart et à Beethoven, si l'on voulait effacer de la littérature, de la musique et des arts plastiques tout ce qui vient de l'Eglise et de son influence culturelle, que resterait-il ?
5. L'Eglise et les science
Le moine français Gerbert, Sylvestre II (999-1003) fut un esprit encyclopédique, une sorte de génie universel; la légende en fit même un sorcier ! - Le moine Gui d'Arezzo, vers 1040 inventa la gamme. - L'abbesse Bénédictine sainte Hildegarde de Bingen et le dominicain saint Albert le Grand passent pour les fondateurs des sciences naturelles, et le franciscain Roger Bacon créa la science expérimentale.
Christophe Colomb était tertiaire; sa grande découverte lui fut facilitée par les idées des Pères de l'Eglise saint Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin sur la forme sphérique et la petitesse relative de la terre. Copernic, qui renversa les anciennes conceptions astronomiques par la découverte du double mouvement des planètes - avant lui, le cardinal Nicolas de Cuse, mort en 1464 avait déjà proclamé que la terre tourne autour du soleil - était chanoine, et il dédia au Pape son ouvrage qui établissait les bases de l'astronomie moderne. Galilée aussi fut toujours un fervent chrétien. Le P. Scheiner, S. J. découvrit les taches du soleil ou fut, du moins, le premier à les étudier systématiquement.
Parmi les savants laïcs les plus réputés du XIXème et du XXème siècles, combien furent des catholiques convaincus ! Les six plus grands savants de l'électrotechnique, Ampère, inventeur du premier télégraphe électrique, Volta, Galvani, qui était membre d'un tiers-ordre, Belin, inventeur de la téléphotographie par fil, Marconi et Branly, professeur à l'Institut Catholique de Paris, qui découvrit le principe de la T.S.F., prix Nobel 1909. De même l'illustre chimiste et biologiste Pasteur. - Les médecins Laënnec, fondateur de l'école anatomopathologique; Claude Bernard, qu'immortalise son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale; le bactériologiste Charles Nicolle, prix Nobel 1928; Lecomte de Nouy, Alexis Carrel, auteur d'importants travaux sur la greffe des tissus et d'un livre célèbre, "L'homme cet inconnu", prix Nobel 1912. - Les mathématiciens Cauchy, Chasles, Charles de la Vallée Poussin. - L'entomologiste Fabre. - L'astronome Le Verrier, celui qui découvrit, par le calcul, l'existence de la planète Neptune. - J.-B. Dumas, qui fonda la chimie organique; Eugène Chevreul. Deux géologues renommés, Pierre Termier et Albert de Lapparent. Les archéologues Champollion, qui parvint le premier à déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens, De Rouget, Moret, Capart, Scheil, Rossi. Brunhes, créateur de la géographie humaine. Louis de Broglie, créateur de la mécanique ondulatoire, prix Nobel 1929. Duhem, créateur de la théorie de l'énergétique. Louis de la Vallée Poussin, orientaliste et hindouiste. Henri Becquerel, qui découvrit la radioactivité. Edouard Le Roy, philosophe des sciences, etc. Et l'on pourrait continuer avec les historiens critiques catholiques, Ozanam, Godefroid Kurth, Imbart de la Tour, Pierre de la Gorce, Thureau-Dangin...
Nombreux furent même les prêtres et les religieux qui s'illustrèrent dans le monde des sciences. Après ceux qui viennent d'être nommés, en voici quelques autres.
Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le moine bénédictin Mabillon, qui a fondé la diplomatique, suivi du non moins célèbre Dom Montfaucon et de la nombreuse phalange des érudits de Saint-Maur. L'abbé René-Just Hauy, créateur de la cristallographie.
Aux XIXème et XXème siècles, l'équipe des Bollandistes qui, depuis trois siècles, se consacrent à l'étude critique des documents hagiographiques. Le moine augustin Grégoire Mendel, qui découvrit les lois de l'hérédité. L'abbé Moigno, spécialiste de la physique et vulgarisateur universel. Dans un genre tout autre, l'abbé Migne: 379 volumes d'édition critique des Pères de l'Eglise grecs et latins. Le chanoine Rousselot, fondateur de la première chaire de phonétique expérimentale au Collège de France. Trois astronomes: le P. Secchi, jésuite, directeur de l'observatoire du Vatican, véritable fondateur de l'astrophysique moderne; l'abbé Moreux, directeur de l'observatoire de Bourges, auteur aussi de remarquables études sur le soleil; l'abbé Lemaître, également astrophysicien très réputé, auteur d'une séduisante théorie relativiste de l'expansion de l'univers, prix Nobel de physique cosmique. L'abbé Breuil, professeur de paléontologie au Collège de France; l'abbé Bouyssonie, auteur de savantes études sur la préhistoire; le P. Teilhard de Chardin, jésuite, paléontologiste de réputation vraiment mondiale, etc.
Il faudrait encore citer les travaux scientifiques, particulièrement linguistiques, des missionnaires catholiques - 40 dictionnaires et grammaires imprimés en un siècle par la seule Société des Missions Etrangères de Paris. Il faudrait donner la nomenclature de toutes les Universités catholiques, qui sont non seulement des instituts d'enseignement, mais encore des centres de recherches.
Rappelons enfin que le Vatican possède un observatoire, des musées et des bibliothèques remarquables, diverses institutions scientifiques dont la dernière en date, L'Académie Pontificale des Sciences, fondée en 1936 par le Pape Pie XI, compte 70 savants, choisis parmi les plus grands du monde entier, catholiques, protestants ou même incroyants.
Les richesses de l'Eglise1. Ce qui fut; ce qui est
Le preux et dévot Moyen-Age avait richement doté l'Eglise de propriétés foncières, forêts et champs, de fondations pour l'entretien des paroisses, des écoles et des hôpitaux, pour les indigents et les oeuvres culturelles de tous genres, dont les bienfaits forçaient encore l'admiration de Luther. De toutes ces richesses, que reste-t-il ? En France, par exemple.
Dès le 10 août 1789 à la demande de Mirabeau, le rachat des dîmes, voté le 4, en devenait la suppression pure et simple: c'était diminuer de moitié les revenus du clergé, et cela, au profit, non pas des pauvres, mais uniquement des propriétaires fonciers. Le 2 novembre 1789 par 568 voix contre 346 un décret rédigé par Mirabeau, mit les biens du clergé à la " disposition de la Nation, à la charge de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres ". On commença par dresser des inventaires. Puis, une première tranche de biens confisqués - biens de la couronne et biens du clergé - fut mise en vente pour 400 millions. Puis, par deux décrets, votés en juillet et octobre 1790 L'aliénation totale fut autorisée. L'Eglise perdait donc à la fois toutes ses sources de revenus, les dîmes étant abolies et les autres richesses spoliées. L'affaire fut d'ailleurs si bien menée (les assignats) que l'Etat n'y gagna même pas assez pour se sauver de la faillite.
Le Concordat de 1801 avait ensuite déclaré le catholicisme "religion de la majorité des français". A partir de 1880 la Troisième République s'orienta dans un sens résolument anticlérical et, après de nombreux débats, elle proclama, par la loi du 9 décembre 1905 la séparation de l'Eglise et de l'Etat: "La république ne reconnaît ni ne salarie aucun culte ". Le catholicisme était donc de nouveau et désormais ignoré par l'Etat, son clergé privé de tous droits officiels, comme de tout soutien matériel, puisque le budget des cultes était supprimé.
Depuis 1907 le clergé français a dû recourir à l'institution du Denier du Culte pour subvenir aux frais du culte, à l'entretien des prêtres et des séminaristes.
2. Valeurs et comptes en banque
Oui, mais est-ce que le Vatican ne dispose pas de revenus formidables ? Ne parle-t-on pas de 12 milliards d'actions ?
C'est un fait notoire que le Vatican était endetté à la mort du Pape Benoît XV, en 1922. En vertu du traité du Latran, en 1929 le Gouvernement italien versa au Vatican une indemnité de I,75 milliards de lires pour la spoliation des biens de l'Eglise. Aucuns travaux n'ayant été effectués au Vatican depuis 1870, une partie de cet argent fut employée à aménager le palais du Gouverneur pour les services administratifs, la nouvelle Pinacothèque et quelques édifices secondaires. Comment, dans les meilleures conditions, la somme restante aurait-elle jamais pu rapporter 12 milliards de dollars (pas de lires !) en vingt-cinq ans ?
L' "Institute of Management" entreprit, il y a peu de temps, une enquête précise sur les finances de l'Eglise Catholique.
Aucune administration, résulte-t-il de ce rapport dégagé de tout préjugé catholique, n'arrive à de pareils résultats avec de si petits moyens: 867.000 églises, hôpitaux, écoles, paroisses, établissements de bienfaisance et un personnel de près de 5 millions de personnes avec environ 5 milliards de dollars ! Des 12 milliards d'actions, aucune trace ! On sait, d'ailleurs, que le droit Canon interdit à tous les ecclésiastiques et à tous les clercs de faire des opérations de bourse à caractère spéculatif (même par personnes interposées), et toute participation à l'administration des sociétés par actions (Canon 142). Des autorités ecclésiastiques compétentes (comme le Vicariat Général de Cologne), ont montré combien le chiffre de 12 milliards de dollars, annoncé en énormes caractères dans un numéro du magazine Spiegel (13 août 1958) n'a rien de fondé. Ces prétendues informations reproduisent les élucubrations d'une feuille anticléricale italienne, L'Espresso, du livre Le Vatican du soviétique M. M. Sejmann, du roman L'argent est la Foi du Croate Barbieri et du livre du communiste français Garaudy L'Eglise, le Communisme et les chrétiens. Ces chiffres " précis " furent notamment lancés lors de la campagne électorale de 1948, en Italie, par le parti communiste italien, avant tout soucieux de diffamer l'Eglise pour obtenir la majorité.
3. " Oui, mais tout ce luxe ! "
Le Vatican, dit-on, contient des milliers d'appartements princiers. Le Pape disposerait, pour lui seul, de 11000 salles !
Le Vatican consiste en un ensemble d'édifices destinés aux divers services administratifs d'une Eglise mondiale de 500 millions de sujets, au logement du personnel et de la garde, à la réception des pèlerins, etc. Certains, dont la construction s'étale sur plusieurs siècles, abritent aussi de vastes musées publics, riches en oeuvres d'art anciennes et modernes, et la Bibliothèque Vaticane. Le Pape lui-même habite des salles plus imposantes que pratiques, un bureau, une chambre à coucher, une bibliothèque. Il vit, comme on le sait, fort simplement. Le testament du Pape Pie X, décédé en 1914 contenait ces lignes: "Je suis né pauvre, j'ai vécu dans la pauvreté et je veux mourir dans la pauvreté ".
Personne sûrement de ceux qui parlent de cette " belle vie " n'en voudrait quand on songe à ce qu'elle représente de labeur, de responsabilité, sans compter les exigences de l'étiquette.
Mais le Pape a-t-il besoin de soldats ?
Le Pape n'a pas d'armée, mais des gardes chargés du service d'ordre et de la police du Vatican (souvent pour des centaines de mille de pèlerins). Plus de la moitié sont des volontaires qui, en certaines circonstances, viennent de la ville, où ils ont leurs occupations normales, au Vatican, pour y revêtir leur grand uniforme d'apparat.
Les " trésors de l'Eglise ", calices, ostensoirs d'or, ornements précieux dont on parle toujours, ont surtout une valeur artistique La matière dont ils sont faits est beaucoup moins riche qu'on ne se l'imagine. Les calices modernes par exemple sont tout simplement de cuivre ou d'argent, légèrement doré à l'intérieur. Si on en distribuait le prix dans une paroisse, chacun n'en serait plus riche que de quelques centimes. Les spoliations d'églises ont toujours montré aux ennemis de l'Eglise le peu de valeur même des anciens ustensiles du culte.
Pourquoi l'Eglise ne vend-elle pas ses trésors ?1. A la gloire de Dieu !
C'est pour la gloire de Dieu que les gens du Moyen-Age ont bâti leurs magnifiques cathédrales au lieu d'édifices provisoires. La construction des cathédrales demanda souvent des siècles et coûta de très grands sacrifices en travail et en argent. Les artistes de tous les siècles voulurent orner la maison de Dieu aussi splendidement que possible; on y employait des ornements et des vases précieux; on célébrait la sainte messe parmi les plus beaux chants et les plus belles cérémonies. Naturellement, en cas de nécessité, une messe célébrée sur une table avec un verre comme calice serait valide. Pendant la guerre, dans les camps de prisonniers et en temps de persécution, ce fut souvent le cas. Mais, normalement, les chrétiens ont à coeur d'honorer Dieu aussi dignement que possible. Pour lui n'est assez beau que le plus riche et le plus magnifique. L'or devrait-il donc rester dans le trésor des banques, servir de parure aux oreilles, aux bras et au cou des élégantes, et serait-il trop cher pour Dieu ? Pour une cérémonie nous prenons nos habits de fête, nous n'y allons pas en habit de travail ! Nous déposons des couronnes coûteuses sur la tombe de nos défunts qui n'en profitent aucunement. La splendeur du culte et de la liturgie parle aux yeux, aux oreilles et au coeur de l'homme; elle lui fait comprendre la grandeur et la magnificence de Dieu.
2. "Secourez plutôt les pauvres"
Naturellement Dieu considère d'abord l'intention et ensuite seulement la magnificence extérieure. Pourquoi, cependant, dans l'Ancien Testament, Dieu ordonna-t-il à Moïse d'ériger une tente si magnifique pour le Très-Haut, alors qu'un abri quelconque aurait pu suffire ? Pourquoi voulut-il qu'on passât sept années à construire son Temple et qu'on employât les métaux et les bois les plus précieux à son ornementation ? Tout ce faste, le Christ ne l'a jamais désapprouvé; au contraire, il pleura même en pensant à la ruine prochaine de cette magnificence.
Lorsque Marie, à Béthanie, sacrifia un parfum précieux (de la valeur du revenu annuel d'un ouvrier (Matth., 20 2) à oindre les pieds de Jésus (Jean, 12 3 s.), Judas murmura: "Que n'a-t-on vendu ce parfum 300 deniers, qu'on eût pu donner aux pauvres ? " Des pauvres, il n'en manquait pas, sans doute, en ce temps-là. Jésus blâma Judas. Il trouva juste ce " gaspillage ". Jean ajoute d'ailleurs que Judas avait ainsi parlé "non par souci des pauvres, mais parce que c'était un voleur ". N'est-il pas avéré par l'histoire que la vente des calices, des ostensoirs et des tableaux volés ne profite jamais aux pauvres, mais à la poche des trafiquants ? C'est au quintal que l'on pouvait acheter, dans les Balkans, pour un prix dérisoire (le plus souvent moins de " trente deniers " !) des objets du culte après le pillage des églises en Russie.
3. "Pourquoi ne pas aliéner toutes ces magnificences ?"
Sérieusement, faudrait-il démolir nos églises, construites à la gloire de Dieu, et les utiliser comme carrières de marbre, ainsi qu'il advint jadis des temples païens, au grand désespoir des archéologues ? Les églises italiennes sont tellement riches en chefs-d'oeuvre irremplaçables que seuls les béotiens peuvent songer à les vendre.
On pourrait peut-être alors les convertir en musées ? Les pauvres y trouveraient-ils leur compte ? Préféreraient-ils les musées aux églises ? Pourquoi ne pas demander aussi à tous les Etats, à toutes les villes et à tous les châteaux d'aliéner leurs multiples collections artistiques, leurs bibliothèques, leurs monuments commémoratifs et leurs palais ? Mais, hormis le problème des acquéreurs à trouver, la vente de ces trésors culturels représenterait-elle une toute petite fraction de leur valeur ? En définitive, une municipalité ou une église peuvent-elles, pour une question d'argent, bazarder les plus grandes richesses historiques, spirituelles et artistiques du pays? Il arrive, bien sûr, que l'Eglise - le fait s'est présenté plusieurs fois au cours de son histoire - , en cas de grande calamité publique, se dépouille de ses vases et autres objets sacrés pour le soulagement de la misère, mais, pour parler net, tant que l'alcoolisme coûtera chaque année à la France, 2,5 milliards de nouveaux francs - de quoi loger plus de 400.000 personnes - uniquement en frais d'hospitalisation, indemnités journalières, pensions d'équipement pour hôpitaux psychiatriques, maisons de santé, etc. - en réalité plus de 11 milliards si l'on tient compte des subventions, du manque à gagner et des dépenses excessives des particuliers en boissons; tant que les Français dépenseront tous les ans en fumée 3,5 milliards de nouveaux francs, soit 80 francs par personne ou 2 % de leur budget annuel, les adversaires de l'Eglise feront bien d'envisager d'autres solutions pour remédier à la misère populaire.
N'est-ce pas précisément dans les églises riches que l'on prêche toujours le précepte de la charité ? Que ferait-on sans l'amour du prochain ? Ce sont précisément les paroisses et les fidèles les plus généreux pour la splendeur du culte qui ont aussi le geste large pour les pauvres. Que l'on songe, en sus des collectes officielles, aux magnifiques sommes recueillies pour le soulagement de " la faim dans le monde ".
Tous ceux qui s'indignent tant du luxe des offices religieux, protestent-ils aussi violemment contre les hauts salaires, contre les villas et les voitures de luxe, contre les gaspillages fantastiques des stars de cinéma ? Ils se scandalisent du téléphone plaqué en or du Pape, cadeau des Catholiques américains dont le Pape devait, naturellement, se défaire. Sont-ils aussi ardents à réclamer la vente des joyaux de la Reine d'Angleterre - en faveur des affamés de l'empire ? Eux-mêmes, en fin de compte, font-ils autant pour les pauvres que les fidèles de l'Eglise ?
Il ne faudrait pas oublier que le principal bénéficiaire des édifices et des oeuvres d'art ecclésiastiques, c'est le peuple. Les deux tiers environ des sommes engagées dans ces constructions représentent des salaires d'ouvrier; une autre partie va aux fournisseurs. Ainsi des millions passent dans la main des travailleurs. Une foule innombrable d'ouvriers et d'artisans, d'architectes et d'artistes, de savants, de professeurs et de médecins vivent des institutions de l'Eglise.
Ce que l'Eglise fait pour le bien matériel de l'humanité1. Quelle est la mission de l'Eglise ?
La mission de l'Eglise consiste d'abord à honorer Dieu et à procurer aux hommes le salut éternel.
Le Christ instruisait les gens aussi, mais il ne s'inquiétait pas de la politique du jour. Il annonçait la Bonne Nouvelle, mais il ne proposait pas de suggestions quant à la taxe sur les spectacles ou à la pension des vieillards. Il guérissait des malades, mais il n'organisa pas la guérison de tous les malades d'Israël. Néanmoins, la prédication du Royaume, qui " n'est pas de ce monde ", commença à changer les hommes et la condition humaine.
Lorsque l'homme comprend et admet pratiquement que ce monde doit devenir une "nouvelle terre "de par la grâce divine et la collaboration humaine, que tous les humains en tant que fils et filles du Père sont entre eux frères et soeurs, du même coup la face de la terre se modifie: " Le Royaume de Dieu est parmi vous " (Luc, XVII, 21). L'idée grandit comme une graine, comme un grain de sénevé, comme le bon grain; elle agit dans le monde comme le sel et le levain. Du point de vue terrestre même, elle " se reconnaît à ses fruits " (Matth, VII, 20). Les idées de fraternité, de justice, de dignité humaine, de liberté et de paix qui ont communément cours aujourd'hui, ne seraient pas concevables sans deux millénaires de christianisme. Même dans la bouche de gens totalement incroyants. Il n'est pas rare qu'ils vous les servent comme des trouvailles de leur cru. N'oublions pas que nos idées sur la dignité personnelle de l'homme et nos espoirs de communauté fraternelle découlent de la révolution issue du Christ et de son Eglise, et, de plus, que l'Eglise n'a jamais cessé de défendre et de prôner la dignité et la liberté de la personne humaine, la bonne vie matrimoniale et familiale, la valeur du travail et de la propriété, de la collaboration de tous les états et de tous les métiers, le respect de toute autorité légitime et l'amour de tous les hommes sans distinction de races ni de classes.
2. L'Eglise et la question sociale
La première moitié du XIXème siècle fut marquée par une industrialisation prodigieusement rapide. Les découvertes et les progrès de la technique entraînèrent simultanément, avec le développement des villes, des conditions d'habitat et de travail souvent indignes de l'homme dans les grands centres industriels. Karl Marx ne fut ni le seul ni le premier à intervenir en faveur des ouvriers. Dès 1838, le cardinal de Croy, archevêque de Rouen, protestait contre l'exploitation des enfants dans les manufactures.
1841: première loi réglementant et limitant le travail des femmes et des enfants dans les usines, loi votée grâce à l'intervention d'un catholique, le comte de Montalembert.
1857: Daniel Legrand, un catholique, lance le premier l'idée d'une législation ouvrière internationale.
1880: première coopérative fondée à Poligny, par Milcent, catholique.
1880-1884: Albert de Mun présente un projet de loi sur l'institution des syndicats mixtes.
1886: proposition de loi sur les retraites ouvrières, présentée par Mgr Freppel et Albert de Mun.
1889: Albert de Mun dépose un projet de loi sur le règlement du travail industriel.
C'est à un groupe de parlementaires catholiques (Albert de Mun, Jean Lerolle, de Gaillard-Bancel, de Ramel, abbé Lemire) que revient l'initiative de presque toutes les lois sociales qui seront votées plus tard :
en 1888 sur la journée de huit heures; en 1890, sur le travail des femmes et des enfants; en 1891, sur les caisses de retraite et coopératives; en 1893 sur les accidents de travail; en 1894 sur l'arbitrage, la participation aux bénéfices; en 1895, sur l'extension de la capacité syndicale, les logements ouvriers, les écoles professionnelles.
Ce sont encore des Catholiques que nous trouvons à l'origine des caisses rurales, des syndicats agricoles, des syndicats féminins, des habitations à bon marché, des crèches pour enfants d'ouvriers, des caisses de compensation, d'où sortira, en 1932, la loi sur les allocations familiales. Mêmes constatations ailleurs et partout. Aux Etats-Unis, le cardinal Gibbons prend énergiquement la défense des "Chevaliers de travail" pour faire aboutir les justes revendications des travailleurs. En Allemagne, l'évêque de Mayence, Mgr Ketteler, préconise avec éclat les remèdes aux souffrances du peuple; un grand nombre de lois protectrices des ouvriers émanent de son initiative, tandis qu'un ancien cordonnier, l'abbé Kolping, fonde ses cercles ouvriers. En Angleterre, le cardinal Manning s'est acquis, par son caractère et son dévouement, un tel ascendant sur les autorités civiles et sur les ouvriers, qu'il met fin, par sa seule intervention, à la grande grève des dockers de Londres en 1889.
Combien d'autres noms il resterait à citer ! Les Ozanam, les La Tour du Pin, Léon Harmel, Philibert Vrau et Camille Féron-Vrau en France; le Dr Decurtins, Mgr Mermillod en Suisse; Mgr Doutreloux, A. Verhaegen, Léon Mabille en Belgique, etc.
Les faits parlent d'eux-mêmes, mais, faute de pouvoir s'en attribuer l'initiative, les ennemis de l'Eglise les taisent obstinément.
Et qu'il ne s'agisse pas là seulement d'une sorte de conjonction fortuite, mais bien de la pensée authentique de l'Eglise, trois magistrales encycliques, entre bien d'autres témoignages, le prouvent éloquemment : en 1891 Rerum Novarum, de Léon XIII, " sur la condition ouvrière ". Le Pape y prend la défense de l'ouvrier, créé et racheté par Dieu et qui a droit comme quiconque à un juste salaire, à des jours de congé, à la propriété et au bien-être;
quarante ans plus tard, en 1931, c'est l'encyclique Quadragesimo Anno du Pape Pie XI, qui, tenant compte des nouvelles conditions sociales, rappelle la doctrine de l'Eglise sur les rapports capital-travail; enfin, en 1961, c'est l'encyclique Mater et Magistra du Pape Jean XXIII, vaste synthèse des enseignements du magistère sur les questions sociales, avec les développements et les précisions que requiert la situation présente.