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Les catholiques sont-ils meilleurs que les autres ?
Lothaire Zenetti

Apologétique de poche

a) Quoi qu'on dise, il est impossible de donner entièrement tort aux ennemis de l'Eglise sur ce point. Il se trouve indéniablement parmi les catholiques des gens avares, insensibles, bavards, malhonnêtes, impitoyables et bornés.

N'exagérons rien pourtant. Malgré toutes ces misères et toutes ces faiblesses, il reste encore un bon nombre d'excellentes gens parmi nous. Véritablement bons, fidèles et sûrs, complaisants et dévoués en toutes sortes de circonstances de la vie sociale et privée, généreux et désintéressés envers leur prochain, patients et discrets dans la souffrance. Et ce n'est pas par hasard que, sur la foi des statistiques, les mariages sont en général bien plus stables chez les Catholiques qu'ailleurs, les suicides et les avortements moins nombreux, que des milliers de gens "qui fréquentent l'Eglise" s'il en est - les prêtres et les religieuses - se consacrent au service des pauvres et des malades en renonçant aux douceurs de la famille. Parce que tout cela s'accomplit silencieusement, sans tapageuse réclame, il ne faut tout de même pas l'oublier !

b) Il reste vrai cependant que chez ceux qui vont à l'église il se passe bien des choses regrettables. Sous un léger vernis de culture chrétienne, que d'indifférence et d'ignorance ! Combien et combien de gens n'approchent des sacrements qu'une fois par an, sans l'ombre d'un remords. En combien de familles, même parmi les Catholiques, ne prie-t-on jamais, ne lit-on jamais la Sainte Ecriture, ne parle-t-on jamais de Dieu !

Il est même des Catholiques qui trouvent les mariages mixtes, le divorce, les procédés contraceptifs tout à fait admissibles.

Peut-on rendre l'Eglise responsable de ce christianisme superficiel et routinier? Sans l'influence des sacrements et de la prédication, ces gens seraient encore bien pires.

Parmi les chrétiens "il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nés " (I Cor, I, 26). Quiconque est intelligent, généralement estimé, en bonne santé, et qui a de l'argent, du succès et un avenir bien assuré, est généralement très satisfait de soi et de son état. Qu'a-t-il besoin de Dieu ? Il en va autrement pour les moins favorisés, les petits, les pauvres, les solitaires, les humiliés et les désaxés, les voluptueux. Quand ils veulent se ressaisir, ils s'aperçoivent aussitôt que cela ne se fait pas tout seul ! Ils le comprennent: c'est le Christ ou le néant ! Suis-Le avec ta croix ou désespère ! Ce sont les pauvres qui sont proclamés bienheureux, quoique, humainement parlant, ils ne comptent guère !

c) Oui, mais est-ce qu'on ne répète pas toujours que la prière, que le sacrement de pénitence, que la communion pourraient rendre les hommes meilleurs ? On voudrait bien s'en apercevoir un peu plus ! Les sacrements n'ont pas tout d'abord pour but de rendre les hommes meilleurs, plus respectables, plus courageux, plus forts. Les sales dispositions naturelles, les tendances, les faiblesses de l'homme. Leur efficacité concerne d'abord le domaine surnaturel. Pourtant le vrai christianisme devrait pénétrer ce qui est naturellement humain. Cela dépend essentiellement des dispositions d'un chacun; en quelle mesure chacun permet à la grâce du sacrement d'imprégner sa vie. La communion avec le Seigneur et tous les frères et les soeurs doit être vécue; sinon tout est infructueux, mensonge et même scandale ! La Sainte Ecriture dit: " si quelqu'un croit avoir de la religion sans mettre un frein à sa langue et s'abusant lui-même, sa religion est vaine " (Jacq, I 26).
" Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et a de la haine pour son frère, c'est un menteur. " (I Jean, IV, 20.)
"N'aimons pas en parole et de langue, mais en actes et en vérité. " (I Jean, III, 18.)

d) Le Fils de Dieu est venu assumer la nature humaine divine - non pour améliorer des hommes de l'ancien genre, mais pour Beaucoup de chrétiens, il est vrai, assistent à la messe s'approchent pieusement des sacrements, et défaillent ensuite au cours de la journée. Et le contraire se voit aussi: de braves et honnêtes gens, mais infidèles à leurs devoirs envers Dieu (aucunement "en règle" par conséquent et "morts" au point de vue surnaturel). Comment expliquer alors leurs incontestables qualités naturelles ? C'est que toute notre civilisation actuelle est encore, malgré ses marques de décadence, fortement imprégnée de l'esprit chrétien des siècles passés. Qu'ils en aient conscience ou non, les gens vivent des forces vitales religieuses de leurs ancêtres conservent encore quelque temps; ainsi font ils l'impression, pendant deux ou trois générations, d'être de "braves" gens, d'autant plus que la plupart ont été baptisés. Mais sans un nouvel enracinement réel dans le sol vital religieux, l'héritage de grâce du passé s'épuise bientôt et la corruption - humainement même - apparaît terriblement. Telle est en grand, notre situation actuelle.