Cette question me fait penser à ce journaliste (laïc au sens le plus français du terme) qui, parlant d’une famille de catholiques irlandais, se scandalisait de voir un crucifix accroché au-dessus du lit conjugal. Il y avait là pour lui, je n’invente rien, une sorte d’obscénité ! Ne rions pas trop vite. Qui se souvient de l’émoi provoqué en son temps par l’encyclique de Pie XI ? Son titre Casti connubii (1930), avait été considéré comme une sorte de provocation par certains milieux catholiques. Mariés et chastes, la chose semblait incompatible.
Ce n’est pas le lieu ici d’expliquer de telles réactions. Les raisons en sont complexes et profondément emmêlées. Vieil héritage d’un certain platonisme des Pères de l’Église, pessimisme janséniste, ignorance de l’authentique doctrine catholique ? Tout ceci est possible, sans compter une confusion des esprits malmenés par les bouleversements de l’époque.
Pourtant, « la tradition chrétienne a toujours défendu la bonté de l’union conjugale et de la famille contre les nombreuses hérésies présentes dès les débuts de l’Église. Voulu par Dieu dès la création, rapporté par le Christ à son origine première et élevé à la dignité de sacrement, le mariage est une communion intime d’amour et de vie des époux intrinsèquement ordonnée au bien des enfants que Dieu voudra leur confier. […] La vertu de la chasteté conjugale “comporte l’intégrité de la personne et l’intégralité du don”, et à travers elle, la sexualité « devient personnelle et vraiment humaine lorsqu’elle est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporairement illimité de l’homme et de la femme » (1).
Tout était déjà dit par saint Paul aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Quelqu’un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps » (1 Co 6, 19-20).
Précisons. Gustave Thibon l’affirme, « la chasteté réside… non dans la négation de la chair au profit de l’âme, mais dans l’adoption, dans l’enveloppement de la chair par l’âme. Nietzsche a proféré ici cette parole suprême : “Dans le véritable amour, c’est l’âme qui enveloppe le corps” » (2). C’est bien là qu’est l’enjeu. La chasteté n’est pas privation – la continence avec laquelle on la confond systématiquement en est une – mais elle est l’inscription de la sexualité dans un ensemble plus vaste qui lui donne sa vraie place. Le mariage sera chaste, y compris dans sa dimension charnelle, dans la mesure où les époux le vivront, comme Dieu l’a voulu. Il sera chaste si leurs regards, leurs gestes, leurs pensées, s’inscrivent dans la volonté de Dieu, bonne et salutaire.
Ceci dit, est-elle possible ? La question est difficile. Je vous propose de l’évoquer dans un deuxième article.
(1) Conseil pontifical pour la Famille, Vade-mecum pour les confesseurs, 1997.
(2) Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni. Essai sur le mariage, chap. 3, 1946.